PORTRAIT-Jeff Sessions, un ultraconservateur récompensé pour sa fidélité

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    par Patricia Zengerle et Julia Edwards Ainsley 
    WASHINGTON, 18 novembre (Reuters) - Le sénateur républicain 
Jeff Sessions, choisi vendredi par Donald Trump pour diriger le 
département américain de la Justice, est un fidèle de l'homme 
d'affaires dont il partage beaucoup de points de vue, sur 
l'immigration ou le climat.   
    Ses déclarations passées sur les questions raciales 
pourraient en faire la cible des démocrates lors de son audition 
de confirmation devant le Sénat, préalable nécessaire à son 
entrée en fonction comme Attorney General.  
    Jeff Sessions, alors procureur fédéral, a vu sa candidature 
au poste de juge fédéral rejetée en 1986, ce qui n'était arrivé 
qu'une seule fois en cinquante ans, en raison de propos racistes 
qui lui avaient été prêtés.     
    Lors de son audition à l'époque, il s'était défendu d'être 
raciste tout en accusant des groupes historiques du mouvement 
des droits civiques tels que la NAACP (Association nationale 
pour l'avancement des gens de couleur) d'être "anti-américains". 
    Il avait également reconnu avoir qualifié le Voting Rights 
Act de 1965, un des textes de loi fondamentaux contre la 
discrimination raciale aux Etats-Unis, "d'exemple de législation 
envahissante". 
    Jeff Sessions, qui aura 70 ans le mois prochain, a occupé 
les fonctions d'Attorney General de son Etat, l'Alabama, jusqu'à 
son élection au Sénat en 1997. Il a effectué quatre mandats à la 
chambre haute du Congrès, où il est apprécié pour sa 
convivialité, son léger accent sudiste et ses bonnes manières, 
qui masquent des opinions radicales. 
    "C'est quelqu'un avec qui je travaille étroitement", confie 
le sénateur démocrate Jack Reed. "Il est très honnête, d'une 
grande intégrité." 
    Mais Kristen Clarke, présidente du Committee for Civil 
Rights Under Law, une association de défense des droits 
civiques, est beaucoup moins enthousiaste: "Notre pays mérite un 
Attorney General qui s'engage en faveur de l'application des 
lois sur les droits civiques et ne reviendra pas sur les progrès 
que nous avons accomplis." 
    
    LIGNE DURE SUR L'IMMIGRATION 
    Sous la présidence de Barack Obama, le département de la 
Justice a ouvert des enquêtes sur 23 services de police accusés 
de comportement discriminatoire. En tant qu'Attorney General, 
Jeff Sessions, qui supervisera aussi le FBI, pourra décider 
d'abandonner ces enquêtes.  
    Ses déclarations intransigeantes voire incendiaires sur 
l'immigration épousent celles de Donald Trump. Comme le 
milliardaire, il s'oppose à toute régularisation des 
sans-papiers et soutient avec enthousiasme le projet de 
construction d'un mur entre les Etats-Unis et le Mexique. 
    Ces propos ne lui valent pas que des amis au Congrès. 
    "Il n'y a pas au Sénat de défenseur plus acharné de mesures 
dures et malveillantes contre les immigrants que Jeff Sessions", 
déclare le représentant démocrate Luis Gutierrez, qui préconise 
une réforme de l'immigration.  
    Jeff Sessions a remis en cause le 14e amendement de la 
Constitution, qui garantit à tout individu né aux Etats-Unis la 
nationalité américaine, et s'oppose à l'accueil de réfugiés 
supplémentaires en provenance des pays du Proche-Orient déchirés 
par la guerre.  
    En 2010, il fut l'un des 31 sénateurs à voter contre la 
suppression de la politique "don't ask, don't tell" qui 
interdisait aux homosexuels déclarés de servir sous les 
drapeaux. Il s'est également opposé à la levée de l'interdiction 
faite aux femmes de servir dans les unités de combat.  
    Jeff Sessions est aussi un opposant déclaré à la lutte 
contre le réchauffement climatique. "Il y a beaucoup 
d'exagération, beaucoup d'effet de mode", a-t-il dit un jour. 
    Le sénateur de l'Alabama a été le premier membre de la 
chambre haute du Congrès à soutenir la candidature de Donald 
Trump, en février dernier, alors que beaucoup s'attendaient à le 
voir se ranger derrière Ted Cruz, un sudiste ultraconservateur 
comme lui.  
    Jeff Sessions est resté pendant des mois le seul soutien de 
Donald Trump au Sénat, se hissant parmi les conseillers les plus 
influents de l'homme d'affaires new-yorkais. Il a été nommé la 
semaine dernière vice-président de l'équipe de transition du 
futur locataire de la Maison blanche.  
     
    VOIR AUSSI 
    LE POINT sur la victoire de Donald Trump   
 
 (Jean-Stéphane Brosse pour le service français) 
 
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