PORTRAIT-Salman, un conservateur habile tourné vers l'Occident

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par Angus McDowall RYAD, 23 janvier (Reuters) - Le prince héritier Salman bin Abdelaziz est devenu à 79 ans le nouveau roi d'Arabie saoudite, succédant à Abdallah dans un contexte de tension exceptionnelle au Proche-Orient avec les conflits en Syrie et en Irak et la lutte d'influence accrue entre son pays et l'Iran sur le plan régional. Salman est considéré dans le royaume comme un modéré habile qui a parfaitement perçu les attentes des religieux conservateurs, des influents groupes tribaux mais également d'une population de plus en plus jeune. Le nouveau souverain, qui arrive sur le trône après avoir été désigné en 2012 comme prince héritier, aura pour tâche de mettre en oeuvre les réformes économiques et sociales entamées de manière prudente sous le règne d'Abdallah. "Il me semble qu'il est capable de trouver l'équilibre délicat et nécessaire pour faire avancer la société (saoudienne) tout en respectant les traditions et les positions conservatrices", explique Robert Jordan qui fut ambassadeur des Etats-Unis à Ryad de 2001 à 2003. Les estimations faites par les services diplomatiques américains et dévoilés lors de l'affaire WikiLeaks le décrivent comme un homme prudent sur la question des réformes culturelles et sociales. Personnage imposant, possédant l'un des plus puissants groupes médiatiques du monde arabe, Salman estime que la démocratie ne convient pas au royaume saoudien conservateur. Pendant près d'un demi-siècle, de 1962 à 2011, il fut gouverneur de la province de Ryad, une fonction qui lui a permis de travailler en relations étroites avec les traditionalistes mais aussi avec des technocrates libéraux. Il a notamment supervisé la transformation de la capitale saoudienne qui est passée d'une petite ville plantée dans le désert à une métropole régionale. RÔLE D'ARBITRE Salman accède au poste de ministre de la Défense en 2012 après la mort de deux de ses frères aînés et princes héritiers, Sultan et Nayef, à un an d'intervalle. Ce portefeuille lui permet de gérer le ministère doté du plus important budget du gouvernement, de procéder à des achats massifs d'armes et de renforcer les liens avec ses principaux alliés, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France. Il fait partie du premier cercle de la famille al Saoud qui a fondé le royaume saoudien et qui domine le pays depuis des décennies avec l'appui des religieux conservateurs. La famille royale saoudienne fonde son droit à gouverner sur la protection des deux premiers lieux saints de l'islam, La Mecque et Médine, qui se situent sur le territoire du royaume. Considéré comme un musulman fervent, Salman a été éduqué à "l'école des princes" créée dans le palais Ibn Saoud par l'imam de la Grande mosquée de La Mecque et est attaché à l'idée que la pratique d'un islam pur est essentielle à la vie du royaume. Malgré ses fortes convictions religieuses, le nouveau roi a la réputation d'être tourné vers l'extérieur. "C'est un politique intelligent, proche de la base conservatrice mais également doté d'opinions modernes", précise un ancien diplomate qui fut en poste à Ryad. En tant que gouverneur provincial, Salman a eu affaire avec des interlocuteurs et des gouvernements étrangers d'une manière bien plus fréquente que les autres membres du pouvoir. Il a joué à plusieurs reprises un rôle d'arbitre dans des conflits au sein de la famille régnante, une situation qui l'a peu à peu placé au centre du pouvoir. MENTALITÉ CONSERVATRICE Lors d'une rencontre avec l'ambassadeur américain à Ryad en 2007, Salman expliquait à son interlocuteur que les réformes engagées par Abdallah devaient être poursuivies lentement afin de ne pas provoquer une réaction de rejet de la part des conservateurs. "Je pense qu'il va poursuivre les réformes d'Abdallah. Il en comprend la nécessité. Il n'est pas conservateur par nature, mais il attache de l'importance aux convictions de l'opinion conservatrice dans le pays", explique Djamal Khashoggi, patron d'une des chaînes de télé appartenant à un prince. "Abdallah voulait faire évoluer les conservateurs, pas les écraser. Salman a respecté le statu quo. Il veut des réformes mais il est très proche de la mentalité tribale, de la nature conservatrice de son électorat", ajoute-t-il. Selon lui, l'instauration de la démocratie paraît impossible dans le pays en raison des divisions régionales et tribales. Il estime d'autre part qu'une résolution du conflit israélo-palestinien est nécessaire à la stabilité au Proche-Orient. "Il ne prend pas pour argent comptant tout ce que disent les Etats-Unis", explique Robert Jordan, précisant que dans un premier temps il n'avait pas cru que des Saoudiens étaient impliqués dans les attentats du 11 septembre 2001 comme l'affirmait Washington. "Mais dans le même temps, il perçoit l'importance de cette relation qui dépasse largement la question pétrolière", ajoute le diplomate. (Pierre Sérisier pour le service français) ;))

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