PORTRAIT-France 2017-François Fillon, premier de cordée

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    * Prudente confiance pour le second tour 
    * "J'ai l'esprit de compétition" 
    * Les attaques de Juppé l'ont surpris 
    * "Il est fait pour le job de président", dit Retailleau 
 
    par Sophie Louet 
    PARIS, 25 novembre (Reuters) - François Fillon, favori pour 
remporter la primaire de la droite et du centre, se prépare déjà 
à "l'après", l'élection présidentielle de 2017, cette autre 
compétition "plus difficile, plus insaisissable" avec l'ambition 
de "libérer" la France. 
    Propulsé à l'avant-scène après son plébiscite surprise au 
premier tour (44,1%), l'ancien Premier ministre de Nicolas 
Sarkozy qui, dans un stupéfiant revirement du destin, a reçu le 
soutien de l'ex-président parce qu'il est "le meilleur", juge 
pourtant que "rien n'est joué". 
    "En politique, il n'y a ni bronze ni argent", souligne le 
député (Les Républicains) Jean-François Lamour, qui fut champion 
olympique d'escrime, et soutient aujourd'hui le "premier de 
cordée". 
    Féru d'alpinisme, François Fillon, 62 ans, se sait proche du 
but, "ce moment où l'on arrive sur un sommet et où l'on se dit : 
'c'était difficile, mais nous y sommes parvenus'". 
    Dans "Faire", son livre-programme paru en septembre 2015, à 
l'époque où sa campagne attirait encore sourires condescendants 
ou sarcasmes, le favori pour l'investiture présidentielle à 
droite dresse un parallèle avec la course automobile, à laquelle 
il voue une véritable passion. 
    "J'ai l'esprit de compétition, j'aime résister à un 
adversaire tenace qui me remonte, ou guetter l'ouverture dans 
laquelle je foncerai pour dépasse celui qui me devance", 
écrit-il. 
    Les attaques d'Alain Juppé, au lendemain d'un premier tour 
amer pour le chiraquien, l'ont blessé de la part d'"un ami", 
mais ont aussi aiguisé son goût du défi. 
    "Réac", "rétrograde", "thatchérien", "brutal" : les missiles 
ont plu dans l'entre-deux-tours, à gauche comme à droite. 
    La "cible", qui tient de ses origines basques un orgueil 
féroce, préfère ironiser : "Je m'amuse de voir que quand j'étais 
à 10% mon programme était formidable, y compris pour Alain 
Juppé. Depuis que je suis à 44% c'est un programme 
ultra-réactionnaire et ultra-libéral", a-t-il dit mardi sur BFM 
TV. 
    "François n'avance que lorsque son chemin est sûr et vous ne 
pouvez pas lui reprocher d'être passé sur plusieurs cadavres", 
souligne son ami Jean de Boishue. 
    "C'est un type extrêmement réglo. Il renvoie les ascenseurs, 
il traite les gens à leur juste mesure", ajoute-t-il. 
     
    "UNE SORTE DE POMPIDOU" 
    Malgré la violence de la campagne du second tour, l'ancien 
Premier ministre a assuré que ses adversaires passés ou présents 
ne seraient pas "tricards" s'il venait à l'emporter dimanche. 
    "La défaite ne doit humilier personne", a-t-il déclaré 
dimanche dernier, rendant un hommage appuyé à Nicolas Sarkozy, 
avec lequel les relations s'étaient dégradées. 
    Le Sarthois, héraut d'une droite provinciale et 
conservatrice qui a construit son image en contrepoint de 
Nicolas Sarkozy, aura finalement ravi à ce dernier le coeur des 
sympathisants de droite. 
    Remisé au rang de "collaborateur" par Nicolas Sarkozy trois 
mois après sa nomination en mai 2007, François Fillon, qui tint 
bon à Matignon jusqu'au terme d'un "quinquennat tonitruant", 
recueille quatre ans après la défaite de 2012 les fruits de sa 
ténacité et de sa constance. De sa résilience aussi. 
    Electrochoc douloureux puis constructif, son échec face à 
Jean-François Copé lors de l'élection à la présidence de l'UMP 
en novembre 2012, scrutin entaché de fraude, a été un jalon 
déterminant sur son "sillon". 
    Au fil des meetings qui lui ont appris à fendre l'armure, 
lui le solitaire au flegme britannique, il a raconté cette 
"force intérieure" née de la défaite et soigné "le déficit 
d'affect" que lui reprochent ses détracteurs. 
    "J'ai songé à prendre du recul, mais mon devoir m'a rattrapé 
au vol. 'Ne lâchez pas', me disiez-vous. Je n'ai pas lâché, je 
ne lâche rien!", répétait-il devant des militants conquis le 
dépeignant comme "un homme d'Etat sérieux, rassurant", "une 
sorte de Pompidou". 
    Georges Pompidou dont il aime à répéter la phrase apocryphe 
"Arrêtez d'emmerder les Français" pour défendre son programme de 
"liberté". 
     
    "LA LIBERTÉ EST UNE IDÉE NEUVE" 
    "Habité" par l'impériosité de la réforme face à un pouvoir 
socialiste qui précipite selon lui la France dans l'abîme, ce 
disciple de Philippe Séguin, qui a toujours inspiré la méfiance 
des chiraquiens, est "parti à l'assaut" le premier, dès 2013. 
    "La formule I Fillon est lancée. (...) Il est fait pour le 
job de président, et il fera le job", affirme le sénateur LR 
Bruno Retailleau, l'un de ses soutiens. 
    Un jour, Nicolas Sarkozy lui avait dit : "Tu sais, François, 
la liberté, c'est Madelin : 4%". 
    Mais François Fillon, qui juge son programme économique de 
"rupture" légitimé par les électeurs au premier tour, n'en 
démord pas : son projet est le bon, le seul à même de repousser 
le Front national dans une France déboussolée. 
    "La liberté est redevenue une idée neuve en France", 
écrit-il dans "Faire". 
    "Mon projet n'est pas de déréguler à tout-va, ni de créer 
des fractures profondes dans notre société, ni d'imposer d'en 
haut à celle-ci des réformes dont nul ne voudrait", ajoute-t-il. 
    Initié à la politique par son mentor Joël Le Theule, député 
RPR de la Sarthe, François Fillon a siégé dès 1981, à 27 ans, 
sur les bancs de l'Assemblée. En 1980, il épouse une Galloise, 
Penelope, dont il aura cinq enfants. Trois ans plus tard, il 
conquiert la mairie de Sablé-sur-Sarthe dont il fera son fief 
électoral et se rapproche de Philippe Séguin. 
    François Fillon a fait ses premiers pas ministériels en 1993 
dans le gouvernement de cohabitation d'Edouard Balladur. Il fut 
l'un des rares "balladuriens" à échapper à la vindicte 
chiraquienne après la présidentielle de 1995 et devint ministre 
d'Alain Juppé. 
    En mars 2004, il subit aux régionales son premier revers 
électoral en 23 ans de carrière. Après la défaite du 6 mai 2012, 
François Fillon avait choisi de se faire élire dans la 2e 
circonscription de Paris, songeant un temps aux élections 
municipales parisiennes de 2014 avant de voir "plus loin". 
    Aujourd'hui, les portes de la présidentielle s'entrouvrent. 
    "Nous serons prêts parce que nous n'aurons pas visé la 
victoire pour la victoire en racontant n'importe quoi sur les 
estrades avant d'être pris au dépourvu en face de la réalité", 
écrit-il dans "Faire". 
 
 (Edité par Yves Clarisse) 
 
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  • phili646 il y a une semaine

    Snoopy meilleur agent électoral de MLP.