PORTRAIT-Meïmarakis, le "bon père de famille" qui menace Tsipras en Grèce

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par Karolina Tagaris ATHENES, 18 septembre (Reuters) - Avec son air tranquille de bon père de famille, le conservateur Vangelis Meïmarakis s'est imposé à la surprise générale comme un adversaire de taille pour le Premier ministre sortant, Alexis Tsipras, dont le charisme ne suffit plus à séduire les Grecs à la veille des élections législatives. Lorsqu'il a décidé, début août, de convoquer le scrutin anticipé de dimanche, Tsipras semblait assuré d'une victoire facile, malgré les profondes divisions qui s'étaient faites jour au sein de son parti, Syriza, après sa décision d'accepter les réformes exigées par les créanciers d'Athènes en contrepartie d'un nouveau plan d'aide. C'était compter sans la chute de popularité du dirigeant de la gauche radicale, coupable aux yeux des Grecs d'avoir renié sa promesse de mettre fin à l'austérité, et la hausse de celle de Meïmarakis, un ancien président du Parlement de vingt ans son aîné, qui a hérité en juillet, presque par hasard, de la présidence intérimaire du parti Nouvelle Démocratie. Peu nombreux étaient ceux qui, en Grèce, voyaient alors dans le nouveau chef du parti conservateur, âgé de 61 ans, un rival sérieux pour Tsipras. Mais après des années de crise et des mois de chaos, qui ont culminé avec la fermeture des banques, Meïmarakis s'est imposé, avec son style très terre à terre, comme un dirigeant moins imprévisible et donc plus rassurant que le Premier ministre sortant aux yeux de nombreux Grecs. "Dans les périodes de crise, les électeurs préfèrent une figure paternelle", résume Thomas Gerakis, directeur de l'institut de sondage Marc. "PETIT MENTEUR" Selon un sondage publié la semaine dernière, Vangelis Meïmarakis est le responsable politique qui inspire le plus confiance, avec 44,3% d'opinions favorables. Alexis Tsipras se contente de 41,9% après avoir culminé à 70% au début de l'été, au pic de son bras-de-fer avec les créanciers. Conséquence de ce croisement des courbes, leurs deux partis sont au coude-à-coude dans les sondages en vue du scrutin de dimanche et si ces enquêtes voient juste, aucun d'entre eux ne serait en mesure d'obtenir la majorité absolue. (voir ID:nL5N11O1D6 ) Lors de leur dernier débat télévisé, Vangelis Meïmarakis et Alexis Tsipras ont tout deux exclu la formation d'une grande coalition -- souhaitée par une majorité de Grecs, à en croire les sondages --, mais le responsable conservateur s'est prononcé en faveur d'une "équipe nationale", pour gouverner mais aussi négocier avec les créanciers d'Athènes. (voir ID:nL5N11K48U ) Vangelis Meïmarakis, qui n'hésite pas à qualifier son adversaire de "petit menteur", a pendant toute la campagne concentré ses tirs sur sa volte-face spectaculaire du chef de Syriza lors de l'accord avec les créanciers. "Devons-nous écouter des promesses sans lendemain et des voeux pieux, ou aller de l'avant de manière responsable avec un projet national?", a-t-il demandé à ses partisans lors de son dernier meeting à Athènes. "Il est plus que temps de dire non à l'incompétence. L'expérience Syriza se termine dimanche", a-t-il asséné. Parfois critiqué pour le manque de diplomatie de ses propos, il préfère parler de "spontanéité". "Je ne suis pas quelqu'un de faux. Je suis en politique depuis longtemps et si vous voulez de moi (comme Premier ministre), c'est bien, mais si vous ne voulez pas de moi, ce n'est pas grave, nous resterons amis", a-t-il expliqué à la chaîne Star TV. PLUS CONSTANT SUR L'ÉCONOMIE Membre du mouvement de la jeunesse de Nouvelle Démocratie à sa création en 1974, Vangelis Meïmarakis a été député pendant plus de 20 ans et a également été ministre de la Défense. Si les turpitudes passées de la classe politique grecque ne plaident pas en sa faveur, ce que Tsipras ne manque jamais une occasion de rappeler, son meilleur atout face à son rival quadragénaire semble être, au vu des enquêtes d'opinion, son discours jugé plus constant sur l'économie. Le responsable conservateur a prévenu les Grecs qu'il fallait se préparer à "des mois difficiles à venir" en raison des nouvelles mesures d'austérité acceptés par le Premier ministre sortant en contrepartie du plan d'aide. Il s'est aussi engagé à accélérer les privatisations et d'autres mesures budgétaires pour amortir l'impact de la récession de l'économie attendue l'an prochain. "L'avenir de la Grèce est dans l'Europe", répète-t-il quand on lui demande s'il compte renégocier les termes du plan d'aide s'il arrive au pouvoir. Même les attaques de Tsipras sur son passé politique ne semblent pas le discréditer aux yeux des électeurs, notent les sondeurs. "Ce n'est pas quelqu'un qui vit dans le conflit et qui s'est fait des ennemis. Il arrive à donner l'impression d'être un visage nouveau, au moins en tant que dirigeant de parti", souligne Thomas Gerakis, de l'institut de sondage Marc. (Tangi Salaün pour le service français)

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