PORTRAIT-Fidel Castro, révolutionnaire du XXe siècle

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    * Issu d'une famille aisée, il choisit la révolution 
    * Il a tenu tête à dix présidents des Etats-Unis 
    * Une figure de la Guerre froide 
    * En 1962, la crise des missiles met le monde au bord de la 
guerre 
 
    par Daniel Trotta 
    LA HAVANE, 26 novembre (Reuters) - L'ancien président cubain 
Fidel Castro, dont on a appris vendredi à l'âge de 90 ans, avait 
été forcé par la maladie à se mettre en retrait de la vie 
publique en 2006, puis à céder officiellement la place à son 
frère cadet Raul deux ans plus tard. 
    Arrivé au pouvoir en janvier 1959, après plusieurs mois de 
guérilla contre le régime de Fulgencio Batista, le "comandante" 
a dirigé Cuba pendant près d'un demi-siècle. 
    Il a établi aux portes des Etats-Unis, à moins de 150 km des 
côtes de Floride, un Etat communiste né dans les maquis de la 
Sierra Maestra et a tenu tête à dix locataires de la Maison 
blanche, de Dwight D. Eisenhower à George W. Bush. 
    Héros pour certains, dictateur selon d'autres, Castro, 
charismatique et fougueux, reconnaissable à sa barbe et à son 
uniforme vert olive, souvent un cigare à la bouche, a pu compter 
en pleine Guerre froide sur le soutien de l'Union soviétique et 
était devenu l'une des icônes de la confrontation entre les deux 
blocs. 
    Célèbre pour ses discours enflammés pouvant durer des 
heures, l'infatigable Fidel Castro a mené tambour battant une 
révolution qui a inspiré des mouvements gauchistes à travers le 
monde. 
    "Le socialisme ou la mort": voilà ce qu'il opposait encore, 
au début des années 1990, à l'effondrement du communisme en 
Europe de l'Est. 
    Malgré ses postures, il se disait allergique au culte de la 
personnalité et a toujours refusé que des statues soient élevées 
en son honneur ou que son nom soit donné à des rues. Pourtant, 
une grande partie de la population cubaine vouait un véritable 
culte à "Fidel".  
     
    DOUZE "BARBUDOS" 
    Face à la dégradation de la situation économique et à la 
baisse du niveau de vie des Cubains, sur fond d'économie 
dirigiste, il avait dû introduire des réformes nécessaires au 
salut de son île, menacée de banqueroute. C'était le début de la 
"période spéciale". 
    Officiellement né dans le village de Biran, près de Mayari, 
dans l'est de Cuba, le 13 août 1926 - certains biographes 
situent sa naissance un an plus tôt - Castro est le fils d'un 
immigré espagnol ayant fait fortune dans la culture de la canne 
à sucre. 
    Enfant, il est fasciné par les grandes figures de 
l'Histoire, notamment Alexandre le Grand. 
    Après une scolarité catholique chez les jésuites, il étudie 
le droit à La Havane, où il prend part à une vie politique 
parfois violente. Il s'engage rapidement dans des activités 
clandestines visant au renversement de la dictature de droite de 
Fulgencio Batista. 
    En 1953, l'attaque de La Moncada, une caserne de l'armée 
cubaine à Santiago de Cuba, lui vaut d'être condamné à trente 
ans de prison. Bénéficiant d'une amnistie, il est libéré dès 
1955 et gagne le Mexique, où il prépare l'invasion de l'île avec 
d'autres exilés cubains. 
    En décembre 1956, Castro et 81 compagnons d'armes regagnent 
l'île à bord du Granma. Le débarquement tourne à la catastrophe. 
Seuls douze "barbudos", dont Castro, son frère et Ernesto "Che" 
Guevara, parviennent à gagner le maquis de la Sierra Maestra. 
Ils n'ont en tout et pour tout que sept fusils. Mais ils 
parviennent à rassembler autour d'eux les mécontents. 
     
    TENTATIVES D'ASSASSINAT 
    En 1958, les rebelles repassent à l'offensive - cette fois 
avec succès. Le 1er janvier 1959, Batista quitte précipitamment 
Cuba et un gouvernement provisoire est formé où Castro, à l'âge 
de 32 ans, devient chef des forces armées, puis Premier 
ministre. 
    Une fois arrivé au pouvoir, il entreprend de faire de Cuba 
une puissance non-alignée. Son projet: une révolution politique, 
économique et sociale. 
    Par ses choix radicaux, il s'aliène Washington, qui suspend 
en 1961 ses relations diplomatiques avec La Havane. 
Naturellement, Castro se tourne vers Moscou. 
    Il autorise en octobre 1962 l'installation sur son sol de 
missiles soviétiques. La confrontation qui s'ensuit avec les 
Etats-Unis, alors dirigés par John Kennedy, conduit le monde au 
bord d'un conflit mondial. 
    Washington imposera alors à l'île un strict embargo 
économique, qui dure encore aujourd'hui. 
    Dès le début, l'aversion des Américains pour ce régime si 
opposé à leurs conceptions politiques les conduit à comploter 
contre Castro. 
    En 1961, plus d'un millier d'exilés cubains entraînés par la 
CIA débarquent dans la baie des Cochons. L'opération est un 
échec cuisant mais les services secrets continuent de réfléchir 
à des moyens - plus ou moins sérieux - de l'éliminer. 
    Un rapport spécial du Sénat américain, en 1975, révèle que 
les services secrets américains ont envisagé un temps de verser 
dans ses chaussures un produit chimique qui déclencherait la 
chute de sa barbe, ce qui aurait grandement entamé son charisme. 
     
    ICÔNE DE LA RÉVOLUTION 
    Parmi les autres subterfuges envisagés: lui faire livrer des 
cigares empoisonnés, ou placer un coquillage bourré d'explosifs 
sur son lieu de plongée habituel. 
    Castro affirme avoir survécu à 600 projets d'assassinats 
ourdis par la CIA ou les nombreux exilés cubains réfugiés aux 
Etats-Unis. 
     Mais en envoyant près de 20.000 médecins cubains soigner 
les plus pauvres, d'abord au Venezuela, puis jusqu'au Pakistan, 
en Indonésie et au Timor-Oriental, le dirigeant cubain a su se 
créer des alliés fidèles. 
    Pour la jeunesse altermondialiste, Castro et le "Che", mort 
en 1967 en Bolivie, sont devenus des icônes de la révolution. 
    Mais dans son propre pays, Castro est accusé par ses 
opposants d'avoir soumis les onze millions de Cubains à la 
pauvreté collective dans un Etat policier. 
    Avant de se retirer, Fidel Castro avait tenté de répondre 
aux insuffisances les plus criantes du régime - logements 
délabrés, transports publics insuffisants, coupures 
d'électricité, corruption - tout en refusant de laisser 
s'exprimer ses détracteurs. L'argent et le pétrole à bas coût 
fournis par son ami vénézuélien Hugo Chavez ainsi que les prêts 
chinois avaient un moment permis au régime cubain de garder la 
tête hors de l'eau. 
    Depuis le passage du témoin à son frère, après une lourde 
opération à l'intestin en 2006, il publiait des chroniques dans 
la presse cubaine mais apparaissait très rarement en public. 
Pour le "comandante" affaibli, le survêtement avait remplacé le 
treillis militaire. 
    Fidel Castro a eu au moins neuf enfants, dont cinq fils de 
sa deuxième épouse Dalia Soto del Valle. Son fils aîné, Fidel 
Castro Diaz-Balart, est un spécialiste du nucléaire formé en 
Union soviétique. Sa fille Alina Fernandez a fui Cuba en 1993 et 
a multiplié depuis lors les critiques contre son père. 
 
 (Avec Marc Frank et David Adams; Gwenaëlle Barzic et Guy 
Kerivel pour le service français) 
 
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