PORTRAIT-Emmanuel Macron, "alien" de la politique française

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    * Un ancien banquier devenu ministre hors norme 
    * Ses transgressions irritaient au gouvernement 
    * La présidence de la République pour ambition ? 
 
    par Elizabeth Pineau 
    PARIS, 30 août (Reuters) - En deux ans au gouvernement, 
l'"alien de la politique" Emmanuel Macron a impressionné, charmé 
et surtout agacé, à l'image d'un parcours hors norme décrit d'un 
sourire à la Kennedy qui en dit long sur les ambitions de 
l'ex-ministre de l'Economie. 
    "Il a jugé qu'il serait plus utile à l'extérieur du 
gouvernement qu'à l'intérieur", a expliqué à Reuters un de ses 
proches, le député socialiste Richard Ferrand, au moment de 
l'annonce par l'Elysée de son départ.   
    Pour un autre de ses partisans, le député radical de gauche 
Alain Tourret, le chef de l'Etat, François Hollande, perd ainsi 
"son joker", "sa rock star" et "un atout essentiel". 
    On ne le verra plus à la sortie du conseil des ministres, le 
plus souvent seul ces derniers mois, isolé dans un gouvernement 
où il irritait plus d'un de ses collègues, à commencer par le 
premier d'entre eux, Manuel Valls, qui l'a accusé le 13 juillet 
dernier de "céder aux sirènes du populisme".  
    Elle semble loin, la nomination surprise, en août 2014, au 
ministère de l'Economie de l'ancien conseiller de François 
Hollande, qui a découvert Bercy après deux ans passés dans un 
bureau sans fioritures des soupentes de l'Elysée.  
    Aujourd'hui âgé de 38 ans, ce fils de médecin, énarque, 
ancien banquier d'affaire féru de théâtre et de philosophie, a 
repris sa liberté pour faire de la politique et qui sait, 
briguer la présidence de la République.  
    Une trajectoire expresse, hors des sentiers battus, 
puisqu'il n'a jamais été élu et n'est pas membre du Parti 
socialiste. "Un alien de la politique", résume un ministre. 
    "L'honnêteté m'oblige à vous dire que je ne suis pas 
socialiste. Je suis dans un gouvernement qui est un gouvernement 
de gauche, mais quelle importance?", avait lancé Emmanuel Macron 
le 19 août dernier au Puy du Fou (Vendée), au côté de Philippe 
de Villiers, fondateur du Mouvement pour la France.  
     
    "POTENTIEL" 
    "Emmanuel Macron est brillantissime, impressionnant 
d'intelligence. Il a tellement de potentiel qu'il peut faire 
autre chose. Or quand on fait de la politique, il faut tout lui 
sacrifier. On entre dans les ordres de la République. Est-il 
prêt à cela ?" s'interroge un ancien collègue.  
    Sans enfants, Emmanuel Macron est marié depuis 2007 à 
Brigitte Trogneux, son ancienne professeure de français de 20 
ans son aînée qui a quitté son travail pour épauler son mari. 
    Dès sa nomination à Bercy, Emmanuel Macron surprend par son 
franc-parler, son libéralisme de gauche jugé trop à droite par 
une partie du PS mais séduisant pour l'opinion, qui en fait 
l'une de ses personnalités politiques préférées. 
     Sa cote de popularité était de 52% dans le baromètre de 
juillet Ifop-Fiducial-Paris Match-Sud Radio.   
    L'ancien protégé de François Hollande a franchi le Rubicon 
en lançant le 6 avril "En Marche !", mouvement politique "ni de 
droite ni de gauche", créé dans la perspective de l'élection 
présidentielle de 2017. 
    S'est ouvert alors une séquence troublante qui a vu tour à 
tour la publication dans Paris Match du récit de l'histoire du 
couple Macron ("Une bêtise", dira l'intéressé, qui a pourtant 
récidivé en août) et la participation du ministre de l'Economie 
à la fête de Jeanne d'Arc à Orléans.  
    Sous le feu des projecteurs, Emmanuel Macron multiplie les 
audaces, se déclarant un jour favorable à la suppression de 
l'Impôt sur la fortune (ISF), affirmant un autre qu'il n'est pas 
l'"obligé" de François Hollande. 
    "Macron, qui est un type très bien, a perdu les pédales 
pendant dix jours. Je l'ai vu euphorique, puis dépassé", raconte 
un ministre. 
     
    PARIS MATCH, JETS D'OEUFS, COSTARD 
    Les remous continuent avec les révélations sur le patrimoine 
d'Emmanuel Macron, assujetti à l'ISF pour cause de villa au 
Touquet, une phrase lancée à un homme qui l'interpellait ("La 
meilleure manière de se payer un costard, c'est de travailler") 
ou la visite du ministre sous des jets d'oeufs à Montreuil, fief 
de la CGT, en pleine tourmente liée à la loi Travail. 
    A Bercy, l'ambiance est lourde au point que le ministre de 
l'Economie y est parfois ouvertement critiqué.  
    Dans un tweet publié début juillet, le secrétaire d'Etat au 
Budget, Christian Eckert, l'accuse d'outrepasser ses fonctions : 
"Macron passe des commandes de Sea Bubble pour la douane. Il 
fait donc tout à la fois, ce surhomme. Ministre de tous les 
étages de Bercy ?" 
    "Il n'y a pas beaucoup de membres du gouvernement, 
aujourd'hui, qui défendent Macron", confiait récemment en privé 
une de ses collègues. "La machine s'est emballée. Il s'est 
laissé convaincre par d'autres qu'il pouvait y aller seul. C'est 
la marque d'un mégalomaniaque soit immensément cynique, soit 
immensément naïf." 
    François Hollande a recadré à plusieurs reprises son ancien 
poulain, sans toutefois jamais désavouer son émancipation. 
    Le 14 juillet dernier, deux jours après un meeting à 
l'américaine du ministre à La Mutualité perçu comme une 
provocation, le chef de l'Etat avait rappelé Emmanuel Macron aux 
règles de la solidarité gouvernementale. 
    "Respecter ces règles, c'est rester au gouvernement, ne pas 
les respecter, c'est ne pas y rester", avait-il dit, tout en 
jugeant "utile" d'"aller à la rencontre des autres", de 
"proposer des idées nouvelles". 
    Mardi, l'entourage du chef de l'Etat a expliqué le départ 
d'Emmanuel Macron du gouvernement par sa volonté de se consacré 
à "En Marche !" et par le fait qu'il "ne pouvait plus, il ne 
voulait plus se conformer à ces règles". 
    "C'est Hollande qui l'a fait. On a toujours du mal à faire 
du mal à ses enfants", déclarait cet été un membre du 
gouvernement.    
    L'avenir dira si Emmanuel Macron sera un soutien pour le 
président-candidat ou un franc tireur. 
 
 (Avec Simon Carraud, Myriam Rivet, Michel Rose, Emmanuel Jarry, 
édité par Emmanuel Jarry) 
 
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