PORTRAIT-De Villiers, le défenseur des militaires dépose les armes

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    * Démissionne sur fond de désaccords sur le budget 
    * Un homme "discret" et "intègre" doté d'une "clarté du 
verbe" 
    * A fait du contact avec les autres "son carburant" 
 
    par Marine Pennetier 
    PARIS, 19 juillet (Reuters) - Pendant les trois années 
passées à la tête des armées françaises, le général Pierre de 
Villiers, qui a démissionné de son poste mercredi, aura défendu 
sans discontinuer une armée "au taquet", sursollicitée sur les 
théâtres intérieur et extérieur, face aux tentatives de coups de 
rabot de Bercy.  
    Sa dernière prise de position, prononcée en termes crus à 
huis clos devant une commission parlementaire le 12 juillet, 
aura eu raison de ce général de 60 ans décrit comme "discret" et 
"intègre" et "respecté de tous" en France comme à 
l'international.      
    "C'était l'homme qu'il fallait", estime le général Vincent 
Desportes, ancien directeur de l'Ecole de guerre, aujourd'hui 
professeur associé à Sciences Po. "Il est le seul au fond, on le 
voit bien aujourd'hui, à défendre la défense de la France et des 
Français." 
    "Il a eu raison de dire ce qu'il a dit à la représentation 
nationale, à huis clos, et il a eu raison de démissionner", 
ajoute-t-il. "C'est le paroxysme d'un malaise, il y a un malaise 
depuis très longtemps, on tire sur la corde". 
    Ce malaise, le général de Villiers n'aura eu de cesse de le 
relayer ces dernières années, à huis clos comme dans des 
tribunes publiées dans la presse, plaidant pour une 
sanctuarisation du budget pour une armée et des équipements à 
bout de souffle.     
    Dès octobre 2014, cet ancien élève de Saint-Cyr, nommé sous 
la présidence de François Hollande notamment pour mettre en 
oeuvre la loi de programmation militaire (LPM), lance son 
premier cri d'alarme. 
     
    "LE PRIX DU SANG" 
    "Nous payons le prix du sang. Nous attendons une légitime 
solidarité pour les coûts financiers", déclarait-il devant la 
commission de la défense de l'Assemblée nationale. "Il n'y a pas 
de gras dans nos armées. On attaque le muscle, alors que la 
situation sécuritaire se dégrade ! C'est mon devoir de vous le 
dire." 
    Car depuis 2013, la France s'est engagée dans plusieurs 
opérations militaires - Serval puis Barkhane dans le Sahel, 
Chammal au Levant, Sangaris en Centrafrique et Sentinelle en 
France - dans un contexte budgétaire toujours plus serré. 
    De quoi rendre la situation "intenable" pour le chef 
d'état-major des armées qui décrivait début 2016 une "armée au 
taquet" et estimait inenvisageable l'ouverture d'un nouveau 
front.  
    "C'est un grand soldat, c'est un homme d'une très grande 
intégrité, d'une très grande exigence avec qui j'ai eu des 
relations extrêmement fortes", a dit mardi l'ancien ministre de 
la Défense et actuel chef de la diplomatie Jean-Yves Le Drian 
sur Cnews. "Il a toujours eu une clarté du verbe qui lui 
appartient". 
    Catholique pratiquant, ce père de six enfants, frère du 
fondateur du Mouvement pour la France (MPF) Philippe de 
Villiers, a notamment servi au cours de sa carrière au Kosovo et 
en Afghanistan avant de devenir conseiller militaire de François 
Fillon en 2008 puis major général des armées deux ans plus tard. 
     
    UN GÉNÉRAL RESPECTÉ DE TOUS 
    Pour l'ancienne présidente de la Commission défense de 
l'Assemblée nationale Patricia Adam, qui l'a beaucoup côtoyé ces 
dernières années, le général de Villiers est "quelqu'un qui a 
beaucoup participé aux restructurations du ministère".  
    "C'est un général respecté de tous, à tous les niveaux, 
c'est quelqu'un qui a assumé en responsabilité et avec beaucoup 
de courage toutes les décisions qui ont du être prises ces 
derniers temps avec les Opex et Sentinelle", ajoute-t-elle.   
    Son successeur, Jean-Jacques Bridey, qui appartient pourtant 
au camp d'Emmanuel Macron, a lui aussi regretté mercredi sa 
démission imposée selon lui par Bercy. 
    A sa nomination, dans un entretien à Libération, le général 
de Villiers avait expliqué vouloir utiliser ce poste "pour aller 
au contact avec les hommes, me rendre sur le terrain aussi 
souvent que possible pour discuter avec les uns et les autres." 
    "C'est mon carburant", disait-il, avant le début de son 
"mandat" au cours duquel il aura multiplié les déplacements 
auprès de ses troupes sur le terrain, souvent loin des caméras 
et des objectifs. Il avait également mis en place un rendez-vous 
hebdomadaire sur Facebook "Pensées du terrain - Lettre à un 
jeune engagé".  
    C'est sur ce support qu'il a pris la parole, mercredi, 
quelques heures seulement après l'annonce de sa démission.  
    "A titre personnel, je reste indéfectiblement attaché à mon 
pays et à ses armées. Ce qui m'importera, jusqu'à mon dernier 
souffle, c'est le succès des armes de la France", a-t-il écrit.  
 
 (Avec Simon Carraud, édité par Yves Clarisse) 
 
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