PORTRAIT-Fillon, des "petits matins blêmes" à la présidentielle

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    * Désigné avec près de 67% des voix 
    * Le Sarthois a bousculé tous les scénarios 
    * Il se veut le candidat de la "liberté" 
    * "Il est fait pour le job de président", dit Retailleau 
 
    par Sophie Louet 
    PARIS, 27 novembre (Reuters) - François Fillon, candidat 
officiel de la droite et du centre pour la présidentielle de 
2017, entre désormais dans une compétition "plus difficile, plus 
insaisissable" avec l'ambition de "libérer" la France. 
    L'ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy aura donc 
définitivement bousculé tous les scénarios, dont il affirmait 
l'illégitimité depuis son entrée en lice, renvoyant dans les 
coulisses l'ex-président et Alain Juppé, son adversaire 
malheureux du second tour. 
    De là à dire que le "fillonisme" est né sur les cendres du 
"chiraquisme" et du "sarkozysme", il y a un pas que ce Sarthois 
solide et mesuré n'entend pas franchir. 
    Lui qui se rêvait guide de haute montagne ou journaliste 
dans sa jeunesse voit quarante années de vie politique 
couronnées d'un succès auquel il a cru dès son entrée en lice, 
en 2013, alors que son "tour de France" n'attirait que sarcasmes 
et sourires condescendants. 
    "J'ai tout aimé de la politique, même les petits matins 
blêmes où l'on est seul à coller ses propres affiches, mêmes les 
salles vides où commencent parfois, à l'écart de tout, le chemin 
des victoires les plus inattendues et les plus brillantes", 
écrit-il dans "Faire", un livre paru en septembre 2015. 
    Dimanche soir, visiblement ému, il a endossé le "désir de 
liberté et de réussite" de "millions" de Français. 
    "J'ai maintenant le devoir de convaincre tout un pays que 
notre projet est le seul qui puisse nous hisser vers le haut, 
pour l'emploi, pour la croissance, pour battre ces fanatiques 
qui nous ont déclaré la guerre. J'ai le devoir de redonner 
confiance aux Françaises et aux Français", a-t-il déclaré avec 
solennité. 
     
    L'EX-"COLLABORATEUR" 
    Malgré la violence de la campagne du second tour, l'ancien 
Premier ministre, accusé tour à tour d'être "réac", 
"rétrograde", "brutal", a assuré que ses adversaires passés ou 
présents ne seraient pas "tricards". 
    "Pas un électeur ne doit se sentir humilié ou mis à l'écart. 
Ce qui nous unit est plus important que ce qui nous distingue. 
Voilà pourquoi je tends la main à tous ceux qui veulent servir 
notre pays", a-t-il déclaré dimanche soir. 
    Le Sarthois, héraut d'une droite provinciale et 
conservatrice qui a construit son image en contrepoint de 
Nicolas Sarkozy, aura finalement ravi à ce dernier -- et à Alain 
Juppé, le "libéraliste humaniste" -- le coeur des sympathisants 
de droite. 
    Remisé au rang de "collaborateur" par Nicolas Sarkozy trois 
mois après sa nomination en mai 2007, François Fillon, qui tint 
bon à Matignon jusqu'au terme d'un "quinquennat tonitruant", 
recueille quatre ans après la défaite de 2012 les fruits de sa 
ténacité et de sa constance. De sa résilience aussi. 
    Electrochoc douloureux puis constructif, son échec face à 
Jean-François Copé lors de l'élection à la présidence de l'UMP 
en novembre 2012, scrutin entaché de fraude, a été un jalon 
déterminant sur son "sillon". 
    Au fil des meetings qui lui ont appris à fendre l'armure, 
lui le solitaire au flegme britannique, il a raconté cette 
"force intérieure" née de la défaite et soigné "le déficit 
d'affect" que lui reprochent ses détracteurs. 
    "J'ai songé à prendre du recul, mais mon devoir m'a rattrapé 
au vol. 'Ne lâchez pas', me disiez-vous. Je n'ai pas lâché, je 
ne lâche rien!", répétait-il devant des militants conquis le 
dépeignant comme "un homme d'Etat sérieux, rassurant", "une 
sorte de Pompidou". 
    Georges Pompidou dont il aime à répéter la phrase apocryphe 
"Arrêtez d'emmerder les Français" pour défendre son programme de 
"liberté". 
     
    "VALEURS FRANÇAISES" 
    "Habité" par l'impériosité de la réforme face à un pouvoir 
socialiste qui précipite selon lui la France dans l'abîme, ce 
disciple de Philippe Séguin, qui a toujours inspiré la méfiance 
des chiraquiens, est "parti à l'assaut" le premier. 
    "La formule I Fillon est lancée. (...) Il est fait pour le 
job de président, et il fera le job", affirme le sénateur LR 
Bruno Retailleau, l'un de ses soutiens. 
    Un jour, Nicolas Sarkozy lui avait dit : "Tu sais, François, 
la liberté, c'est Madelin : 4%". 
    Mais François Fillon, qui juge son programme économique de 
"rupture" légitimé par les électeurs de la primaire, n'en démord 
pas : son projet est le bon, le seul à même de repousser le 
Front national dans une France déboussolée. 
    "Les électeurs de la droite et du centre ont trouvé dans ma 
démarche les valeurs françaises auxquelles ils sont attachés. 
Ces valeurs, je les défendrai et nous les partagerons avec tous 
ceux qui, dans leurs différences, aiment la France. Personne ne 
devra se sentir exclu d'une société que je veux plus juste et 
plus solidaire", a-t-il dit dimanche soir. 
    Initié à la politique par son mentor Joël Le Theule, député 
RPR de la Sarthe, François Fillon a siégé dès 1981, à 27 ans, 
sur les bancs de l'Assemblée. En 1980, il épouse une Galloise, 
Penelope, dont il aura cinq enfants. Trois ans plus tard, il 
conquiert la mairie de Sablé-sur-Sarthe dont il fera son fief 
électoral et se rapproche de Philippe Séguin. 
    François Fillon a fait ses premiers pas ministériels en 1993 
dans le gouvernement de cohabitation d'Edouard Balladur. Il fut 
l'un des rares "balladuriens" à échapper à la vindicte 
chiraquienne après la présidentielle de 1995 et devint ministre 
d'Alain Juppé. 
    En mars 2004, il subit aux régionales son premier revers 
électoral en 23 ans de carrière. Après la défaite du 6 mai 2012, 
François Fillon avait choisi de se faire élire dans la 2e 
circonscription de Paris, songeant un temps aux élections 
municipales parisiennes de 2014 avant de voir "plus loin". 
    Aujourd'hui, les portes de la présidentielle s'entrouvrent. 
    "Nous serons prêts parce que nous n'aurons pas visé la 
victoire pour la victoire en racontant n'importe quoi sur les 
estrades avant d'être pris au dépourvu en face de la réalité", 
écrit-il dans "Faire". 
 
 (Edité par Yves Clarisse) 
 
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