Police et opposants face à face à Kiev, Viktor Ianoukovitch menace

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LES HEURTS À KIEV ONT FAIT 25 MORTS
LES HEURTS À KIEV ONT FAIT 25 MORTS

par Pavel Polityuk et Marcin Goettig

KIEV (Reuters) - Les forces de sécurité ukrainiennes et les manifestants hostiles au pouvoir continuaient de se faire face mercredi place de l'Indépendance à Kiev après les affrontements qui ont fait 25 morts, des centaines de blessés et plongé le pays dans le chaos.

Le président Viktor Ianoukovitch, qui a rencontré dans la nuit les dirigeants de l'opposition et a parlé au téléphone avec Vladimir Poutine, semblait décidé à demeurer ferme et a précisé qu'une partie de son entourage le poussait à l'intransigeance.

Au moins 25 personnes ont été tuées en moins de 24 heures, dont neuf policiers et un journaliste, et des centaines d'autres ont été blessées, dont beaucoup par des tirs à balles réelles, ont indiqué la police et les opposants.

Il s'agit du bilan le plus lourd depuis le début de la contestation il y a trois mois.

Après les violences de la journée et de la nuit, une atmosphère de veillée d'armes régnait dans le centre de Kiev, entre d'un côté la police anti-émeutes, prête à poursuivre son assaut, et de l'autre les opposants.

Les forces de sécurité occupaient à 08h00 (heure locale) environ un tiers de la place de l'Indépendance, l'épicentre de la contestation devenu un champ de bataille, et y démolissaient les installations déployées par l'opposition.

Les manifestants, dont beaucoup portaient masques, vêtements militaires ou casques de chantier, débouchaient d'une autre direction en prélude, semble-t-il, à de nouveaux heurts.

Sur la partie de "Maïdan" toujours occupée par le camp antigouvernemental, des prêtres récitaient des prières, des manifestants renforçaient leurs boucliers de fortune et d'autres préparaient des cocktails Molotov.

"Ils peuvent venir par milliers, nous n'allons rien lâcher. Nous n'avons nulle part ailleurs où aller, c'est aussi simple que cela. Nous allons rester jusqu'à la victoire et tenir Maïdan jusqu'à la fin", selon Volodymyr, un manifestant âgé de 44 ans.

"Nous voulons que nos enfants grandissent dans un pays normal où les lois sont civilisées et pas sous le règne des colonies pénitentiaires", dit Vitaly, 36 ans.

"COMMENT PEUT-ON DISCUTER?"

Devant l'ampleur des violences, les Etats-Unis et l'Union européenne ont appelé les autorités à faire preuve de retenue mais Viktor Ianoukovitch a imputé la responsabilité de ces affrontements à certains manifestants qu'il a accusés d'avoir "franchi les limites" en se rendant sur la place de l'Indépendance avec des armes à feu.

Après avoir reçu dans la nuit les deux chefs de file de l'opposition, Vitali Klitschko et Arseni Iatseniouk, le chef de l'Etat a appelé ces derniers à prendre leurs distances avec les militants de l'organisation d'extrême droite Praviy Sektor (Secteur droite), qu'il a qualifiés de "criminels", en les menaçant dans le cas contraire de "changer de ton" avec l'ensemble de l'opposition.

Selon lui, il a toujours privilégié l'option pacifique face à ce qu'il qualifie de tentative de coup d'Etat, contre l'avis d'une partie de son entourage favorable à un durcissement.

"Pour être honnête, certains de mes conseillers m'encouragent à choisir l'option dure, à utiliser la force. Mais j'ai toujours vu l'usage de la force comme une erreur. Il y a des moyens qui sont préférables et plus efficaces", a-t-il déclaré dans un communiqué publié sur Internet.

"Je le répète: il n'est pas trop tard pour s'écouter les uns les autres. Il n'est pas trop tard pour mettre fin au conflit."

Les opposants ont de leur côté appelé le pouvoir à retirer les forces de l'ordre des rues de la capitale pour permettre une désescalade de la situation.

"Le gouvernement doit retirer immédiatement ses troupes et mettre fin à ce conflit sanglant parce que des gens meurent", a déclaré Vitali Klitschko. "Comment peut-on discuter alors que le sang coule?", a-t-il demandé.

Les violences ont gagné mardi soir au moins trois villes de l'ouest du pays, où des manifestants antigouvernementaux se sont emparés de bâtiments officiels et ont brûlé un commissariat.

Vitali Klitschko a assuré que les manifestants ne quitteraient pas la rue, tout en invitant les femmes et les enfants à quitter Maïdan pour "éviter de nouvelles victimes".

La Russie, qui avait convaincu Viktor Ianoukovitch de renoncer à signer un accord d'association avec l'Union européenne, a mis en cause la responsabilité des pays occidentaux dans les derniers événements.

L'ALLEMAGNE ÉVOQUE DES SANCTIONS

Selon Moscou, les violences sont la "conséquence directe de la connivence de responsables politiques occidentaux et des structures européennes qui ont fermé les yeux (...) sur les actions agressives de forces radicales".

Les Etats-Unis et l'Union européenne, qui appuient les revendications de l'opposition, ont de leur côté mis en garde Viktor Ianoukovitch et l'Europe a brandi la menace de sanctions.

Le ministre français de Affaires étrangères a annoncé que la France et l'Allemagne allaient "probablement" adopter mercredi des mesures contre les responsables des violences.

"Il faut que le plus vite possible la situation redevienne apaisée et que les uns les autres arrivent au dialogue", a dit Laurent Fabius à l'issue du conseil des ministres.

Selon le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, des sanctions pourraient être prises à l'échelle de l'Union.

L'ancien champion olympique de saut à la perche Sergueï Bubka, désormais patron du Comité olympique du pays, a lancé un appel au calme via Twitter, en plein JO d'hiver de Sotchi.

L'assaut contre la place de l'Indépendance a été mené alors que le Kremlin reste évasif sur le versement d'une nouvelle tranche d'aide de deux milliards de dollars (1,46 milliard d'euros) à l'Ukraine qui devrait intervenir cette semaine.

Avec Alexandra Hudson à Berlin, Steve Holland à Washington, Elizabeth Piper à Moscou, Ardian Croft à Bruxelles; Bertrand Boucey, Tangi Salaün et Simon Carraud pour le service français

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  • pbenard6 le mercredi 19 fév 2014 à 13:15

    il faut faire taire BHL qui comme d'habitude dit n'importe quoi; qu'il aille prêcher à Tel Aviv

  • M7403983 le mercredi 19 fév 2014 à 12:53

    Elle est belle l'Europe ... Telle que dessinée par nos politiques . Cela donne la nausée, çà sent l'avarié !!!

  • mlaure13 le mercredi 19 fév 2014 à 09:55

    C'est ce qui attend l'Europe entière ...vivement qu'on en finisse dans un bain de sang...la Veuve Guillotin qui s'ennuyait ferme, va reprendre du service...(pas confondre avrc Veuve Clicquot, pas du même tonneau) :-)))

  • pierry5 le mercredi 19 fév 2014 à 09:08

    guerre civile.....

  • pierry5 le mercredi 19 fév 2014 à 09:07

    Qu'ils se dém...... bien mais c'est nous, les occidentaux comme d'habitude qui avons été fou-tre la m....... maintenant que nous sommes parvenus à mettre les pays arabes dans un état de guerre civil quasi permanent, il faut passer chez d'autre ou alors, tous ces services n'ont plus rien à faire.

  • arnocris le mercredi 19 fév 2014 à 08:59

    Commentaire abject et infâme ! Les ukrainiens ont de vrais problèmes comparés à ceux de notre pays. Encore une fois l'égoïsme,le cynisme et l'insensibilité parlent...

  • pelochon le mercredi 19 fév 2014 à 08:57

    qu'ils se démer dent, on a assez de nos problème ici

  • M8412500 le mercredi 19 fév 2014 à 08:50

    Lamentable à la porte de l'EUROPE