PORTRAIT-Montebourg prend date après la transgression de trop

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* 2017, prochain combat? * Un autre chemin est possible, répète-t-il * Il dénonce une austérité "absurde" par Jean-Baptiste Vey PARIS, 25 août (Reuters) - En reprenant lundi sa "liberté" sous la pression de Manuel Valls et François Hollande, Arnaud Montebourg prend date pour l'élection présidentielle de 2017, mais il lui faudra d'ici là bâtir un projet politique et fédérer des soutiens. "Je vais, puisque je n'ai pas de mandat et ne m'apprête pas à en solliciter d'autres, retourner travailler parmi les Français et continuer à défendre (...) ce que je crois être juste pour la France", a déclaré le ministre démissionnaire de l'Economie, qui n'a pas évoqué 2017. Le "troisième homme" de la primaire socialiste de 2011 pourrait se positionner en vue d'une éventuelle primaire à gauche pour la présidentielle de 2017, une échéance prévue par les statuts du Parti socialiste mais dont on ignore si François Hollande s'y soumettra. A Bercy, nombreux sont ceux qui anticipaient un départ "tactique" de l'ancien avocat, face à l'impopularité de François Hollande et Manuel Valls, mais pas dans ce calendrier contraint. "Il partira et sur un coup d'éclat, il ne veut pas être associé au naufrage de Hollande", pronostiquait récemment un fonctionnaire qui a vu passer de très nombreux ministres à Bercy. "La seule question, c'est quand. Trop tôt, c'est difficile pour lui, parce qu'il n'a pas beaucoup de troupes." Arnaud Montebourg a expliqué lundi avoir tenté à plusieurs reprises de convaincre François Hollande qu'il faisait fausse route en contraignant les dépenses publiques et en augmentant les impôts. TRANSGRESSION "Oui, il existe un autre chemin, d'autres choix possibles pour la France et pour l'Europe", a-t-il souligné en fustigeant une austérité "inefficace", "absurde" et "injuste". "Aujourd'hui, si je n'ai pas réussi à convaincre, les résultats sont là", a-t-il ajouté, parlant d'une France "à l'arrêt". Pour le chef de l'Etat et son Premier ministre, qui tentent d'affirmer leur cap dans une conjoncture économique difficile, le ministre de l'Economie a commis la provocation de trop en appelant samedi à un changement de politique. Il a franchi deux lignes rouges en contestant la priorité gouvernementale du redressement de la compétitivité des entreprises et en appelant à la confrontation avec l'Allemagne et l'Europe sur le thème de l'austérité. ID:nL5N0QV11L Coutumier de la transgression, Arnaud Montebourg avait menacé de démissionner à la suite de la fermeture du site ArcelorMittal de Florange (Moselle). Depuis, les rumeurs de démission ont resurgi, notamment lors de la reprise d'une grande partie d'Alstom par General Electric. Le ministre de l'Economie a pourtant obtenu que le géant américain modifie substantiellement son offre, arrachant un succès qui lui manquait cruellement après son revers sur la reprise de l'opérateur télécoms SFR par Altice. Et ce même s'il avait soutenu l'offre concurrente de Siemens pour Alstom. Nommé ministre de l'Economie en avril aux côtés de Michel Sapin, aux Finances, Arnaud Montebourg ne sera jamais parvenu à peser sur une ligne économique fixée à l'Elysée et à Matignon. Opposant viscéral à la mondialisation, il n'a pourtant jamais tu ses critiques contre l'Allemagne, l'euro fort, les politiques européennes d'austérité ou la presse anglo-saxonne "donneuse de leçons". PATRIOTISME ÉCONOMIQUE Dans ses précédentes fonctions au ministère du Redressement productif, sous Jean-Marc Ayrault, il s'était gardé de contester publiquement la ligne de François Hollande, préférant livrer bataille sur le terrain médiatique du "made in France". A ce poste, il s'est livré à un travail de pompier face à des accidents industriels en série dus à la crise et a pris pour cible les "patrons voyous" et les actionnaires irresponsables. Sa cohabitation avec Pierre Moscovici, qui était alors ministre de l'Economie et des Finances, a été tendue, Arnaud Montebourg fustigeant l'orientation "clairement ultralibérale" de la direction du Trésor, l'une des plus importantes de Bercy. Leurs divisions sont aussi apparues dans le dossier du rachat de Dailymotion par Yahoo, auquel il a fait échec pour éviter que la pépite française passe sous contrôle américain. N'hésitant pas à poser en marinière, robot culinaire à la main, pour vanter le "made in France" à la une d'un magazine, Arnaud Montebourg a défendu au gouvernement le "patronat industriel et patriote" pour mieux l'opposer aux dirigeants d'entreprise "hors sol". Partisan d'un "Etat stratège" dans une grande tradition colbertiste dont il revendique ouvertement l'héritage, il a lancé "Colbert 2.0" un logiciel destiné à aider les entreprises à évaluer l'intérêt de relocaliser des activités en France. Agé de 51 ans, il avait obtenu à Bercy le premier poste important d'une carrière politique entamée avec son élection en 1997 à l'Assemblée où il s'est illustré d'abord par ses prises de position sur la corruption et la nécessité d'une VIe République. (Edité par Sophie Louet)

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