PORTRAIT- Nicolas Sarkozy repart à la conquête du pouvoir

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* Une soif de revanche pour le vaincu de 2012 * Un retour périlleux * Il veut refonder l'UMP * Des obstacles judiciaires, des concurrents de poids par Sophie Louet et Emmanuel Jarry et Yann Le Guernigou PARIS, 19 septembre (Reuters) - Son retour n'était plus un secret, son avenir reste une inconnue. Nicolas Sarkozy a annoncé vendredi sa candidature à la présidence de l'UMP, première étape avant la primaire d'investiture à droite pour la présidentielle de 2017. ID:nL6N0RK3R4 Depuis ses "vrais faux adieux" du 6 mai 2012, après sa défaite contre François Hollande, l'envie de Nicolas Sarkozy de revenir dans l'arène politique ne faisait pas de doute. Car, même s'il s'en défend dans sa déclaration, c'est bien d'envie, de soif de revanche dont il est question avant même l'appel du devoir dont l'ancien président se dit saisi face à une France confrontée à l'"absence de tout espoir". "Au fond, ce serait une forme d'abandon que de rester spectateur de la situation dans laquelle se trouve la France, devant le délitement du débat politique, et la persistance de divisions si dérisoires au sein de l'opposition", écrit-il. Nicolas Sarkozy a bâti via des "cartes postales" médiatiques et d'opportunes confidences de ses proches le scénario de son retour, mais cet animal politique, qui a accédé à 22 ans à son premier mandat d'élu local, n'est pas maître de l'épilogue, suspendu pour partie à six dossiers judiciaires Le visant. C'est de fait un périlleux défi, jamais relevé dans la politique française : reconquérir l'Elysée après la défaite, comme le tenta sans succès Valéry Giscard d'Estaing en 1981. Nicolas Sarkozy, 59 ans, ambitionnait de revenir en homme providentiel à l'horizon 2015. Les circonstances lui ont dicté une autre entrée en scène, pas des plus aisées, sur la dépouille d'une droite en lambeaux où les alliés d'hier, dont Alain Juppé ou François Fillon, sont devenus les rivaux d'aujourd'hui. La démission forcée de Jean-François Copé de la présidence de l'UMP en mai sous le poids de l'affaire Bygmalion, un système présumé de fausses factures durant la campagne de 2012 (il est question de 17 millions d'euros), a précipité l'échéance. UN PARTI A RECONSTRUIRE Confiant dans l'issue de l'élection du 29 novembre, où il affrontera Bruno Le Maire et Hervé Mariton pour la direction de l'UMP, Nicolas Sarkozy veut une révolution copernicienne dans le parti créé en 2002 à l'initiative de Jacques Chirac pour rassembler les droites. En 2004, il avait été plébiscité par 85,04% des militants, faire moins le discréditerait. "Pourquoi donc redescendre dans la marigot? Il est heureux, il donne ses conférences dans le monde entier, il n'a que des coups à prendre", s'inquiétait un proche en août dernier. La tâche qui l'attend, s'il est élu, est immense, et non sans risque : reconstruire un parti en plein délitement, sans ligne politique définie, en grande difficulté financière et au coeur d'un dossier judiciaire potentiellement menaçant pour lui. Non seulement devra-t-il ressusciter l'UMP et créer le "vaste rassemblement" qu'il appelle de ses voeux, mais aussi se soumettre à la primaire d'investiture, une révolution à droite dont il ne voulait pas, lui le bonapartiste, mais dont il deviendrait pourtant le garant. Ecueils ou pas, il lui faudra se réinventer. Nicolas Sarkozy a confié vouloir revenir sur une "ligne populaire", pour faire rempart au FN, mais sur quels fondements? "Pour que sa candidature présidentielle soit plébiscitée dans son camp d'ici 2017, Nicolas Sarkozy dispose d'un atout maître : il est le seul à incarner les idées du peuple de droite", les "quatre droites : droite libérale, droite gaulliste, droite morale et droite sécuritaire", écrit Thomas Guénolé dans "Sarkozy, Chronique d'un retour impossible?" Pour Laurent Wauquiez, qui s'est rallié à l'ancien président sans abdiquer sa "liberté d'expression", le Sarkozy de 2017 ne saurait être celui de 2012. "Il y a beaucoup de choses qu'il a réussies, et d'autres non. Et je me l'applique à moi-même. Mais je suis convaincu que 2017 ne peut être la revanche de 2012. On ne peut revenir au pouvoir pour refaire la même chose. Ce n'est pas tant une question de personnes, mais de contenu, de ce que l'on propose", disait-il fin 2013. "NE RIEN LÂCHER" Plus personne ne se hasarde à parler d'inventaire, mais l'ancien président, qui s'est séparé de Patrick Buisson, le conseiller inspirateur de la "droitisation", devra convaincre des Français sceptiques qu'il "a changé". "J'ai changé", avait-il lancé lors du lancement de sa première campagne présidentielle en janvier 2007. Avec un François Hollande démonétisé en contrepoint, Nicolas Sarkozy pense tenir la clé de l'équation personnelle qui lui a fait défaut durant son quinquennat. Son divorce d'avec les Français, il l'a dû à cette fascination mêlée de rejet qui tient moins à sa vision politique qu'à sa personnalité. "Son caractère impulsif lui donne l'audace de faire des choses que d'autres n'oseraient pas mais c'est aussi ce qui le rend vulnérable", souligne un de ses anciens conseillers. "Ses fondamentaux sont bons mais il fait des embardées inutiles." "Le sarkozysme n'existe pas comme philosophie politique de fond mais en tant que philosophie de l'action : ne rien lâcher, agir toujours, penser qu'il est toujours possible de retourner une situation", explique un de ses anciens ministres. Un volontarisme efficace pour arrêter l'invasion de la Géorgie par la Russie en 2008, libérer des infirmières bulgares otages de la Libye ou soutenir la révolution libyenne. "ÉNERGIE ET PRÉCIPITATION" La crise financière a révélé à ses partenaires européens, parfois à leur corps défendant, l'homme d'action plus à l'aise dans la tourmente que par temps calme, prompt à se saisir des dossiers médiatiques et à se mettre en scène. "Il séduit par son énergie mais agace par sa précipitation et sa tendance à ramener la couverture à lui", résume Pascal Boniface, directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques. Le monde s'est habitué à la démarche heurtée de cet amateur de jogging et de vélo élevé dans les quartiers chics de Neuilly-sur-Seine, à ses tics et à ses manières parfois brusques. Durant son quinquennat, l'adepte du "storytelling" - cette technique de communication empruntée à la publicité - s'est pris les pieds dans les méandres d'une histoire dont il a perdu la maîtrise. Son élection en 2007, face à la socialiste Ségolène Royal, avait déjà un goût de revanche pour cet avocat dont la boulimie de pouvoir a suscité des haines tenaces dans son propre camp. Ses parents divorcés, ses frères Guillaume et François et ses amis se souviennent d'un adolescent complexé par sa petite taille, à la scolarité mouvementée, coléreux et bagarreur. Une énergie mise au service d'une passion politique précoce - il brûle les étapes au sein du parti gaulliste UDR, puis RPR, arrache à 28 ans la mairie de Neuilly, soutient Edouard Balladur contre Jacques Chirac lors de la présidentielle de 1995. Jacques Chirac, vainqueur de ce duel fratricide, et ses fidèles mettront une décennie à lui pardonner cette "trahison". Sans parvenir à l'empêcher de faire du ministère de l'Intérieur, où il passe quatre ans entre 2002 et 2007, et de l'UMP, dont il s'empare en 2004, les instruments de sa conquête de l'Elysée. "J'AI ESSAYÉ DE FAIRE DE MON MIEUX" Nicolas Sarkozy fait de la "rupture" avec la politique de son prédécesseur un argument électoral. Lors de son investiture, le 16 mai 2007, l'élégance de sa deuxième épouse, Cécilia, et la présence de leur famille recomposée de cinq enfants offrent l'image d'une présidence moderne et décontractée. Mais décontractée elle ne le sera guère. Nicolas Sarkozy est sur tous les fronts, veut lancer toutes les réformes promises en même temps, bouscule Parlement et syndicats, laisse dans l'ombre son Premier ministre François Fillon, aujourd'hui l'un de ses plus virulents ennemis, et gagne le surnom d'"hyper-président". Il empoche vite des succès, dont un nouveau traité sur les institutions européennes. Mais son activisme le conduit aussi à se perdre dans des dossiers secondaires. La saga de son divorce avec Cécilia, puis de son remariage avec la chanteuse et ancien mannequin d'origine italienne Carla Bruni, détrône princes et princesses dans la presse "people". La médiatisation de sa vie privée, son goût pour l'argent et les artistes populaires lui valent le surnom de "président bling-bling". Ses amitiés dans les milieux d'affaires, celui de "président des riches", qui lui colle à la peau. Ses mouvements d'humeur, comme lorsqu'il lance "Casse-toi pauv'con" à un visiteur du Salon de l'agriculture qui refuse de le saluer, achèvent de dilapider son capital de popularité. Sa gestion des affaires de l'Etat a parfois donné le tournis. On ne compte plus les annonces sans lendemain, les reculs et parfois les retours en arrière, comme le démantèlement du "bouclier fiscal", mesure phare du début de son mandat. S'il aime évoquer l'héritage chrétien de la France, il n'hésite pas non plus à puiser ses références dans les figures tutélaires de la gauche, frisant la confusion idéologique. A-T-IL CHANGÉ ? L'homme que ses détracteurs surnommaient en 2007 "Sarkozy l'Américain" et qui a achevé de ramener la France dans le giron de l'Otan, est aussi un ardent avocat de l'Europe de la défense. Et bien que proche des patrons du Cac 40, il dénonce en 2008 les dérives du capitalisme financier, réhabilite le rôle de l'Etat. "J'ai essayé de faire de mon mieux pour protéger les Français des crises sans précédent qui ont ébranlé le monde pour que la France en sorte plus forte", plaidait-il le 6 mai 2012 dans son discours de la Mutualité. Le 30 juillet 2010 à Grenoble, ce fils d'immigré hongrois qui revendique son origine de "sang-mêlé", flirte en revanche avec les thèmes du Front national, en liant la délinquance à "50 années d'immigration insuffisamment régulée" et en annonçant le démantèlement systématique des "campements sauvages" de Roms. Le tournant "droitier" de son quinquennat a laissé des traces au sein de sa famille politique, rétive à son appel au rassemblement. Une ex-ministre qui l'a suivi depuis le début assure que "le pouvoir l'a bonifié". Tous soulignaient le rôle apaisant et d'ouverture sur les milieux intellectuels de Carla Bruni, dont il a eu une fille. Nicolas Sarkozy manifeste depuis avec un certaine ostentation un goût nouveau pour les classiques du cinéma et de la littérature. Même son ancien ennemi intime, Dominique de Villepin, affirme que l'exercice du pouvoir, les échecs, les blessures l'ont "changé". A Nicolas Sarkozy d'en convaincre désormais les Français. "Je pense que ce qui est le plus important dans chaque existence, c'est l'espérance, et ce quels que soient son âge et son parcours. Peu importe à la rigueur la manière d'espérer", déclarait-il dans "La République, les religions, l'espérance" (2004). (Edité par Yves Clarisse)

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