PORTRAIT-France-Urvoas, un homme de loi et d'ordre à la Justice

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    * Un travailleur de l'ombre aux qualités reconnues par les 
députés 
    * Il était chargé de trouver un compromis sur la déchéance 
    * Proche de Dominique Strauss-Kahn, puis de Manuel Valls 
 
    PARIS, 27 janvier (Reuters) - L'arrivée de Jean-Jacques 
Urvoas au ministère de la Justice récompense le travail de 
l'ombre d'un homme de loi et d'ordre proche du Premier ministre 
Manuel Valls qui remplace une Christiane Taubira brocardée pour 
son laxisme présumé. 
    Ce Breton de 56 ans, député du Finistère depuis 2007, a 
longtemps été le monsieur sécurité du Parti socialiste avant 
d'être nommé président de la commission des Lois de l'Assemblée 
nationale au début du quinquennat de François Hollande. 
    A ce titre, il a notamment préparé la loi qui a légalisé en 
2015 les pratiques clandestines des services de renseignement 
pour lutter contre la menace terroriste en France. 
    Début janvier, les députés socialistes avaient chargé 
Jean-Jacques Urvoas de trouver un compromis destiné à satisfaire 
les députés socialistes sur l'extension de déchéance de 
nationalité pour les personnes responsables d'actes terroristes, 
un dossier qui a provoqué la démission de Christiane Taubira. 
    Jean-Jacques Urvoas avait construit le programme électoral 
du PS en matière de sécurité avec pour objectif de gommer la 
réputation d'angélisme qui collait à la peau du parti. 
    Membre du premier cercle de Dominique Strauss-Kahn, il avait 
notamment proposé la création des zones de sécurité prioritaires 
(ZSP), dont Manuel Valls a fait l'une des principales vitrines 
de son action lorsqu'il était ministre de l'Intérieur. 
    Juriste, alors quasi néophyte en matière de sécurité, 
Jean-Jacques Urvoas a multiplié les rencontres avec les 
spécialistes et les représentants des forces de l'ordre avant de 
présenter son projet à la direction socialiste. 
    La méthode résume ce personnage qui, selon ses proches, 
n'aime rien moins tant que maîtriser son sujet. 
    Lecteur avide, comme en témoignent les étagères de son 
bureau, il fait de ses collaborateurs des rats de bibliothèque, 
apprécie de connaître l'histoire d'un dossier, jusqu'à remonter 
très loin dans le temps. 
     
    UN GRAAL 
    Homme discret, que son entourage dit gros travailleur, a la 
réputation d'être un homme politique "à l'ancienne", qui se voit 
avant tout en serviteur de l'Etat. 
    Peu stratège, il a cru en "DSK" avant de voir son champion, 
et avec lui ses chances de devenir ministre, réduites à néant 
par l'affaire du Sofitel de New York. Il a été un des derniers à 
rallier en 2012 François Hollande, qui avait déjà confié le 
volant sécurité de sa campagne à François Rebsamen. 
    Ce maître de conférence en droit public disait être porté 
par l'idée "d'écrire la loi". Dès lors, rien de surprenant à ce 
qu'il ait dit, lorsqu'il a pris la tête de la puissante 
commission des Lois de l'Assemblée, qu'il avait "touché son 
Graal", rapporte un ancien collaborateur. 
    Il y a imposé la publicité des travaux, sa connaissance des 
sujets - l'opposition respecte ses argumentaires sans failles -, 
et sa rigueur : les forces de l'ordre auront pour interlocuteur 
un homme qui déteste l'improvisation. 
    Au point que son agenda varie le moins possible d'une 
semaine à l'autre. Il les conclut dans son jardin où il écrit 
lui-même les discours et interventions de la semaine à venir. 
    Jean-Jacques Urvoas n'est pas avare avec la presse mais il 
est rarement à l'affiche et encore moins dans la réaction : il 
aime prendre le temps de se faire un avis.  
    Puis n'en dévie pas, ce qui lui avait valu d'être surnommé 
"Danton" par les attachés parlementaires.         
     
 
 (Gérard Bon et Emile Picy, édité par Yves Clarisse) 
 
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