PORTRAIT -Bhumibol, symbole de l'unité nationale thaïlandaise

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    BANGKOK, 13 octobre (Reuters) - Le roi Bhumibol Adulyadej de 
Thaïlande, décédé jeudi à l'âge de 88 ans au terme d'un règne 
d'une longévité sans égale, s'est toujours efforcé de défendre 
l'unité nationale de son pays dont il était le symbole. 
    Au fil de multiples coups d'Etat militaires - une dizaine, 
le dernier en date en mai 2014 - cette personnalité frêle et 
discrète est demeurée un point d'ancrage pour une population qui 
avait pour lui le plus profond respect, allant pour certains 
jusqu'à se prosterner sur son passage. 
    Né le 5 décembre 1927 aux Etats-Unis, à Cambridge 
(Massachusetts), où son père, le prince Mahidol, poursuivait ses 
études, Bhumibol n'était pas destiné à devenir roi. 
    Il a 18 ans lorsqu'il monte sur le trône le 9 juin 1946 à la 
suite d'un concours de circonstances tragiques : le décès de son 
père, en 1929, l'abdication en 1935 du roi Prajadhipok, dont le 
prince Mahidol était le demi-frère, et la mort, en 1946, dans de 
mystérieuses circonstances d'Ananda, frère aîné de Bhumibol. 
    Désigné comme successeur sous le nom de Rama IX, Bhumibol 
reporte les cérémonies du couronnement et retourne en Suisse où 
il faisait des études. Renonçant aux sciences pour se former à 
son nouveau rôle, il y fait des études de politique et de droit. 
    Rentré au pays, il épouse le 28 avril 1950, une semaine 
avant son couronnement, Sirikit Kittiyakara, fille d'un ancien 
ambassadeur de Thaïlande en France et en Grande-Bretagne. 
     
    MÉDIATEUR 
    Disposant de peu de pouvoirs officiels, il n'en a pas moins 
réussi, par ses interventions en coulisses, à rehausser le 
prestige de la couronne, s'efforçant de maintenir la stabilité 
dans le royaume.  
    L'un de ses thèmes favoris était la nécessité de forger 
l'unité du pays aux 68 millions d'habitants aujourd'hui. 
    Au cours de son long règne, la Thaïlande a connu nombre de 
coups d'Etat et tentatives de coups d'Etat dont les auteurs ont 
toujours protesté de leur loyauté envers le souverain. 
    En octobre 1973, c'est lui qui intervient au plus fort d'une 
sanglante manifestation d'étudiants contre le gouvernement 
militaire du général Thanom Kittikachorn, lequel accepte alors 
de quitter le pays. 
    Il nomme ensuite un Premier ministre civil chargé de 
promulguer une nouvelle Constitution et de rétablir la 
démocratie en 1975. 
    En 1981, un autre coup d'Etat échoue grâce au ralliement 
autour de sa personne, orchestré par le Premier ministre de 
l'époque, Prem Tinsulanonda. 
    En 1992, c'est lui encore qui intervient pour mettre fin à 
de violents affrontements entre militants pro-démocratie et 
l'armée. Les généraux thaïlandais retiennent la leçon et se 
tiennent hors de l'arène politique jusqu'en 2006. 
     
    SPORT ET JAZZ  
    En 1955, Bhumibol entame la visite des régions les plus 
reculées du pays avec la reine Sirikit, donnant le coup d'envoi 
de projets agricoles et de développement, en particulier dans le 
domaine de la protection des réserves aquifères. 
    La mosaïque d'ethnies peuplant le nord du pays bénéficie de 
projets inspirés par le monarque qui encourage la substitution 
de cultures vivrières à celle du pavot, dont on tire l'opium. 
    Dans sa jeunesse, Bhumibol aimait les voitures de sport et 
il a failli perdre un oeil à la suite d'un accident de la route 
en Europe. 
    Il était aussi féru de photographie et, sportif accompli, a 
beaucoup fait pour populariser la voile dans son pays, allant 
jusqu'à traverser le golfe de Thaïlande sur un voilier qu'il 
avait lui-même construit. 
    Sous des dehors austères, c'était un grand amateur et 
compositeur de jazz. Il est le seul souverain dont des morceaux 
ont été joués sur un scène new-yorkaise. 
    La reine Sirikit lui a donné quatre enfants : trois filles 
et un fils, le prince héritier Vajiralongkorn, aujourd'hui âgé 
de 63 ans. 
 
 (Service français) 
 
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