PORTRAIT-Stephen Bannon, stratège en chef et gage aux extrêmes de Trump

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    par Bill Trott 
    WASHINGTON, 16 novembre (Reuters) - Cinq jours après la 
victoire à l'élection présidentielle américaine de Donald Trump, 
la désignation de Stephen Bannon au poste de stratège en chef a 
déclenché les critiques des démocrates et des associations de 
défense des droits civiques tout en confortant les plus 
extrémistes de ses partisans. 
    Arrivé en août dans une campagne en difficulté, cette figure 
de l'"alt-right", la droite "alternative" proche des courants 
nationalistes et suprémacistes blancs, est devenu en coulisse un 
soutien précieux. Tandis que certains voulaient "normaliser" le 
discours du magnat de l'immobilier, l'ultraconservateur l'a au 
contraire incité à creuser le sillon de la polémique, l'aidant à 
faire la différence contre Hillary Clinton dans des Etats 
décisifs. 
    Au poste de stratège en chef, qui n'est pas soumis à 
confirmation par le Sénat contrairement aux postes ministériels, 
l'ancien banquier d'affaires de Goldman Sachs et ex-président du 
site ultraconservateur Breitbart News est un gage pour l'aile la 
plus à droite des partisans de Trump et fait figure 
d'épouvantail à gauche.   
    La chef de file des démocrates à la Chambre, Nancy Pelosi, a 
déploré lundi "un signal alarmant" montrant que Trump "se 
conforme à la vision haineuse et conflictuelle qui a défini sa 
campagne." "Il ne faut pas édulcorer la réalité, un nationaliste 
blanc a été nomme stratège en chef du gouvernement de Trump", 
a-t-elle poursuivi, relayée par nombre de démocrates qui voient 
en Bannon un champion du racisme et de la misogynie. 
    Les groupes d'extrême-droite ont à l'inverse salué sa 
désignation, vue comme la garantie que Trump aura à ses côtés un 
aiguillon lui rappelant ses promesses de campagne les plus 
radicales, comme la construction d'un mur à la frontière 
mexicaine ou des restrictions d'entrée pour les immigrants 
musulmans. 
    "Peut-être que 'Le Donald' ne blague pas", a dit à CNN le 
président du Parti nazi américain, Rocky Suhayda. Le chef de 
file des mouvements du Ku Klux Klan, David Duke, et le 
nationaliste blanc Richard Spencer se sont également réjouis de 
sa nomination. 
     
    "DES RACISTES, DES ANTISÉMITES" 
    Dans une interview accordée mardi au New York Times, Stephen 
Bannon explique sa participation à la mouvance nationaliste par 
un désir d'endiguer ce qu'il perçoit comme les effets pervers de 
la mondialisation, mais dit rejeter les tendances 
"ethno-nationalistes" de certains dans le mouvement. "Ce n'est 
pas que certaines personnes, à la marge, ne soient pas des 
méchants - des racistes, des antisémites. Mais ça n'a pas 
d'importance", balaie-t-il. 
    Avant de rejoindre Donald Trump, Bannon, âgé de 62 ans, a eu 
plusieurs carrières qui ont pour certaines contribué à bâtir sa 
fortune personnelle.  
    Diplômé de l'université de Virginia Tech, de Georgetown et 
de la Business School d'Harvard, il a servi pendant quatre ans 
dans la Marine américaine. Cette expérience, rapporte-t-il, l'a 
conduit à rejeter les allégeances démocrates de son milieu 
familial et à devenir un fervent admirateur du président Ronald 
Reagan. 
    Banquier à Goldman Sachs, puis patron à partir de 1990 de sa 
propre société d'investissement spécialisée dans les médias, il 
détient une part dans les royalties de la série "Seinfeld", dont 
les abondantes rediffusions lui auraient assuré des retombées de 
plusieurs millions. 
    Producteurs de films et de documentaires, il a notamment 
participé à "Clinton Cash" (2016), film qui accuse le couple 
Clinton d'avoir concédé des faveurs aux plus gros donateurs de 
leur fondation de bienfaisance.  
     
    PATRON DE PRESSE DE L'"ALT-RIGHT" 
    A la mort en 2012 d'Andrew Breitbart, fondateur du site 
d'information du même nom, il a repris les rênes de Breitbart 
News et en a fait la plateforme de choix de l'"alt-right", 
mouvement qui regroupe ultranationalistes, néo-Nazis, 
suprémacistes blancs et mouvements antisémites. 
    Le rédacteur en chef du site à l'époque, Ben Shapiro, a 
dressé en août un portrait peu flatteur de son ancien supérieur: 
"Bannon est une personnalité vraiment sinistre", a-t-il estimé. 
"Il cherchera à détruire quiconque se met en travers de son 
ambition sans fin et utilisera les plus gros que lui - Donald 
Trump, par exemple - pour atteindre ces visées." 
    Quand Steve Bannon dirigeait la publication, on pouvait lire 
entre autres sur Breitbart News: "la contraception rend les 
femmes laides et folles", "le politiquement correct protège la 
culture du viol des musulmans", "Hissez-le haut et fier: le 
drapeau confédéré proclame un héritage glorieux". 
    En 1996, son épouse d'alors, Mary Louise Piccard, l'a accusé 
de violence domestique, déclarant qu'il l'avait saisie par la 
gorge et par le bras. Les accusations ont été abandonnées, Mary 
Louise Piccard ne s'étant pas présentée au tribunal. 
     
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 (avec Steve Holland; Julie Carriat pour le service français, 
édité par Henri-Pierre André) 
 
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