PORTRAIT USA2016-Hillary Clinton n'a pas écrit l'histoire

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    par Will Dunham 
    WASHINGTON, 9 novembre (Reuters) - Elle ambitionnait de 
briser le plafond de verre et d'écrire l'Histoire en devenant la 
première femme présidente des Etats-Unis. Mais Hillary Clinton a 
payé lourdement son appartenance au sérail et son image négative 
aux yeux d'une majorité d'électeurs. 
    Plus brutalement qu'en 2008, lorsqu'un novice du nom de 
Barack Obama l'avait battue aux primaires démocrates, c'est un 
outsider aux antipodes de son expérience et de son CV qui l'a 
renvoyée à ses ambitions perdues. 
    La polarisation croissante de la scène politique et de la 
société qui a marqué sa carrière se traduit dans l'opinion très 
tranchée que les Américains avaient d'elle avant le scrutin du 8 
novembre : solide, compétente et parfois visionnaire pour ses 
partisans, elle était jugée sans scrupules et prête à tout pour 
le pouvoir par ses détracteurs.  
    A 69 ans, celle qui fut tour à tour First Lady (1993-2001), 
sénatrice de New York (2001-2009) et secrétaire d'Etat sous le 
premier mandat de Barack Obama (2009-2013) était pourtant la 
favorite incontestée de la primaire démocrate lorsqu'elle s'est 
lancée, en avril 2015. 
    Mais avant de devenir en juillet à Philadelphie la première 
femme à porter les couleurs d'un des deux grands partis dans la 
course à la Maison blanche, elle a dû mener une bataille plus 
dure que prévue face à Bernie Sanders qui, en se réclamant du 
socialisme, a tiré parti de la lassitude d'une partie de 
l'électorat envers des professionnels de la politique, dont 
Hillary Clinton est devenue l'archétype. 
    L'ampleur prise par le scandale lié à son utilisation d'un 
serveur de messagerie privée lorsqu'elle dirigeait la diplomatie 
américaine, qui a pollué toute sa campagne, a alimenté les 
interrogations sur son goût du secret ou son honnêteté. 
    Donald Trump en a fait l'un de ses angles d'attaque favoris 
face à "Hillary la véreuse", qu'il avait promis de jeter en 
prison s'il était élu.  
    Dix jours après l'avoir rouvert avec fracas, le FBI a 
finalement refermé le dossier dimanche et redonné à la candidate 
démocrate un nouvel élan pour aborder la dernière ligne droite 
de la course à la présidence. Insuffisant pour remonter la 
pente.   
    De même, son malaise en pleine cérémonie de commémorations 
des attentats du 11-Septembre, d'abord imputé à un coup de chaud 
avant que son équipe de campagne ne révèle qu'elle souffrait 
depuis plusieurs jours d'une pneumonie, l'a fragilisée alors 
que, Labor Day passé, les deux candidats entraient dans la 
dernière ligne droite du marathon électoral. 
     
    REMPART ? 
    Son combat pour les droits des femmes aux Etats-Unis et dans 
le monde, comme pour la justice sociale et l'accès aux soins lui 
valent l'estime de nombreux démocrates, mais elle n'est pas 
parvenue à gagner la confiance d'une part majoritaire de la 
population américaine.  
    Son passage à la tête de la diplomatie a été marqué par les 
conflits armés de Syrie et de Libye, la crise liée au programme 
nucléaire iranien, l'émergence de la puissance militaire 
chinoise et le retour de la Russie sur le devant de la scène 
internationale.  
    Elle a en outre dû gérer le désengagement de l'US Army en 
Irak et en Afghanistan. Comme beaucoup d'autres, elle s'est 
attaquée en vain au conflit israélo-palestinien.  
    Hillary Clinton briguait déjà l'investiture démocrate  
lorsqu'elle a dû répondre pendant onze heures, en octobre 2015, 
aux questions des parlementaires sur l'attaque du consulat 
américain à Benghazi qui avait coûté la vie trois ans plus tôt à 
l'ambassadeur des Etats-Unis en Libye.  
    L'intéressée a taxé son adversaire de racisme, de misogynie, 
d'incitation à la haine et d'évasion fiscale. Elle lui reproche 
ses accointances avec le président russe, Vladimir Poutine, et 
juge sa personnalité incompatible avec les responsabilités de 
président et commandant en chef des armées.  
    "Cette femme est tellement détestable", a lancé le magnat de 
l'immobilier lors de leur débat télévisé du 19 octobre. 
    Le même mois, elle affirme au New York Times : "Je suis le 
dernier obstacle entre vous et l'apocalypse."   
     
    "DEUX POUR LE PRIX D'UN" 
    Née à Chicago le 26 octobre 1947, Hillary Rodham Clinton est 
l'aînée d'une famille de trois enfants. Son père, modeste 
entrepreneur, était selon elle "républicain de la tête au pied", 
tandis que sa mère nourrissait en secret des penchants 
démocrates.  
    Après une scolarité dans le public, elle entre en 1965 à 
l'université pour jeunes filles de Wellesley, dans le 
Massachusetts, où elle adhère au Club des jeunes républicains. 
    La lutte pour les droits civiques et la guerre du Vietnam 
l'éloignent ensuite du camp conservateur. Elle assiste en 1968 à 
la convention républicaine qui voit l'investiture de Richard 
Nixon, mais rallie assez vite les rangs démocrates. 
    C'est à la faculté de droit de Yale, qu'elle s'éprend de 
l'ambitieux étudiant de l'Arkansas qui deviendra son époux. 
Après ses études, elle s'installe à Washington où elle participe 
aux travaux parlementaires liés à la destitution de Richard 
Nixon, qui démissionne en 1974 après le scandale du Watergate.  
    Hillary Clinton rejoint ensuite Bill dans l'Arkansas. Elle 
l'épouse en 1975 et entame une carrière de juriste dans un grand 
cabinet d'avocats. Trois ans plus tard, il est élu gouverneur de 
l'Etat à seulement 32 ans. Leur unique enfant, Chelsea, naît en 
1980.  
    Le reste du pays la découvre en 1992, quand son mari entre 
dans la course à la Maison blanche. Bill Clinton se présente 
alors aux électeurs en déclarant qu'ils en auront "deux pour le 
prix d'un". Hillary confesse qu'elle n'est pas du genre "à 
rester derrière ses fourneaux".  
    Lorsque le candidat est mis en cause dans une affaire de 
harcèlement sexuel, elle tourne en dérision le titre à succès de 
la chanteuse Tammy Wynette "Stand by Your Man". "Je ne vais pas 
rester assise là, comme une bonne petite femme soutenant son 
mari à l'image de Tammy Wynette. Si ça ne vous ne convient pas, 
eh bien ne votez pas pour lui !", lance-t-elle, apportant de 
l'eau au moulin des conservateurs qui voient en elle une 
féministe acharnée et une menace pour les valeurs 
traditionnelles. 
    La victoire de Bill Clinton face à George Bush père lui 
ouvre les portes de la Maison blanche, où elle exercera une 
influence sans précédent de la part d'une "First Lady" de 1993 à 
2001. Une réforme de l'assurance maladie, qui ne dépassera pas 
le stade du projet, est même surnommée "Hillarycare".  
    Le couple présidentiel fait alors l'objet d'une longue 
enquête pour des investissements immobiliers jugés suspects. 
L'affaire Whitewater ne donnera lieu à aucune poursuite, mais la 
commission indépendante chargée de l'enquête sera à nouveau 
sollicitée pour l'affaire Monica Lewinsky.  
    Vince Foster, conseiller de la présidence et ami proche des 
Clinton, qui est impliqué dans l'affaire, est retrouvé mort en 
1993. L'enquête conclura au suicide.  
    Dans ses mémoires, parues en 2003, Hillary Clinton s'insurge 
contre "les théoriciens du complot et les enquêteurs qui ont 
cherché à démontrer que Vince avait été tué pour qu'il taise ce 
qu'il savait de Whitewater".  
    En décembre 1998, Bill Clinton fait l'objet de la deuxième 
procédure de destitution présidentielle de l'histoire des 
Etats-Unis. La Chambre des représentants l'accuse d'avoir menti 
sous serment pour ne pas révéler sa liaison avec Monica 
Lewinsky.  
    Il sera acquitté l'année suivante par le Sénat au terme d'un 
procès jugé stalinien par son épouse, qui parlera de tentative 
de coup d'Etat parlementaire. Elle dira en outre avoir voulu lui 
"tordre le cou", mais décidera de lui rester fidèle. 
    Sortie de son ombre en même temps que de la Maison blanche, 
elle se lance à son tour en politique et devient sénatrice de 
l'Etat de New York moins d'un mois après la fin du mandat de son 
mari. Elle le restera jusqu'en 2009.  
    "Ce qui fait la singularité d'Hillary, c'est qu'elle 
continue d'avancer malgré les épreuves, qu'elle ne baisse jamais 
les bras. Elle ne cesse jamais de se battre pour nous, bien que 
nous ne lui en sachions pas toujours gré", disait d'elle Barack 
Obama en septembre. 
    Dans la longue nuit électorale du 8 novembre, elle n'a 
cependant rien dit à ses partisans réunis à New York, se 
contentant d'un coup de téléphone à son rival pour le féliciter 
et reconnaître sa défaite. 
     
    VOIR AUSSI 
    LE POINT sur la victoire de Trump:   
 
 (Jean-Philippe Lefief pour le service français, édité par 
Henri-Pierre André et Gilles Trequesser) 
 
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  • glitzy il y a un mois

    Si, elle a écrit l'histoire : en étant un tel repoussoir, y compris dans son propre camp, qu'un populiste comme Trump a réussi à avoir une majorité.