PORTRAIT-Jean-Marc Ayrault réhabilité au Quai d'Orsay

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    * Retour en grâce de l'ancien Premier ministre 
    * Un germanophile expérimenté succède à Laurent Fabius 
    * Le fils d'ouvrier a fait sa carrière à Nantes 
 
    par Elizabeth Pineau 
    PARIS, 11 février (Reuters) - Deux ans après son 
remplacement par Manuel Valls, Jean-Marc Ayrault fait son grand 
retour dans le gouvernement au ministère des Affaires 
étrangères, où ce germanophile expérimenté succède à un autre 
ancien Premier ministre, Laurent Fabius. 
    "Démissionné" au printemps 2014, ce fidèle de François 
Hollande avait laissé les rênes à un homme au style et aux 
ambitions opposés aux siens. Sa nomination comme chef de la 
diplomatie, domaine directement relié à l'Elysée, limitera ses 
contacts avec l'actuel locataire de Matignon.  
    Son arrivée "est une bonne nouvelle pour le couple 
franco-allemand", dit un député socialiste, rappelant le lien 
privilégié de Jean-Marc Ayrault avec l'Allemagne, pays où il se 
rend souvent et dont il enseigna naguère la langue.  
    Redevenu simple député à son départ de Matignon, l'ancien 
maire de Nantes revient aux affaires par la grande porte, en 
cohérence avec la "réhabilitation" de son action passée.  
    "Les années Ayrault sont aujourd'hui vécues comme une espèce 
d'âge d'or, où l'on réformait. Il a l'image d'un homme de 
convictions", dit un député, citant le mariage homosexuel et le 
pacte de responsabilité, décidés sous sa houlette au début de 
quinquennat de François Hollande.  
    Peu avant de quitter Matignon, il avait proposé une remise à 
plat de la fiscalité, finalement restée lettre morte.  
    Plutôt silencieux au sein d'une majorité turbulente, 
Jean-Marc Ayrault avait défendu l'an dernier l'idée d'une 
progressivité de la contribution sociale généralisée (CSG) 
inscrite dans la loi de finances pour 2016, mesure finalement 
censurée par le Conseil constitutionnel.   
 
    "IL S'ENNUIE"      
    "Il s'ennuie", disait-on ces derniers mois de celui qui a 
abandonné à Johanna Rolland son mandat de maire de Nantes, tout 
comme celui de président de la communauté d'agglomération 
nantaise et de patron du groupe PS à l'Assemblée. 
     Jean-Marc Ayrault avait quitté Matignon affaibli par un 
chômage obstinément orienté à la hausse - dont la courbe n'a 
toujours pas été inversée -, des "couacs" à répétition d'une 
équipe indisciplinée et une déroute électorale du camp 
socialiste aux élections municipales de 2014.   
    Agé de 66 ans, marié et père de deux filles, Jean-Marc 
Ayrault a été maire de Nantes à partir de 1989 et président du 
groupe socialiste à l'Assemblée nationale à compter de 1997. 
    Ce fils d'un ouvrier du textile devenu entrepreneur a 
enseigné l'allemand au lycée jusqu'à sa première élection à 
l'Assemblée en 1986 et il ne sort pas des pépinières 
traditionnelles de dirigeants français comme l'Ena. 
    Ses liens avec les autres partis socialistes européens, 
notamment le SPD allemand, lui avaient valu dans l'équipe de 
campagne de François Hollande la place de conseiller spécial 
chargé de ces liens internationaux. 
    Disciple de Michel Rocard et Jacques Delors, il a soutenu la 
candidature de François Hollande à la primaire socialiste à 
partir de juillet 2011, lorsque peu croyaient à ses chances. 
    La lutte des classes n'a jamais été la tasse de thé de cet 
homme qui a commencé à militer à l'adolescence au Mouvement 
rural de jeunesse chrétienne, puis à la Jeunesse ouvrière 
chrétienne (JOC) avant d'adhérer à 21 ans au Parti socialiste, 
en 1971. 
    Un premier mandat de conseiller général à 26 ans, puis des 
victoires à l'élection municipale de Saint-Herblain à 27 ans en 
1977 puis à Nantes en 1989, à 39 ans, ont lancé une riche 
carrière d'élu local. 
    Il a été élu dès le premier tour en 1989, 1995, 2001 et 2008 
à Nantes, qui, avec 50.000 habitants gagnés depuis 1990, est 
devenue la principale métropole du Grand Ouest, et a connu un 
fort développement économique et culturel. 
    Jean-Marc Ayrault est un fervent défenseur du projet très 
contesté de construction d'un aéroport à Notre-Dame-des-Landes, 
près de Nantes. Début février, la ministre de l'Ecologie 
Ségolène Royal a évoqué l'idée d'une remise à plat du projet via 
l'élaboration de "projets alternatifs ou complémentaires".  
 
 (Edité par Yves Clarisse) 
 
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