PORTRAIT-Peres, un éternel perdant omniprésent dans l'histoire d'Israël

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    JERUSALEM, 28 septembre (Reuters) - Prix Nobel de la paix, 
Premier ministre puis président d'Israël, Shimon Peres, dont la 
mort a été annoncée mercredi à l'âge de 93 ans, a mené une 
carrière d'une exceptionnelle longévité, près de sept décennies 
au cours desquelles ses nombreux échecs électoraux lui ont valu 
dans son pays la réputation tenace d'éternel perdant. 
    Engagé dans la vie politique avant la naissance de l'Etat 
juif, ce vétéran a participé à 12 gouvernements et a été chef du 
gouvernement à deux reprises mais il n'a jamais conduit le Parti 
travailliste à une victoire électorale nationale malgré cinq 
tentatives en 1977, 1981, 1984, 1988 et 1996. 
    "Je suis un perdant. Je perds des élections. Mais je suis un 
vainqueur - je sers mon peuple", estimait-il un jour dans un 
discours.  
    Orateur et diplomate admiré, l'artisan des accords d'Oslo 
sur l'autonomie dans les territoires palestiniens signés le 13 
septembre 1993 sur la pelouse de la Maison blanche, a souvent dû 
se contenter du rôle d'homme de l'ombre. 
    En 1994, il partageait le prix Nobel de la paix avec 
l'ex-Premier ministre Yitzhak Rabin, son rival et partenaire 
travailliste, et le Palestinien Yasser Arafat. 
    Rabin l'a un jour dépeint comme un "infatigable intrigant", 
par allusion à son art consommé de la manoeuvre politique. Les 
satiristes israéliens, eux, ont longtemps vu en lui un dirigeant 
peu consistant, un perdant au long cours sans électorat très 
net. 
    En 2000, à 76 ans, il perdait encore une élection alors 
qu'il était candidat à la présidence israélienne et s'inclinait 
devant Moshe Katzav, candidat du Likoud quasiment inconnu hors 
du pays. Il ne deviendra chef de l'Etat qu'en 2007, le titulaire 
du poste ayant dû se retirer en raison d'une affaire de moeurs. 
    Militant inlassable de la paix au Proche-Orient, ce 
prototype de la "colombe" sur l'échiquier politique israélien en 
a exploré au fil du temps les mille et une pistes possibles.  
    Il a suivi ou mené en 1993 les négociations secrètes d'Oslo, 
qui ont abouti à l'accord historique signé à Washington. Mais 
l'impossibilité de sceller une paix définitive avec les 
Palestiniens en 2000 et l'intifada et les attentats kamikazes 
qui ont suivi, ont achevé d'affaiblir la gauche israélienne. 
     
    LE PARRAINAGE DE BEN GOURION 
    Shimon Peres naît en août 1923 à Volojine, dans une province 
 alors polonaise qui est aujourd'hui intégrée à la Biélorussie. 
Sa famille émigre 11 ans plus tard dans la Palestine sous mandat 
britannique. Formé à l'école de David Ben Gourion, père 
fondateur d'Israël, Peres rejoint le Haganah, embryon de l'armée 
israélienne. Il se verra confier les services navals de la 
défense après la création de l'Etat juif en 1948. 
    Il dirige à New York une mission militaire en 1950, puis il 
étudie aux Etats-Unis. En 1952, il devient directeur général du 
ministère de la Défense et joue un rôle de premier plan dans la  
mise en place des industries israéliennes de l'aviation et de 
l'électronique sur lesquelles s'appuie l'armée. 
    Peres contribue notamment à la conclusion d'un accord avec 
la France pour la construction du réacteur nucléaire de Dimona, 
qui passe pour avoir permis à Israël de fabriquer des armes 
atomiques, bien que le pays ne l'ait jamais confirmé. 
    En 1959, Peres est élu député du parti Mapaï au pouvoir - 
précurseur du Parti travailliste - et devient vice-ministre de 
la Défense pour six ans. Quand Ben Gourion quitte le Mapaï en 
1965, Peres, comme Moshe Dayan, le rejoint pour former le parti 
Rafi, ce qui l'entraîne dans une traversée du désert jusqu'à ce 
que le Rafi se rallie au Mapaï après la guerre de 1967. 
    En 1969, il est nommé, au sein du gouvernement de Golda 
Meir, ministre du Développement économique des territoires 
capturés deux ans plus tôt durant la guerre des Six-Jours. Il 
dirigera quatre ans le ministère des Transports et des 
Communications. 
    En 1984, chef du Parti travailliste, il devient Premier 
ministre après être convenu avec son adversaire du Likoud, 
Yitzhak Shamir, d'un système de rotation à la tête du 
gouvernement. Shamir est son ministre des Affaires étrangères, 
puis les deux hommes échangent leurs fonctions en octobre 1986. 
    Malgré des désaccords au sein de la coalition, Peres se pose 
en conciliateur. Il fait rapatrier en juin 1985 le gros des 
troupes qui ont envahi le Liban, réduit l'inflation et normalise 
les relations avec l'Egypte. En 1986, il est au sommet de sa 
popularité avec un taux de 74% d'Israéliens satisfaits. 
    Lorsque ces derniers sont appelés aux urnes en 1987, Peres 
échoue pourtant une nouvelle fois. Les travaillistes doivent 
accepter un rôle mineur dans un gouvernement de coalition dirigé 
par Shamir, dont il devient ministre des Finances. 
     
    LE COUPLE RABIN-PERES 
    Peres n'en poursuit pas moins des efforts de paix discrets 
qui lui valent d'être accusé de mener une politique étrangère 
parallèle. En mars 1990, il est limogé du gouvernement Shamir, 
qui se sépare des travaillistes. 
    Il doit ensuite céder la tête de son parti à son éternel 
concurrent Yitzhak Rabin, vainqueur de la guerre des Six-Jours 
qui met les troupes travaillistes en ordre de bataille pour 
renverser Shamir en juin 1992. 
    Mais Rabin et Peres cessent alors de s'affronter pour se 
répartir les rôles: à l'un la sécurité, à l'autre la paix. 
    Sur les conseils de son ministre des Affaires étrangères, 
avec qui il forme désormais un véritable couple politique, Rabin 
en vient à explorer les possibilités de contacts discrets avec 
l'OLP, ce qui aboutit en septembre 1993 à l'accord de Washington 
et à la poignée de main historique avec Yasser Arafat. 
    Le 4 novembre 1995, quelques minutes avant de tomber sous 
les balles de son jeune assassin juif, Rabin serrait dans ses 
bras, à la tribune du "rassemblement pour la paix", son vieux 
rival et ministre Shimon Peres. Ce dernier affirmera que l'on 
peut "écourter une vie, pas tuer une idée". 
    Peres redevient chef du gouvernement, mais en mai 1996 il 
est de nouveau battu aux élections, et c'est le conservateur 
Benjamin Netanyahu qui est nommé Premier ministre. Cette défaite 
lui coûte la direction du Parti travailliste, qu'il abandonne à 
Ehud Barak. 
    Sa réputation internationale lui permet de poursuivre une 
activité diplomatique et de défendre les accords d'Oslo avant de 
revenir dans le gouvernement d'Ariel Sharon, dont il soutient la 
politique de sécurité face aux extrémistes palestiniens. 
    En 2005, Peres reperd la direction travailliste lors d'un 
scrutin interne au profit du dirigeant syndical Amir Peretz. Il 
quitte ensuite sa formation pour créer le parti centriste Kadima 
avec Ehud Olmert et Sharon. Mais celui-ci tombe dans le coma 
début janvier 2006 à la suite d'une hémorragie cérébrale. 
    Après avoir été le numéro deux de Kadima puis vice-Premier 
ministre, Peres accède en juillet 2007 à la présidence d'Israël 
en remplacement de Moshe Katzav, contraint au départ par une 
affaire de harcèlement sexuel. Il occupe ce poste largement 
protocolaire jusqu'en 2014 avant d'être remplacé par Reuven 
Rivlin.  
    Le 13 septembre 2016, âgé de 93 ans, il est victime d'un 
accident vasculaire cérébral et hospitalisé au centre médical 
Sheba près de Tel Aviv, où il est placé dans un coma artificiel 
et mourra deux semaines plus tard. 
 
 (Marc Delteil et Philippe Bas-Rabérin pour le service français, 
édité par Jean-Stéphane Brosse) 
 
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