PORTRAIT-Christiane Taubira, une ministre devenue un symbole

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    * Une personnalité atypique dans son camp 
    * Elle représentait l'aile gauche du gouvernement 
    * Et suscitait les critiques de la droite 
 
    PARIS, 27 janvier (Reuters) - La démission de Christiane 
Taubira signe le départ d'une ministre qui a cristallisé les 
passions depuis son arrivée à la Justice, où elle est devenue en 
près de quatre ans une icône pour les uns et une cible 
privilégiée pour les autres.   
    Elle a représenté la sensibilité la plus à gauche, en 
matière sociétale, des gouvernements de Jean-Marc Ayrault et 
Manuel Valls, et plus encore depuis que le débat sur la 
déchéance de nationalité lézarde la majorité. 
    Ces dernières semaines, elle n'a pas hésité à manifester son 
opposition au projet de l'exécutif d'inscrire cette mesure dans 
la Constitution. Et joué ainsi un rôle qu'elle tient depuis plus 
de 20 ans, celui de personnalité atypique à gauche, rétive à la 
discipline de parti. 
    Paria d'une partie de son camp, qui l'accuse d'avoir 
participé, par sa candidature à la présidentielle de 2002, à 
l'échec de Lionel Jospin en raison de la qualification de 
Jean-Marie Le Pen pour le second tour, l'ex-militante 
indépendantiste renvoyait aussi l'image d'une pasionaria au fort 
ancrage local. 
    Pourtant, il lui suffit de quelques mois, après sa 
nomination place Vendôme en 2012, pour devenir une personnalité 
incontournable, parmi les plus populaires du gouvernement, et 
une cible de la droite, qui la taxe de laxisme. 
    Christiane Taubira essuie des critiques jusque dans son 
propre camp, Manuel Valls, alors ministre de l'Intérieur, 
fustigeant son projet de réforme pénale supprimant les peines 
planchers et instaurant une alternative à la prison.  
    Mais c'est le même homme, devenu Premier ministre, qui 
confirme à son poste en 2014 une personnalité auréolée de 
l'adoption en 2013 de la loi sur le mariage homosexuel, qu'elle 
a portée face aux manifestations monstres d'opposants. 
    La fonction de ministre est une "allée pavée d'épines et de 
rocaille", dit celle qui subit en tant que ministre les 
"putréfactions verbales" d'un racisme décomplexé. 
     
    LIBRE 
    Comparée à un singe par une candidate Front national aux 
municipales de 2014 et l'hebdomadaire d'extrême droite Minute, 
elle voit des enfants brandir en public une peau de banane à son 
passage lors du débat sur le mariage homosexuel. 
    À 63 ans, Christiane Taubira a la réputation d'une femme 
libre. Surtout connue pour ses combats en faveur de l'égalité 
des droits, elle vote la confiance au gouvernement Balladur en 
1993 et se range derrière Bernard Tapie aux européennes de 1994. 
    En 2001, elle fait adopter une loi qui reconnaît les traites 
négrières et l'esclavage comme crime contre l'humanité. En 
2012-2013, elle porte, lors d'un marathon parlementaire où elle 
force le respect de ses adversaires, la loi sur le mariage gay. 
    "Il y a toujours chez elle la revendication d'égalité dans 
la dignité, un positionnement anti-discrimination, antiraciste", 
dit l'ancien porte-parole du Parti radical de gauche Bernard 
Castagnède, directeur de sa campagne présidentielle en 2002. 
    Une constante qu'elle lie, dans ses écrits, à ses origines 
modestes et à sa confrontation, très tôt, à la discrimination. 
    Les avocats sont séduits par son talent d'oratrice, révélé 
lors des débats parlementaires sur le mariage homosexuel, quand 
elle parle sans notes et cite dans le texte René Char, Aimé 
Césaire ou Paul Eluard.  
    Une maîtrise de la parole qui lui permet de "renverser des 
assemblées réservées, voire hostiles", témoignait en 2014 
Jean-Marie Burguburu, alors président du conseil national des 
barreaux. 
    Économiste sans aucune formation juridique, elle 
impressionne par ailleurs par sa connaissance des dossiers. 
     
    "IDÉES PRÉCONÇUES" 
    Mais sa popularité s'érode. En février 2014, les magistrats 
l'accusent d'avoir exercé des pressions pour obtenir la 
démission du procureur général de Paris nommé par l'ex-majorité, 
François Falletti. L'opposition dénonce alors son "sectarisme."  
   
    Toujours en 2014, les avocats, irrités par l'interception de 
conversations entre Nicolas Sarkozy et son conseil, Me Thierry 
Herzog, s'agacent de l'entendre affirmer qu'aucune profession ne 
peut prétendre à l'impunité. 
    Pour se justifier dans cette affaire qu'elle qualifie de 
"feuilleton de mauvaise qualité", elle brandit imprudemment un 
document censé accréditer sa maigre connaissance du dossier et 
qui, selon la presse, prouve l'inverse. 
    La ministre, qui circule à bicyclette, dit "ne pas supporter 
d'avoir un patron" et ne pas aimer "les médiocres", est aussi 
victime de sa liberté de ton et de style. 
    "Madame Taubira a une réputation de quelqu'un de très 
flamboyant à l'oral. Mais une communication ministérielle doit 
être un peu cadrée pour être audible", jugeait en 2014 
Christophe Régnard, alors président de l'Union syndicale de la 
magistrature, majoritaire. 
    Il décrit surtout "quelqu'un avec qui il est très difficile 
de travailler parce qu'elle a un certain nombre d'idées 
préconçues".  
 
 (Chine Labbé, avec Simon Carraud, édité par Yves Clarisse) 
 
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