PORTRAIT-USA2016-Donald Trump, la fin justifie les moyens

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    par Bill Trott 
    WASHINGTON, 7 novembre (Reuters) - Dans une débauche de 
scandales, de provocations et d'insultes, et avec un art 
consommé du recours aux médias qui lui avait permis d'accéder à 
la notoriété comme homme d'affaires, Donald Trump a secoué comme 
jamais les traditions démocratiques américaines dans l'espoir 
d'entrer à la Maison blanche. 
    Depuis qu'il s'est lancé dans la course à la présidentielle 
sur le parvis de sa Trump Tower, à New York, le 16 juin 2015, le 
candidat républicain s'est montré autant charismatique que 
combatif, élitiste que populiste, grivois que pieux.  
    Il a surtout su capter la colère de nombreux Américains 
contre l'élite de Washington jugée déconnectée du pays. 
    Donald Trump s'expose mardi pour la première fois de sa vie 
au verdict des urnes en disputant à la démocrate Hillary Clinton 
le fauteuil du Bureau ovale.  
    A l'issue de ce qu'il qualifie de "mouvement", et non de 
campagne, le magnat de l'immobilier s'est affiché ces derniers 
jours plus sûr de lui que jamais. 
    Il a attiré à chacun de ses meetings une foule de partisans 
enthousiastes. Ses admirateurs s'émerveillent qu'il "dise ce que 
tout le monde pense" et l'admirent pour sa dénonciation du 
"système" et son rejet des convenances. 
    Les autres voient en lui un misogyne, un démagogue, un 
raciste ou un prédateur sexuel. Ils le jugent incompétent, 
instable et incapable d'exercer la fonction présidentielle. 
Autant d'accusations qu'il balaie d'un revers de la main et qui, 
malgré quelques remous, n'ont pas enrayé sa marche en avant. 
    Il ne lui a fallu que dix mois pour tailler en pièces tout 
ce que le Parti républicain comptait de postulants à la Maison 
blanche. Et devenir, à 70 ans, le premier candidat sans aucune 
expérience politique depuis le général Dwight Eisenhower dans 
les années 1950. 
     
    POLÉMIQUES EN SÉRIE 
    L'ancienne vedette de la télé-réalité a attiré un nombre 
record d'électeurs pendant les primaires républicaines, mais il 
a aussi ouvert des brèches béantes au sein du Grand Old Party, 
au point d'avoir parfois semblé faire campagne contre son propre 
parti. 
    Il a choqué de nombreux Américains en déclarant qu'il ne 
reconnaîtrait pas forcément les résultats de l'élection, et 
répété à l'envi qu'elle serait de toute façon "truquée" au 
bénéfice de sa rivale.  
    Et il a d'ores et déjà promis à Hillary Clinton, qu'il ne 
cite jamais sans l'affubler du qualificatif "escroc" ou 
"corrompue", qu'elle finirait en prison s'il était élu. 
    Sa campagne a parfois tangué, notamment le mois dernier 
après la diffusion d'une vidéo tournée à son insu en 2005 dans 
laquelle il racontait de manière crue à un journaliste que sa 
fortune lui permettait d'agresser sexuellement des femmes en 
toute impunité. 
    Mais impassible face à l'avalanche de critiques et d'appels 
émanant de son propre camp à se retirer de la course, Donald 
Trump a résumé la question à une simple "conversation de 
vestiaire". Et a rejeté avec le même aplomb les accusations de 
harcèlement ou d'agressions sexuels formulées par une douzaine 
de femmes. 
    Pendant toute sa campagne, et en particulier lors de son 
discours devant la convention républicaine qui l'a investi à 
contrecoeur en juillet, le magnat de l'immobilier a dressé le 
portrait au vitriol d'une Amérique mise à genoux par la Chine, 
le Mexique, la Russie ou le groupe Etat islamique. 
    Le rêve américain est mort, a-t-il martelé, assassiné par 
des affairistes et des politiciens corrompus que lui seul dit 
pouvoir remettre au pas. 
     
    INCARNATION DE LA "SUCCESS STORY" 
    Donald Trump n'a de cesse de répéter qu'il "rendra sa 
grandeur à l'Amérique", grâce à sa personnalité, ses talents de 
négociateur et son sens des affaires. 
    Il a juré de mettre au pas la Chine sur le plan commercial, 
d'ériger un mur le long de la frontière mexicaine en le faisant 
financer par Mexico ou encore d'interdire l'entrée du territoire 
américain aux musulmans. 
    Il a promis d'enterrer l'Obamacare, la réforme de santé du 
président sortant, l'accord de Paris sur le climat, et d'être 
"le plus grand faiseur d'emplois que Dieu ait jamais créé". 
    Donald Trump se veut l'incarnation de la "success story". Il 
a fait fortune, épousé trois femmes dont la dernière en date est 
un ancien mannequin, eu sa propre émission de télévision et 
érigé des gratte-ciels portant son nom en lettres dorées.  
    A l'écouter, sa vie n'est que superlatifs. Et qu'importent 
les banqueroutes, les investissements hasardeux, le fiasco des 
casinos d'Atlantic City, dans le New Jersey, ou le fait qu'il 
n'ait apparemment pas payé d'impôts depuis vingt ans. 
    Donald Trump avait été tenté par le passé par la course à la 
présidentielle. Lorsqu'il est passé à l'acte cette fois-ci, 
certains ont d'abord pensé qu'il le faisait par pure vanité, 
obsédé par son ego et la mise en valeur de la marque "Trump". 
    Ils ont vite déchanté lorsqu'il a battu l'un après l'autre 
les autres prétendants de la course à l'investiture 
républicaine, infligeant à certains d'entre eux l'humiliation 
d'une défaite électorale sur leurs propres terres malgré une 
campagne tout ce qu'il y a de peu conventionnelle.  
    Dès lors, la machine était lancée. Après avoir un temps 
intrigué pour ne pas avoir à l'investir, les dirigeants 
républicains ont dû se rendre à l'évidence que rien ne 
l'arrêterait, même si nombre d'entre eux ont gardé leurs 
distances, ou ne lui ont apporté qu'un soutien de façade. 
    Si la composition de son équipe de campagne a évolué au gré 
des scandales et des glissements dans les sondages, elle est 
restée concentrée autour d'un noyau dur composé de ses trois 
premiers enfants, Donald Jr, Eric et Ivanka, et du mari de cette 
dernière, Jared Kushner. 
     
    DÉCHAÎNÉ SUR TWITTER 
    L'arme absolue de Donald Trump, c'est Twitter. Le 
milliardaire se déchaîne sur les réseaux sociaux, jour et nuit, 
insultant grossièrement ou tournant en dérision ceux qui le 
critiquent, à commencer par "Crooked Hillary", "Hillary la 
véreuse". 
    Déterminé à avoir le dernier mot, l'homme d'affaires s'est 
parfois enferré dans des polémiques inutiles, voire néfastes 
pour ses intérêts électoraux, comme lorsqu'il a ferraillé avec 
la famille d'un capitaine musulman de l'US Army tué au combat en 
Irak. 
    Fin octobre, le New York Times s'était amusé à répertorier 
les noms des 282 personnes que Donald Trump a insultées sur 
Twitter depuis le lancement de sa campagne. 
    Mais l'homme d'affaires se moque des conventions autant que 
des contradictions. Dans ses meetings, il promet de ramener des 
emplois en Amérique alors qu'il a fait confectionner sa ligne de 
vêtements à l'étranger. Il dénonce la corruption et le pouvoir 
de l'argent en politique dans une phrase, et se réjouit dans la 
suivante d'avoir obtenu des passe-droits grâce à sa fortune. 
    Donald Trump se comporte et s'exprime sur la scène politique 
comme il le faisait dans "The Apprentice", son émission de 
télé-réalité où il distribuait avec gourmandise des "Vous êtes 
viré !" aux candidats malheureux sous les vivats des 
spectateurs. 
    Ses discours sont souvent décousus, remplis d'improvisations 
et de digressions sur sa richesse ou son intelligence, ou de 
remarques fielleuses à l'adresse de ses adversaires.  
    Quitte à dire ensuite qu'elles ont été "déformées" ou "mal 
comprises", comme lorsqu'il a suggéré que seul un partisan du 
port d'arme pourrait empêcher Hillary Clinton de nommer à la 
Cour suprême un juge susceptible de revenir sur ce droit si elle 
accède à la Maison blanche. 
    Nombre de commentateurs, à commencer par la candidate 
démocrate, y ont vu une invitation à peine voilée à 
l'assassiner, ce dont Donald Trump s'est amusé en assurant avoir 
seulement invité les porteurs d'arme à voter. 
     
    QUATRE FAILLITES 
    Pendant toute cette campagne hors norme, le milliardaire a 
multiplié ce genre de provocations, qui auraient sans doute été 
fatales à tout autre candidat que lui.  
    Comme la fois où, vantant la loyauté de ses partisans, il a 
raconté qu'il pourrait assassiner quelqu'un sur la Cinquième 
Avenue, à New York, sans perdre la moindre voix. Ou lorsqu'en 
plein débat électoral, il a évoqué la taille de son pénis. 
    Ce goût immodéré de l'autopromotion et de l'adversité, le 
candidat républicain le doit en partie à son père, Fred Trump, 
qui fut l'un des grands promoteurs immobiliers new-yorkais de 
l'après-guerre. 
    Donald Trump était un enfant difficile, le quatrième d'une 
famille de cinq nés dans le Queens, à New York. Au point qu'à 
son entrée en quatrième, ses parents l'envoyèrent à l'Académie 
militaire de New York pour qu'il y apprenne la discipline. 
    Il en est ressorti, dit-il, "avec plus d'entraînement 
militaire que beaucoup de gars qui ont fait l'armée". Mais avec 
une exemption fort opportune pour la guerre du Vietnam. 
    Diplômé de l'université de Pennsylvanie, Donald Trump a 
suivi un chemin tout tracé en faisant plutôt ses armes dans 
l'entreprise de son père, avant de lancer ses propres affaires à 
Manhattan grâce à un prêt paternel d'un million de dollars. 
    Ses affaires immobilières ont prospéré et en 1983, il a fait 
ériger les 58 étages de la Trump Tower aux portes de Central 
Park, symbole éclatant de sa réussite.  
    S'ensuivirent une série d'investissements plus ou moins 
avisés et réussis, dont celui, catastrophique, dans les casinos 
d'Atlantic City, qui ont fini par mettre à terre son empire. 
    Le groupe Trump a déposé le bilan à quatre reprises, en 
1991, 1992, 2004 et 2009. Donald Trump, qui a toujours échappé à 
la faillite personnelle, en a abandonné la présidence quatre 
jours avant que la dernière banqueroute ne soit déclarée, et que 
les créanciers du groupe ne se retrouvent spoliés. 
    Il s'était déjà lancé à l'époque un nouveau défi à la 
télévision avec "The Apprentice". Sans pourtant renoncer à son 
ultime ambition immobilière : la Maison blanche. 
 
 (Tangi Salaün pour le service français, édité par Gilles 
Trequesser) 
 
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