PORTRAIT-François Fillon, de l'ambition feutrée à la conquête

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    * La revanche du "collaborateur" 
    * Il surclasse Sarkozy au premier tour de la primaire 
    * L'ancien président votera pour son ex-Premier ministre 
    * Bien placé pour gagner l'investiture à droite 
 
    par Sophie Louet 
    PARIS, 21 novembre (Reuters) - Eternel "numéro deux", 
François Fillon, vainqueur surprise du premier tour de la 
primaire de la droite et du centre, est désormais promis aux 
premiers rôles avec l'ambition d'incarner la reconquête en 2017. 
    L'ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy a bousculé les 
scénarios, dont il affirmait l'illégitimité depuis son entrée en 
lice, en détrônant l'inamovible favori Alain Juppé et en battant 
l'ex-président, alors qu'il pointait encore à la troisième place 
des sondages il y a une dizaine de jours. 
    Féru de course automobile, le député de Paris a filé une 
métaphore qu'il affectionne, dimanche soir, en se comparant au 
pilote belge Jacky Ickx, auteur d'une remontée spectaculaire 
lors des 24 Heures du Mans de 1969 jusqu'à la victoire finale. 
    "Il avait 120 mètres d'avance, nous on a plusieurs tours", 
a-t-il lancé devant ses soutiens. 
    "Habité" par l'impériosité de la réforme face à un pouvoir 
socialiste qui précipite selon lui la France dans l'abîme, ce 
gaulliste social de 62 ans, qui a toujours inspiré la méfiance 
des chiraquiens, est "parti à l'assaut" le premier, dès 2013. 
    Remisé au rang de "collaborateur" par Nicolas Sarkozy trois 
mois après sa nomination en mai 2007, François Fillon, qui tint 
bon à Matignon jusqu'au terme d'un "quinquennat tonitruant", 
recueille quatre ans après la défaite de 2012 les fruits de sa 
ténacité et de sa constance. De sa résilience aussi. 
    Electrochoc douloureux puis constructif, son échec face à 
Jean-François Copé lors de l'élection à la présidence de l'UMP 
en novembre 2012, scrutin entaché de fraude pour lequel il fut à 
l'inverse plébiscité par les sondages, a été un jalon 
déterminant sur son "sillon". 
    Au fil des meetings qui lui ont appris à fendre l'armure, 
lui le solitaire au flegme britannique, il a raconté cette 
"force intérieure" née de la défaite et soigné "le déficit 
d'affect" que lui reprochent ses détracteurs. 
    "J'ai songé à prendre du recul, mais mon devoir m'a rattrapé 
au vol. 'Ne lâchez pas', me disiez-vous. Je n'ai pas lâché, je 
ne lâche rien!", répétait-il devant des militants conquis le 
dépeignant comme "un homme d'Etat sérieux, rassurant", "une 
sorte de Pompidou". 
    Ironie de l'histoire, le Sarthois, héraut d'une droite 
provinciale et conservatrice qui a construit son image en 
contrepoint de Nicolas Sarkozy, aura finalement ravi à ce 
dernier le coeur des sympathisants de droite. 
     
   "L'AFFAIRE" JOUYET-FILLON 
    Sa liberté, François Fillon l'a reprise crescendo, ouvrant 
publiquement les hostilités en juillet 2013 contre Nicolas 
Sarkozy : "Chacun a le droit de vouloir servir son pays et 
chacun aura le droit d'être candidat aux primaires, mais 
personne ne peut dire 'Circulez, il n'y a rien à voir, le 
recours, c'est moi!'" 
    Dans son livre-programme "Faire", paru en septembre 2015, il 
dresse de lui-même le portrait d'un homme plus audacieux que 
Nicolas Sarkozy, "moins malléable", mais bridé dans sa volonté 
d'aller "plus loin", notamment sur la réforme des 35 heures. 
    Les premiers pas vers la rigueur, en 2011, ce fut en partie 
lui, qui avait diagnostiqué un "Etat en faillite" dès septembre 
2007, et propose aujourd'hui un "programme de rupture" 
d'inspiration thatchérienne. 
    La plume de François Fillon, parfois flatteuse, égratigne 
cruellement l'ancien président et son "personnage de plébéien 
teigneux qu'il avait cru devoir se forger pour conquérir le 
pouvoir, mais dans lequel il s'est probablement trop enfermé 
pour le conserver". 
    Une ancienne ministre se souvient : "Il parlait de Sarkozy 
presque en blaguant, comme dans une famille on parle d'un 
beau-frère un peu foutraque sur le mode 'On ne le refera pas'". 
    Les relations se dégradent durablement lorsqu'en novembre 
2014, dans les colonnes du Monde et dans leur livre "Sarko s'est 
tuer", les journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme écrivent 
que, lors d'un déjeuner le 24 juin 2014, François Fillon a 
demandé au secrétaire général de la présidence, Jean-Pierre 
Jouyet, que l'Elysée accélère le cours de la justice contre 
Nicolas Sarkozy pour empêcher son retour en politique. 
    François Fillon, qui se présente comme le candidat de la 
"droiture", dément avec vigueur et attaque en diffamation les 
journalistes. En août dernier, il lance, dans une claire 
allusion à Nicolas Sarkozy, mais aussi à Alain Juppé : "Qui 
imagine un instant le général de Gaulle mis en examen?" 
     
    "LE DEUIL DE RIEN" 
    Face au "droit d'inventaire" qui s'est déchaîné contre 
Nicolas Sarkozy durant la campagne de la primaire, François 
Fillon a ensuite mesuré ses critiques. "Il faut avoir le courage 
de s'interroger sur soi-même, il faut avoir la lucidité de peser 
le pour et le contre de notre bilan, et dans cet esprit, je ne 
me défausse pas de mes responsabilités", a-t-il ainsi déclaré. 
    Dimanche soir, Nicolas Sarkozy a annoncé qu'il voterait pour 
lui au second tour, "quels que soient les désaccords passés", 
faisant valoir une proximité avec ses choix politiques.  
    C'est autant par conviction que rancoeur envers les 
chiraquiens que François Fillon rallia Nicolas Sarkozy en 2005, 
furieux de son éviction du gouvernement Villepin. Car l'homme 
tient de ses origines basques un orgueil féroce. 
    "De Chirac, on ne se souviendra de rien, sauf de mes 
réformes", avait-il lancé. Les chiraquiens, qui se retrouvent 
pour partie autour d'Alain Juppé, ne lui ont pas pardonné. 
    Initié à la politique par son mentor Joël Le Theule, député 
RPR de la Sarthe, François Fillon a siégé dès 1981, à 27 ans, 
sur les bancs de l'Assemblée. En 1980, il épouse une Galloise, 
Penelope, dont il aura cinq enfants. Trois ans plus tard, il 
conquiert la mairie de Sablé-sur-Sarthe dont il fera son fief 
électoral et se rapproche de Philippe Séguin. 
    François Fillon a fait ses premiers pas ministériels en 1993 
dans le gouvernement de cohabitation d'Edouard Balladur. Il fut 
l'un des rares "balladuriens" à échapper à la vindicte 
chiraquienne après la présidentielle de 1995. Il est nommé 
ministre des Technologies de l'information et de la Poste, puis 
ministre délégué à la Poste, aux Télécommunications et à 
l'Espace sous Alain Juppé. 
    En mars 2004, il subit aux régionales sa première défaite 
électorale en 23 ans de carrière. Après la défaite du 6 mai 
2012, François Fillon avait choisi de se faire élire dans la 2e 
circonscription de Paris, songeant un temps aux élections 
municipales parisiennes de 2014 avant de voir "plus loin". 
    "Je n'ai fait le deuil de rien", déclarait-il alors. 
 
 (Edité par Simon Carraud) 
 
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