PORTRAIT-Adel Kermiche, ou le djihad à tout prix

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    * Un jeune homme connu de l'antiterrorisme 
    * Le juge Trévidic se souvient d'un garçon "suffisant" 
    * Pour sa mère, la tuerie de Charlie Hebdo a été un 
détonateur 
 
    par Michel Rose et Noémie Olive 
    SAINT-ETIENNE-DU-ROUVRAY, Seine-Maritime, 27 juillet 
(Reuters) - " Hyperactif", "comme ensorcelé par une secte" et 
"déterminé à partir en Syrie" : les voisins, la mère et le juge 
d'Adel Kermiche, l'un des deux hommes qui ont tué mardi un 
prêtre dans l'église de Saint-Etienne du Rouvray, décrivent un 
garçon à part depuis l'enfance et décidé à faire le djihad à 
tout prix. 
    L'homme de 19 ans, abattu mardi par la police, était connu 
de la justice après avoir tenté de rejoindre la Syrie à deux 
reprises, en 2015. En mars dernier, il avait été libéré et placé 
sous contrôle judiciaire, contre l'avis du parquet.  
    L'ex-juge antiterroriste Marc Trévidic, qui l'a mis en 
examen, évoque un jeune "très suffisant" et "déterminé à 
repartir". 
    "Son cas est typique de l'individu qui veut partir à tout 
prix, mais que la justice arrive à retenir. Alors, il se venge 
en faisant le djihad en France", a-t-il dit à L'Express.  
    "Il disait: 'Libérez-moi, donnez-moi une dernière chance'. 
J'ai rapidement compris qu'il n'y avait pas de discussion 
possible." 
    Mais "je ne pouvais évidemment pas imaginer qu'il tuerait un 
prêtre dans une église", ajoute le magistrat. 
    Dans le quartier pavillonnaire où habitent ses parents, chez 
lesquels il résidait depuis mars dans le cadre de son contrôle 
judiciaire, les habitants oscillent entre surprise et fatalisme. 
    "Il était un peu fou, il traînait tout seul", dit James, un 
voisin de 21 ans.  
    "C'était un enfant qui avait besoin qu'on s'occupe de lui", 
se souvient quant à lui Sébastien, dont le fils est allé à 
l'école avec lui. "Il fallait qu'il se fasse remarquer. Il était 
hyper nerveux, hyperactif. Il faisait des bêtises pour se faire 
remarquer."  
     
    SUIVI PSYCHOLOGIQUE 
    Adel Kermiche a été régulièrement hospitalisé dans son 
enfance pour des problèmes psychologiques, a-t-on appris 
mercredi de source judiciaire, confirmant une information du 
Monde. Entre 6 et 13 ans, il a été suivi dans un centre 
médico-psychologique où il a pris un traitement médicamenteux. 
Puis à 13 ans, il a intégré un institut thérapeutique et 
pédagogique.  
    "Au début, c'était un adolescent comme les autres", se 
souvient son ancien camarade de collège, Redwan, 18 ans. Mais en 
2015, son comportement a changé, ajoute-t-il. "A chaque fois 
qu'on lui disait quelque chose, il nous ressortait un verset du 
Coran. Il nous disait 'il faut aller là-bas se battre pour nos 
frères, la France c'est un pays de mécréants'". 
    Mardi, après avoir eu vent de l'attaque, Redwan dit avoir 
"tout de suite" su qu'il en était l'auteur.  
    Son basculement dans l'islam radical a également été décrit 
en mai 2015 par sa mère, dans La Tribune de Genève.  
    Celle-ci racontait alors que la tuerie de Charlie Hebdo 
avait agi "comme un détonateur" sur son fils, entraînant sa 
radicalisation rapide, en moins de trois mois. "Il disait qu'on 
ne pouvait pas exercer sa religion tranquillement en France. Il 
parlait avec des mots qui ne lui appartenaient pas. Il a été 
ensorcelé, comme dans une secte", ajoutait-elle alors.  
    Le 23 mars 2015, un membre de sa famille signale aux 
autorités sa disparition. Le jeune homme, alors mineur, sera 
interpellé le jour même en Allemagne en possession de la carte 
d'identité de son frère. Il était en route pour la Syrie.  
     
    "ENSORCELÉ, COMME DANS UNE SECTE" 
    Puis le 11 mai, malgré sa mise en examen et son placement 
sous contrôle judiciaire, un mandat d'arrêt international est 
lancé à son encontre après sa disparition du domicile familial.  
    Il est désormais majeur. Localisé et interpellé en Turquie 
avec la carte d'identité de son cousin - il tentait de nouveau 
de rejoindre la Syrie - il sera expulsé vers la Suisse puis 
remis aux autorités françaises, qui le placeront en détention 
provisoire. Avant sa remise en liberté, le 18 mars dernier, avec 
assignation à résidence sous surveillance électronique.  
    Cette décision de le libérer a sans doute été prise "au vu 
de sa jeunesse et des garanties fournies", dit Marc Trévidic.  
    "Kermiche n'avait pas réussi à rejoindre la Syrie et n'était 
pas en contact avec des membres de l'EI (Etat islamique, NDLR) 
sur zone", rappelle par ailleurs le magistrat.  
    A quelques kilomètres de l'église Saint-Etienne où un prêtre 
a été tué mardi à l'arme blanche par un enfant de la ville et 
son comparse, Mohammed Karabila, président du conseil régional 
du culte musulman, dit ses regrets.  
    "C'est dommage qu'il ne soit pas venu à la mosquée, avec 
l'imam on fait un travail justement concernant l'extrémisme", 
dit-il. "Pour nous, la mosquée c'est le rempart". 
    Au-delà du crime, Mohammed Karabila déplore l'image que cela 
donne des rapports entre les religions dans la ville. "Il y a 
beaucoup d'amour ici. Les deux communautés (catholique et 
musulmane, NDLR) sont deux communautés de fraternité et 
d'amitié", assure-t-il.   
    C'est juste à côté d'une autre église qu'a été érigée la 
mosquée. Et les enfants des fidèles des deux lieux de culte 
jouent régulièrement au football sur le terrain commun. 
 
 (avec Chine Labbé à Paris, édité par Yves Clarisse) 
 
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