PORTRAIT-Helmut Schmidt, acteur de l'intégration européenne

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HAMBOURG, Allemagne, 10 novembre (Reuters) - L'ancien chancelier social-démocrate Helmut Schmidt, dont l'action pro-européenne a marqué une Allemagne obsédée par la détente avec l'Est pendant la guerre froide, est décédé à l'âge de 96 ans. Il était devenu en 1974 le deuxième chancelier SPD de l'Allemagne fédérale après qu'un proche conseiller du premier social-démocrate à occuper ce poste, Willy Brandt, eut été identifié comme un espion du régime communiste est-allemand. Réélu en 1976 et en 1980, Helmut Schmidt avait dynamisé le couple franco-allemand, conçu comme un "moteur" de l'Europe et de son intégration. Sa coalition gouvernementale tomba en 1982, après le ralliement de ses partenaires libéraux (FDP) à la CDU d'Helmut Kohl, qui devait lui succéder à la chancellerie. La santé fragile de ce grand fumeur ne l'avait pas empêché de rester actif bien au-delà de l'exercice du pouvoir. Né le 23 décembre 1918 dans le port hanséatique d'Hambourg, Helmut Schmidt veut d'abord être architecte. Mais à son retour de la guerre, choqué par la vision d'un pays détruit et affamé, il décidera d'embrasser une carrière politique. Il étudie les sciences politiques et l'économie et prend sa carte au SPD. En 1953, il est élu au Bundestag à Bonn et deviendra président du groupe parlementaire social-démocrate en 1966, date à laquelle les sociaux-démocrates entrent au gouvernement pour la première fois depuis la guerre en formant une coalition avec l'Union chrétienne-démocrate (CDU). Quand Willy Brandt accède à la chancellerie en 1969, Schmidt est nommé ministre de la Défense. Puis, en juillet 1972, il se voit confier un "superministère" de l'Economie et des Finances. Sur le plan extérieur, sa politique pragmatique vaut à son pays de rejoindre rapidement le concert des nations à la fin des années 1970, malgré les stigmates profonds laissés la guerre. Schmidt, qui fut envoyé sur les deux fronts durant la guerre en tant qu'appelé et fut brièvement prisonnier de guerre des Britanniques, parlait couramment l'anglais et se posait en fervent défenseur de l'Union européenne. Soucieux de voir démocratiser ce qui est encore la CEE, Helmut Schmidt favorise l'élection du Parlement européen au suffrage universel, qui devient réalité en 1979. RAPPROCHEMENT AVEC LA FRANCE, TENSIONS EST-OUEST Il est à l'origine, en 1978, de la création du Système monétaire européen (SME), dont il partage la paternité avec le président français d'alors, Valéry Giscard d'Estaing, et qui aboutit l'année suivante à la création de l'unité de compte européenne (Ecu) - qui permet à plusieurs pays membres de limiter les fluctuations de leur monnaie. L'entente et l'amitié qu'entretiennent les deux hommes donnent un nouveau souffle au rapprochement franco-allemand, dans lequel le chancelier voit une plate-forme renforçant les relations intérieures et extérieures de la communauté. Mais sa politique envers l'Allemagne de l'Est ("Ostpolitik") connaît des revers, malgré la "détente" à laquelle sont censées tendre alors les relations de l'Occident avec l'URSS. Les tensions culminent en 1979 avec l'invasion de l'Afghanistan par les Soviétiques et le déploiement par Moscou de missiles nucléaires SS-20 à moyenne portée pointés vers l'Ouest. Schmidt prend le risque politique d'appuyer l'ultimatum de l'Otan qui, en 1979, menace de déployer des missiles Pershing-2 et Cruise en Europe si Moscou refuse ne retire pas ses SS-20. A l'approche de la date limite, un mouvement d'opposition au déploiement des missiles américains prend forme. Son propre parti cessant de soutenir le projet de l'Otan, Schmidt dénonce la "dérive" d'une partie des siens. Mais avec le déploiement des premiers Pershing, il perd son poste en octobre 1982 au profit d'Helmut Kohl sur adoption d'une motion de défiance. Sur le plan intérieur, Schmidt aura été confronté en tant que chef de gouvernement à la violente guérilla urbaine du groupe d'extrême gauche Baader-Meinhof. L'exigence de fermeté exprimée par les milieux de droite face au danger incarné par ce groupe posait un défi inédit à la démocratie allemande d'après-guerre. Schmidt saura se montrer ferme sans compromettre la stabilité nationale. Sa popularité est à son apogée en 1980, année où il bat le ministre-président conservateur du Land de Bavière, Franz Josef Strauss, après une campagne entachée d'attaques personnelles. L'image de Schmidt se dégrade à partir de 1981, sous l'effet des difficultés économiques du pays et des tensions croissantes entre les deux Allemagnes. Cette évolution entraîne la formation d'un courant de gauche au sein du SPD, lequel remet en cause la suprématie de Schmidt chez les sociaux-démocrates. Devenu plus tard la "conscience" d'un SPD revenu aux affaires avec Gerhard Schröder, Schmidt avait aussi été directeur éditorial et chroniqueur de l'hebdomadaire Die Zeit. (Avec Jan Schwarz; Natacha Crnjanski et; Philippe Bas-Rabérin pour le service français, édité par; Eric Faye)

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