PORTRAIT-Bayrou, l'histoire d'un destin maintes fois contrarié

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    * Il n'est resté que 35 jours à la Chancellerie 
    * Il se dit victime d'une "injustice" 
    * Il portait la moralisation de la vie publique 
    * Son départ n'est pas un renoncement 
 
    par Sophie Louet 
    PARIS, 21 juin (Reuters) - "La postérité change d'avis 
quelquefois", écrivait Gustave Flaubert, un auteur qu'aime à 
lire François Bayrou, comme un baume dans "une vie publique 
d'une violence perpétuellement croissante". 
    Le dirigeant centriste, qui espérait à 66 ans laisser sa 
marque dans les annales de la Ve République en qualité de 
moralisateur en chef de la politique française, est contraint de 
se retirer au nom de ces principes. 
    S'estimant la "cible" d'une campagne de "calomnies et 
dénonciations diffamatoires et abusives", le Béarnais a renoncé 
mercredi à ses fonctions de ministre de la Justice, 35 jours 
seulement après une nomination en forme de renaissance. 
    "Is fecit, cui prodest", a lancé François Bayrou au terme 
d'une conférence de presse où il a expliqué vouloir jouir de sa 
"liberté de parole" face à l'enquête visant son parti, le MoDem, 
préserver "sa" loi et "ne pas exposer" le gouvernement. 
    Littéralement, le criminel est celui à qui le crime profite. 
    François Bayrou, qui redevient maire de Pau, s'estime 
victime d'une "injustice" orchestrée par des "forces et 
puissances" hostiles à sa mission "mains propres". 
    Après avoir renoncé à son rêve présidentiel pour contribuer 
à la victoire d'Emmanuel Macron le 7 mai, François Bayrou avait 
cru son "geste d'abnégation" récompensé pour la postérité avec 
sa nomination à la Chancellerie. 
     
    "UN PEU PLUS" 
    Après trois tentatives infructueuses (6,8% au premier tour 
de la présidentielle de 2002, 18,57% en 2007, 9,1% en 2012), 
François Bayrou le "cabourut" ("tête dure"), à qui les sondages 
prédisaient une élimination sans gloire, avait renoncé non sans 
regret et proposé une alliance à Emmanuel Macron. 
    Le "faiseur de rois", qui avait officiellement apporté son 
soutien au futur président de la République le 22 février, 
n'avait pourtant pas de mots assez sévères pour flétrir le 
candidat des "puissances de l'argent". 
    Mercredi, il n'a eu de cesse d'encenser un homme "à la 
hauteur de la fonction", "une chance pour notre pays, pour 
l'Europe et pour l'équilibre du monde". 
    Motif de satisfaction toutefois pour l'ex-ministre, le 
MoDem, parti en voie de disparition il y a peu, moqué par la 
droite, conquiert 42 sièges à l'Assemblée nationale, devenant la 
deuxième formation majoritaire de la chambre, "avec sa 
personnalité et sa liberté". 
    Pour François Bayrou, qui s'était condamné à la solitude en 
rompant en 2007 avec l'UMP de Nicolas Sarkozy, et à la vindicte 
de la droite pour avoir voté François Hollande en 2012, c'est 
une forme de revanche face à des Républicains en pleine crise. 
    "Je suis absolument déterminé à apporter au président de la 
République mon soutien, et un peu plus. Par 'un peu plus', je 
veux dire de la réflexion politique partagée, et même - si le 
mot a un sens en politique - d'affection", a-t-il dit mercredi. 
    L'admirateur d'Henri IV a coutume de confier que "tout cela 
n'est pas un jeu, c'est ma vie". 
    Et on ne tire pas ainsi un trait sur l'oeuvre d'une vie, un 
quasi-sacerdoce. 
    "Je ne mettrai peut-être pas vingt ans à revenir cette 
fois-ci", a-t-il lancé en manière de défi. 
 
 (Edité par Dominique Rodriguez) 
 
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