PORTRAIT-Nicolas Sarkozy, la chute du conquérant

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    * Près de 40 ans de vie politique 
    * Trois coups d'arrêt : 1995, 2012 et désormais 2016 
    * Il dit vouloir privilégier "les passions privées" 
 
    par Simon Carraud 
    PARIS, 21 novembre (Reuters) - Nicolas Sarkozy a essuyé 
dimanche le revers le plus cinglant - peut-être le dernier - de 
sa vie politique, menée tambour battant depuis près de 40 ans 
jusqu'au premier tour d'une primaire-catastrophe pour lui. 
    Les électeurs lui ont refusé l'investiture de la droite pour 
l'échéance de 2017, lui préférant les anciens Premiers ministres 
Alain Juppé, son rival depuis plus de 20 ans, et François 
Fillon, l'ex-"collaborateur" désormais installé à son compte. 
    Il a également perdu contre son ennemi le plus intime, le 
Nicolas Sarkozy "bling-bling", ami de riches entrepreneurs et 
jamais rassasié de pouvoir, à l'origine d'un puissant 
anti-sarkozysme qui lui a déjà coûté la présidentielle de 2012.  
    L'ex-chef de l'Etat subit là, à 61 ans, le même sort que 
Valéry Giscard d'Estaing, résolu comme lui à revenir à l'Elysée 
pour laver une défaite vécue comme un accident. 
    Toujours conquérant et entouré de ses fidèles, certains 
présents à ses côtés depuis ses débuts dans les Hauts-de-Seine, 
Nicolas Sarkozy se disait pourtant convaincu de sa capacité à 
s'imposer à son camp comme l'homme providentiel. 
    Depuis ses "vrais faux adieux" il y a quatre ans, au soir de 
la défaite contre François Hollande, sa soif de revanche ne 
faisait aucun doute. 
    Les circonstances lui ont dicté le calendrier de son entrée 
en scène, sur la dépouille d'une droite moribonde, discréditée 
par la bataille entre Jean-François Copé et François Fillon pour 
la présidence de l'UMP, en 2012, et par l'affaire Bygmalion, un 
système présumé de fausses factures durant la campagne de 2012. 
    La démission en mai 2014 du président de l'UMP Jean-François 
Copé, sorti éreinté de ces deux épisodes, a précipité 
l'échéance. 
    Nicolas Sarkozy décide alors de reprendre en main sa famille 
politique. Dix ans après sa première élection à la présidence de 
l'UMP, il est élu à la tête du parti en novembre 2014 avec 64,5% 
des voix et remodèle à sa main le mouvement. 
     
    "L'ÉCHEC M'A BEAUCOUP APPRIS" 
    Il lui donne un nouveau nom, "Les Républicains", apure les 
finances du parti, prépare un programme présidentiel au rythme 
de conventions thématiques boudées par ses rivaux, se convertit 
sans enthousiasme, lui le bonapartiste, à une primaire 
d'investiture, une révolution pour la droite. 
    Comme en janvier 2007, le revenant assure avoir "changé". 
    "L'échec m'a beaucoup appris", écrit-il dans "La France pour 
la vie", paru en janvier 2016. "Il m'a aussi convaincu d'adopter 
une attitude plus modeste, en tout cas moins arrogante que celle 
que j'avais trop souvent avant." 
    Sa campagne pour la primaire sonne cependant comme l'écho de 
celle de 2012 : il prend une orientation droitière et privilégie 
les thèmes identitaires, certain que sa base militante, 
galvanisée meeting après meeting, fera la différence le jour du 
scrutin face à l'électorat friable d'Alain Juppé. 
    Il voit revenir le fantôme de son ancien conseiller, le 
sulfureux Patrick Buisson, qui signe un réquisitoire contre 
l'ex-Président sous la forme d'un livre ("La Cause du peuple"), 
et celui de l'affaire Bygmalion, pour laquelle il est sous la 
menace d'un procès, mais ne laisse paraître aucune hésitation.   
    Il croit pouvoir gagner son pari. 
    Il le perd dès le soir du premier tour de la primaire, 
remporté contre tous les pronostics par François Fillon, tenu 
pendant cinq ans pour un simple exécutant lorsque les deux 
hommes occupaient les deux plus hautes fonctions de l'exécutif, 
l'un à l'Elysée, l'autre à Matignon. 
    Moins catégorique que le 6 mai 2012, il laisse malgré tout 
entendre qu'il prendra ses distances avec la politique, qu'il 
mènera sa vie "avec plus de passions privées et moins de 
passions publiques". 
    Le défi du retour était périlleux, même pour cet animal 
politique qui a accédé à 22 ans à son premier mandat électif et, 
à moins de 30 ans, au bureau de maire de Neuilly-sur-Seine. 
    L'ancien adolescent complexé par sa petite taille, coléreux 
et bagarreur, met alors son énergie au service d'une ambition 
politique précoce, qui le conduit très vite des Hauts-de-Seine à 
la hiérarchie du RPR, le parti gaulliste qui deviendra les 
Républicains, et à un premier poste ministériel en 1993. 
    Dans la guerre fratricide qui s'engage avec Jacques Chirac à 
l'approche de la présidentielle de 1995, il se range derrière le 
Premier ministre, Edouard Balladur, et hérite aussitôt de 
l'image du "traitre", qu'il mettra une décennie à se faire 
pardonner au sein du clan chiraquien.  
    Revenu en grâce mais toujours regardé avec méfiance à 
l'Elysée, Nicolas Sarkozy fait du ministère de l'Intérieur, où 
il passe quatre ans entre 2002 et 2007, et de l'UMP, dont il 
s'empare en 2004, les instruments de sa conquête de l'Elysée, où 
il parvient le 16 mai 2007. Son sommet. 
    Le président Sarkozy est sur tous les fronts, veut lancer 
les réformes promises en même temps, bouscule Parlement et 
syndicats, laisse dans l'ombre son Premier ministre et gagne le 
surnom d'"hyper-président". 
     
    DÉBOIRES JUDICIAIRES 
    Il empoche vite des succès, dont un nouveau traité sur les 
institutions européennes. Mais son activisme le conduit aussi à 
se perdre dans des dossiers secondaires. 
    La saga de son divorce avec Cécilia, puis de son remariage 
avec la chanteuse et ancien mannequin d'origine italienne Carla 
Bruni, détrône princes et princesses dans la presse "people". 
    La médiatisation de sa vie privée, son goût pour l'argent et 
les artistes populaires lui valent un autre surnom, celui de 
président "bling-bling" et ses amitiés dans les milieux 
d'affaires, celui de "président des riches". 
    Ses mouvements d'humeur, comme lorsqu'il lance "casse-toi 
pauv'con" à un visiteur du Salon de l'agriculture qui refuse de 
le saluer, achèvent de dilapider son capital de popularité. 
    Le 30 juillet 2010 à Grenoble, ce fils d'immigré hongrois 
qui revendique son origine de "sang-mêlé", flirte avec les 
thèmes du Front national, en liant la délinquance à "50 années 
d'immigration insuffisamment régulée" et en annonçant le 
démantèlement systématique des "campements sauvages" de Roms. 
    L'homme qui voulait rompre avec le chiraquisme finit son 
mandat entouré de chiraquiens. Il ne reste guère de l'ouverture 
à la gauche, pratiquée au début du mandat, qu'un ministre venu 
du Parti socialiste, Eric Besson. 
    Après l'échec d'Edouard Balladur en 1995, la défaite face à 
François Hollande marque le deuxième coup d'arrêt de sa 
carrière. Aux avanies politiques s'ajoutent à partir de 2012 les 
déboires judiciaires, même s'il brandit son casier toujours 
vierge. 
    Les magistrats enquêtent sur plusieurs dossiers dans 
lesquels apparaît le nom de Nicolas Sarkozy, notamment celle 
dite des écoutes qui lui vaut en 2014 une mise en examen pour 
trafic d'influence actif, corruption active et recel de 
violation de secret professionnel. 
    Les juges le soupçonnent d'avoir proposé de faciliter une 
promotion à Monaco de Gilbert Azibert, ancien avocat général à 
la Cour de cassation, en échange de renseignements sur l'avancée 
d'une autre procédure. 
    Il est également mis en examen en février dernier pour 
financement illégal de campagne électorale dans l'enquête sur 
les comptes de sa campagne présidentielle de 2012.     
 
 (Avec Sophie Louet, Emmanuel Jarry et Yann Le Guernigou) 
 
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