PORTRAIT-Grèce-Avec Tsakalotos, la forme change, pas le fond

le , mis à jour à 20:49
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par Lefteris Karagiannopoulos ATHENES, 6 juillet (Reuters) - Euclide Tsakalotos, universitaire au tempérament posé devenu lundi le nouveau ministre des Finances de la Grèce, a des manières qui tranchent avec celle de son bouillant prédécesseur Yanis Varoufakis. Mais, si les créanciers de la Grèce pensent que ce dernier, qui fut déjà l'un des négociateurs aux avant-postes des discussions marathon sur la dette hellène, sera plus accommodant sur le fond, ils risquent d'être déçus. Tsakalotos est bien parti au contraire pour enfoncer le clou en remettant plus que jamais sur la table la question d'un allègement de la dette grecque, pomme de discorde fondamentale entre la Grèce et ses créanciers. Il passe pour être un économiste attaché à l'idée européenne mais pas à ses principes capitalistes. A l'instar de Varoufakis, Tsakalotos diagnostique dans l'Europe une carence démocratique et estime que les politiques d'austérité mal conçues imposées par le noyau dur de la zone euro ont sans nécessité appauvri la Grèce et d'autres pays de la région dits périphériques. "L'union monétaire européenne a créé une fracture entre le coeur et la périphérie et les relations entre les deux sont hiérarchiques et discriminatoires", écrivait-il dans un article publié par le site de l'Alliance for Workers' Liberty, une formation socialiste britannique. Né à Rotterdam, Tsakalotos a étudié à la prestigieuse Saint Paul's School de Londres et à l'université d'Oxford avant d'enseigner à l'université de Kent puis à la faculté d'économie d'Athènes. Tsakalotos, qui parle le grec avec un accent britannique et dont les apparitions publiques sont rares, a été à la pointe du combat voici près de dix ans pour faire barrage à un projet de réforme du système éducatif grec. C'est à cette occasion qu'il a rejoint le syndicat des enseignants et s'est rapproché du parti de gauche radical Syriza, dont la popularité ne cessait de croître sur fond de crise économique. Il fut élu au Parlement en mai 2012 et réélu en janvier dernier, lorsque Syriza accéda au pouvoir et qu'Alexis Tsipras devint Premier ministre. Tsakalotos a poussé Tsipras à rechercher l'appui d'autres formations de gauche européennes, comme Podemos en Espagne et le Sinn Fein en Irlande. Pour cet économiste de 55 ans, alléger la grecque dette peut se faire de bien des façons. Dans un entretien accordé à Reuters, il proposait par exemple que le Mécanisme de stabilité européen (MES), l'organe de renflouement de la zone euro, reprenne les emprunts d'Etat grecs détenus par la Banque centrale européenne (BCE), un procédé qui, selon lui, serait neutre sur la dette. "Les solutions techniques pour ce faire ne manquent pas", avait-il dit. "Si on fait preuve d'un peu de bonne volonté, je vois bien là tout de suite 10 à 15 solutions; s'il n'y a pas de bonne volonté politique, alors pour chaque solution je peux imaginer un inconvénient". Pour ceux qui le connaissent, Tsakalotos est doté de solides qualités de négociateur, qui ne seront pas de trop lorsque la Grèce reprendra langue avec ses créanciers. "C'est la personne idéale pour aider le gouvernement grec à sortir de l'impasse et à passer un accord avec les créanciers internationaux. Il est modeste, calme et il sait écouter", affirme Panicos Demetriades, qui siégea au Conseil des gouverneurs de la BCE et connut Tasakalotos en Grande-Bretagne. (Wilfrid Exbrayat pour le service français)

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  • M8657715 le lundi 6 juil 2015 à 20:55

    Ouh la la ! Lui aussi ne porte pas de cravate, il ne comprend absolument rien à l'économie et il parle l'anglais comme une vache espagnole.

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