PORTRAIT-Moscovici, un europhile sous surveillance à la Commission

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* Moscovici nommé aux Affaires économiques et financières * L'ex-ministre placé sous la tutelle de deux vice-présidents * Il devra dompter l'administration et faire sa place PARIS, 10 septembre (Reuters) - Pierre Moscovici, nommé mercredi commissaire aux Affaires économiques et financières, atteint son Graal européen mais sera sous surveillance à Bruxelles, où il sera le représentant d'une France jugée peu crédible dans sa lutte contre les déficits. Premier ministre de l'Economie et des Finances de François Hollande, sorti du gouvernement en mars sans l'avoir souhaité réellement, il a hérité du portefeuille convoité par la France, malgré les réticences de l'Allemagne. Mais celui qui représentera la Commission dans l'Eurogroupe a été placé sous "tutelle" à la faveur d'une organisation autour de vice-présidents - des "animateurs" et non des "superviseurs", a dit le président de l'exécutif européen, Jean-Claude Juncker. Il devra composer avec le Finlandais Jyrki Katainen et le Letton Valdis Dombrovskis et, a prévenu son nouveau président, être une voix européenne, donc aider Paris à "comprendre" la nécessité de rééquilibrer ses comptes. ID:L5N0RB2XM Celui qui a été le maître d'oeuvre pendant ses deux années à Bercy de la lutte contre les déficits, mais aussi l'homme qui s'est fait l'écho du "ras-le-bol fiscal" des Français fin 2013, va donc passer de l'autre côté. Pendant deux ans, il a surtout oeuvré pour rassurer les partenaires européens sur la volonté de la France de rentrer dans les clous du pacte de stabilité, arrachant de haute lutte deux ans de répit pour revenir sous la barre des 3% du PIB pour le déficit public, jusqu'à fin 2015. La France a rappelé mercredi pourquoi son candidat n'avait pas les faveurs de Berlin, en reportant cette échéance à 2017. ID:nL5N0RB0Z7 ENTRE LE MARTEAU ET L'ENCLUME Ce fidèle de François Hollande, dont il a dirigé la campagne pour la présidentielle de 2012, avait, pour sa défense, dû mettre en oeuvre des engagements peu compatibles avec la rigueur réclamée par l'UE, et dans une conjoncture défavorable. Il se retrouve donc pris aujourd'hui entre le marteau et l'enclume, comme le résume Gilles Carrez, président UMP de la commission des Finances à l'Assemblée nationale, qui dit : "Je n'aimerais pas être à sa place." "Il va avoir deux attitudes possibles", ajoute le député. "La première, la plus probable, est que pour gagner un peu de crédibilité auprès de ses collègues, il sera obligé de se montrer ferme et paradoxalement il risque d'être plus ferme à l'égard de notre pays que n'aurait été un autre profil." "Ou alors la deuxième attitude, c'est la complaisance et là, immédiatement, il va se faire allumer par ses collègues." Pierre Moscovici a pris les devants en déclarant au Point la semaine dernière, quand Michel Sapin laissait planer un doute sur la réalisation du plan d'économies : "La France ne peut se dérober. Elle doit faire en 2015 les 21 milliards d'euros d'économies prévues. Au boulot !" Ce militant européen de longue date sait que son influence à Bruxelles dépendra beaucoup de sa capacité à faire fi de sa fidélité à François Hollande, dont Berlin juge le crédit entamé. UN SOCIAL-DEMOCRATE A BRUXELLES Il devra aussi réussir à s'imposer à une puissante administration sans laquelle un commissaire n'est rien, ce qu'il n'était pas parvenu à faire à Bercy, citadelle morcelée par la volonté de l'Elysée, où sa cohabitation avec Arnaud Montebourg, alors chargé du Redressement productif, avait été orageuse. Le choix d'Olivier Bailly, fin connaisseur de la mécanique européenne, comme directeur de cabinet, l'aidera sans doute. Pierre Moscovici connaît Bruxelles pour avoir été accaparé pendant deux ans par la gestion des derniers soubresauts de la crise de la zone euro, avec la mise en place laborieuse d'outils pour éviter de nouveaux séismes, comme l'union bancaire. Ce social-démocrate assumé, qui eut pour mentor Dominique Strauss-Kahn, se voit parmi les pères de l'euro pour après avoir été ministre des Affaires européennes entre 1997 et 2002. Mais il a laissé un souvenir mitigé au Parlement européen, où il fut député de 1994 à 1997 puis vice-président de 2004 à 2007. Plusieurs de ses anciens collègues, jusque dans les rangs socialistes, estiment que son influence a été limitée. Ces derniers mois, il a battu le pavé européen, a rencontré ministres et dirigeants pour asseoir son image. Né à Paris en 1957, diplômé de l'Ena en 1984, fils d'un sociologue renommé, Pierre Moscovici s'est bâti un fief électoral dans le Doubs industriel, dans le pays Peugeot, comme pour gommer son style d'intellectuel de la rive gauche. Le couple singulier qu'il forme avec Marie-Charline Pacquot, une jeune philosophe de 30 ans sa cadette, et leur chat Hamlet, star des réseaux sociaux, a contribué à alimenter la rubrique people du début du quinquennat. (Grégory Blachier et Yann Le Guernigou, édité par Yves Clarisse)

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  • mlaure13 le mercredi 10 sept 2014 à 15:10

    La nomination de Mosco a longtemps buté sur les réticences de l'Allemagne qui voyait d'un mauvais œil l'idée de confier la surveillance budgétaire au représentant d'un pays coupable de multiples dérapages budgétaires???...UNE HONTE pour l'Europe et le monde entier...C'est un signal fort pour perdurer dans la gabegie...Comment l'Europe et notamment l'Allemagne ont elles pu cautionner une pareille ignominie ???...

  • pichou59 le mercredi 10 sept 2014 à 14:48

    cette nullité galopante..... encore un pistonné à Mou 1er

  • pleprise le mercredi 10 sept 2014 à 14:47

    Et une brêle de plus recasée !

  • M7097610 le mercredi 10 sept 2014 à 14:36

    sans intérêt... c'est Goldman Sachs et Rothschild qui commandent !