PORTRAIT-Michel Rocard, l'éternel rival de François Mitterrand

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    par Yves Clarisse 
    PARIS, 2 juillet (Reuters) - Michel Rocard, qui est décédé 
samedi dans un hôpital parisien à l'âge de 85 ans, a traversé 
toute les convulsions de la gauche française depuis un 
demi-siècle avec l'espoir toujours déçu d'accéder à la 
présidence de la République. 
    Cet homme politique atypique, l'un des plus brillants de sa 
génération, a connu son heure de gloire en devenant en 1988 
Premier ministre d'un François Mitterrand qui n'aura eu de cesse 
de contrarier ses ambitions pendant presque toute sa carrière. 
    Né le 23 août 1930 à Courbevoie, dans la banlieue 
parisienne, Michel Rocard a suivi la trajectoire presqu'idéale 
des dirigeants politiques: famille d'intellectuels - son père 
fut directeur du laboratoire de physique de l'école normale 
supérieure - et études à l'Institut d'études politiques puis à 
l'ENA, dont il sort inspecteur des finances en 1958.  
    Parallèlement, il mène une carrière politique, devenant très 
vite secrétaire national de l'Association des étudiants 
socialistes. Il abandonne cependant la SFIO, ancêtre du Parti 
socialiste, pour devenir en 1967 secrétaire national du PSU, 
petit parti de l'extrême gauche intellectuelle.  
    En 1969, il est candidat à l'élection présidentielle mais 
n'obtient que 3,6% des voix. La même année, il est cependant élu 
député des Yvelines.  
    En 1974, il se range derrière François Mitterrand, candidat 
unique de la gauche, puis rejoint le Parti socialiste. 
     
    UN DESTIN EN POINTILLES 
    Un destin national semble lui être promis puis lui échapper 
au fil des ans.  
    Comme Pierre Mendès-France, dont il a fait son modèle, 
Michel Rocard semble voué à un statut d'homme de recours. Admiré 
de tous, champion des cotes de popularité, il est toutefois 
régulièrement victime de ce que ses amis appellent un refus de 
la concession et ses adversaires, une maladresse politique 
chronique.  
    Sa pire "faute" politique, il l'a commise le 19 octobre 1980 
lorsqu'il a annoncé sa candidature à l'investiture du Parti 
socialiste pour l'élection présidentielle de 1981 en devançant 
la décision de Mitterrand, chef incontesté du PS depuis 1971.  
    Moins d'un mois plus tard, François Mitterrand se déclarait 
et Michel Rocard devait se retirer.  
    Longtemps, les militants socialistes allaient l'accuser 
d'avoir voulu "tuer le père". Le premier président socialiste de 
la Ve République ne lui a jamais pardonné la "faute".  
    A son entrée à l'Elysée, il confina son rival dans des 
ministères techniques, le Plan d'abord puis l'Agriculture.  
    Les accrocs dans le duo Mitterrand-Rocard n'étaient pas 
terminés pour autant. Dans la nuit du 3 au 4 avril 1985, le 
ministre de l'Agriculture claqua la porte du gouvernement. Il 
donna pour motif officiel son désaccord avec la décision de 
François Mitterrand d'instaurer le scrutin à la proportionnelle. 
    Les mitterrandistes l'accusèrent immédiatement de "quitter 
le navire" pris dans la tempête de l'austérité.  
    Deux ans plus tard, Michel Rocard brûlait une nouvelle fois 
ses vaisseaux en briguant l'investiture du PS pour la 
présidentielle de 1988 et en affirmant cette fois qu'il serait 
"candidat jusqu'au bout", quoi qu'il arrive.  
     
    GUÉRILLA MITTERRANDIENNE 
    Comme en 1980, François Mitterrand n'avait pas annoncé sa 
décision. Comme en 1980, il décida de se présenter. Comme en 
1980, Michel Rocard dut battre en retraite.  
    Mais, cette fois, le chef de l'Etat mena parallèlement un 
processus de réhabilitation de son éternel rival. Il l'associa à 
sa décision, lui accordant même un rôle de porte-parole 
officieux qui le faisait entrer dans le groupe des héritiers.  
    Le président François Mitterrand a finalement donné 
l'absolution au cours du dernier meeting de sa campagne 
électorale lorsqu'il a salué en Michel Rocard "l'homme de tant 
de renouveaux".  
    Sa nomination à la tête du gouvernement en 1988 semblait 
sceller définitivement la réconciliation.  
    Mais François Mitterrand a mené une véritable guérilla 
contre son Premier ministre qui, pendant trois ans, jusqu'au 15 
mai 1991, a néanmoins procédé à nombre de réformes importantes, 
dont celle des retraites, et introduit un nouvel impôt, la CSG. 
    "Démissionné" par le président, Michel Rocard devient alors 
Premier secrétaire du Parti socialiste en 1993 après le retour 
de la droite au pouvoir.  
    Sa carrière va enregistrer de nombreux revers, en partie 
provoqués par la vengeance de François Mitterrand. 
     
    HOMMAGE A HOLLANDE 
    Tête de liste du PS pour les élections européennes de 1994, 
il est confronté à la concurrence de Bernard Tapie et de ses 
troupes et réalise un score calamiteux (14,5% des voix) qui 
provoque son éviction de la direction du PS. 
    La suite de sa carrière se déroulera sur un mode mineur - il 
est élu sénateur en 1995 puis entre au Parlement européen en 
1997, sans disparaître de la scène politique nationale, où il 
joue souvent le rôle d'oracle. 
    Il n'a d'ailleurs pas tout à fait abandonné l'espoir d'être 
élu président puisqu'en 2007, il tente de convaincre la 
candidate socialiste de se désister en sa faveur pour éviter une 
défaite à ses yeux annoncée. 
    Il démissionne du Parlement européen en janvier 2009, 
abandonnant son dernier mandat électif, mais reste toutefois 
actif en multipliant les missions pour Nicolas Sarkozy. 
    Il est ainsi nommé ambassadeur de France chargé des 
négociations internationales relatives aux pôles Artique et 
Antartique et est chargé de présider une conférence d'experts 
sur l'institution d'une taxe carbone. 
    Il co-préside ensuite avec Alain Juppé la commission chargée 
de réfléchir à la mise en ouvre d'un grand emprunt. 
    Michel Rocard se rangera clairement derrière le candidat 
socialiste à la présidentielle, François Hollande. 
    "François Hollande n'a jamais fui les gens intelligents qui 
pourraient lui faire de l'ombre. C'est une différence avec bien 
d'autres. C'est comme ça qu'il faut être gouverné", a-t-il dit 
le 29 février dernier dans une interview accordée à Reuters.  
 
 
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