PORTRAIT-Abballa, un jeune qui voulait dès 2011 "chasser les kouffars"

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    * Des vélléités djihadistes anciennes 
    * Un jeune "comme il en pullule dans les dossiers 
islamistes" 
    * Exercices d'égorgement de lapins vivants 
 
    par Chine Labbé 
    PARIS, 14 juin (Reuters) - L'homme de 25 ans soupçonné 
d'avoir tué lundi soir à l'arme blanche un couple de policiers 
français menaçait dès 2011 de partir "à la chasse" aux 
mécréants. 
    Ce Français d'origine marocaine, tué lors de l'assaut des 
forces de l'ordre, a dit aux négociateurs du Raid avoir prêté 
allégeance à l'Etat islamique trois semaines avant son attaque 
contre les policiers à Magnanville (Yvelines).    
    Mais ses vélléités djihadistes sont plus anciennes. 
    Le 30 septembre 2013, Larossi Abballa, connu pour plusieurs 
faits de vol, est condamné à trois ans de prison dont six mois 
avec sursis pour sa participation à une filière d'acheminement 
de djihadistes vers le Pakistan.  
    Les charges qui pèsent alors sur le jeune homme, âgé de 22 
ans, sont "ténues", se souvient Marc Trévidic, ex-juge 
antiterroriste qui l'a interrogé et mis en examen.  
    C'était "un bonhomme comme il en pullule dans les dossiers 
islamistes : imprévisible, dissimulateur", dit-il au Figaro.  
    "Il voulait faire le djihad, c'est certain. (...) Mais 
concrètement, à l'époque, à part ses mauvaises fréquentations et 
quelques joggings pour entretenir sa forme, il n'y avait pas 
grand-chose à lui reprocher au strict plan des poursuites 
pénales." 
    Certains de ses propos, rapportés à Reuters de sources 
judiciaire et proche du dossier, sont toutefois violents. 
    En 2011, après son arrestation, le jeune homme menace ainsi 
l'avocat d'un autre mis en examen de "faire tomber sa tête", 
apprend-on de source proche du dossier.  
     
    ÉGORGEMENT DE LAPINS 
    En février de la même année, il écrit au numéro deux du 
réseau dont il fait partie qu'il "faut commencer le taf". A ce 
Franco-Marocain qui l'interroge sur le sens de ses propos, il 
précise : "nettoyage de kouffars (mécréants, NDLR)." 
    "On va pas attendre d'être tous allés chez les frères et 
revenir chacun notre tour pour commencer", ajoute-t-il avant de 
lancer, un mois plus tard : "Ne t'étonne pas si je quitte la 
Jama'a (communauté, NDLR) et que je vais à la chasse aux 
kouffars". 
    L'avocat d'un de ses co-mis en examen se souvient d'un 
individu "prêt à faire de l'excès de zèle".  
    Reste que d'un point de vue judiciaire, Larossi Abballa 
s'est contenté de suivre des entraînements physiques et des 
séances d'endoctrinement lors de quatre réunions en mars et 
avril 2011 dans des parcs, à Argenteuil (Val d'Oise) et la 
Courneuve (Seine-Saint-Denis).  
    Tandis que deux membres de son groupe ont rejoint Lahore via 
Bruxelles, lui est "resté sagement en France", souligne Marc 
Trévidic. 
    Larossi Abballa, "faisait partie de ceux qui avaient dit 
'moi, je suis prêt à y aller'", souligne toutefois une source 
proche du dossier.  
    En février 2011, alors qu'un membre du réseau lui parle d'un 
prochain départ en avril, il se montre "particulièrement 
impatient de partir", rapporte une source judiciaire. "S'il vous 
plaît, laissez-moi y aller, svp, svp, svp", lui dit-il. 
    Au cours de l'enquête, plusieurs mis en examen racontent par 
ailleurs qu'il a participé, en décembre 2010, à une séance 
d'égorgement de lapins vivants, dans la forêt de 
Cormeilles-en-Parisis (Val d'Oise).  
    L'objectif de cette séance - un moment de "convivialité", 
selon un participant - était de s'entraîner à l'égorgement du 
mouton, pour la fête de l'Aïd, assure aux enquêteurs l'un des 
mis en cause. 
     
    "L'EURO SERA UN CIMETIÈRE" 
    Mais un autre, chargé par le chef de bande de montrer le 
geste à ses camarades, se montre plus perplexe. "J'ai trouvé que 
nous étions loin de la période de l'Aïd et j'ai eu des doutes 
sur les intentions réelles de (Mohamed) Niaz (Abdul Raseed)", le 
ressortissant indien à la tête du réseau, dit-il aux enquêteurs. 
    "Je me suis fait peur en pensant que je pouvais enseigner le 
sacrifice d'animaux à des gens qui pouvaient utiliser cette 
technique pour égorger des êtres humains", ajoute-t-il.  
    Pour ses compagnons de route, aucun doute, Larossi Abballa a 
rejoint cette filière avec l'intention de partir faire le 
djihad, parce qu'il était "touché par l'oppression du peuple 
musulman". 
    Incarcéré de mai 2011 à septembre 2013 - il sera libéré à 
l'issue de son procès, ayant purgé l'intégralité de sa peine en 
détention provisoire -, il se fait remarquer par 
l'administration pénitentiaire pour son "prosélytisme 
d'islamisme radical", d'après le procureur de Paris.  
    Mais il se fait par la suite oublier des autorités, et 
répond à toutes les obligations de son sursis avec mise à 
l'épreuve jusqu'en novembre 2015. 
    En février 2016, son nom réapparaît sur le bureau d'un juge 
d'instruction, dans l'enquête sur une filière de départ de 
djihadistes vers la Syrie. Mais son placement sur écoute ne 
révèle aucun projet violent, indique François Molins.  
    Jusqu'à cette revendication vidéo de douze minutes, envoyée 
lundi à 20H52, à plus d'une centaine de contacts via Facebook. 
    "Vous nous avez fermé les portes de la hijra (émigration 
vers un pays musulman, NDLR), nous ouvrons les portes du djihad 
sur votre territoire", y dit le tueur en s'adressant aux 
autorités françaises. "Pour l'Euro, on vous réserve d'autres 
surprises, je ne vous en dis pas plus, l'Euro sera un 
cimetière." 
 
 (Edité par Yves Clarisse) 
 
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