Polémique politique autour des violences à Moirans

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PARIS (Reuters) - Une vive polémique a éclaté mercredi entre le gouvernement et l'opposition de droite, qui voit dans les violences survenues mardi à Moirans (Isère) un symptôme de la "faiblesse", voire de la "décomposition" de l'Etat.

Le gouvernement a jugé les incidents "inacceptables" et a promis, par l'intermédiaire du ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, "la plus grande fermeté" à la suite des scènes d'émeutes déclenchées par des gens du voyage.

"Les moyens (...) seront confortés si c'est nécessaire et il n'y aura aucune complaisance de l'Etat à l'égard de ces comportements qui méritent la plus grande condamnation", a-t-il ajouté à sa sortie du conseil des ministres.

Il a ajouté que la justice pourrait lancer des poursuites contre les personnes identifiées comme des émeutiers.

Mardi, plusieurs dizaines de personnes ont mis le feu à des carcasses de voitures à Moirans pour réclamer une permission de sortie de prison de l'un des leurs, incarcéré à Aiton (Savoie), afin qu'il puisse assister aux obsèques de son frère tué lors d'un accident, dans une voiture qu'il avait volée.

Des incendies ont également été allumés près de la prison où, selon le procureur d'Albertville Jean-Pascal Violet, il purge une peine de cinq ans de prison, notamment pour vol avec violence et séquestration. Des détenus avaient par ailleurs refusé de réintégrer leurs cellules.

Le calme est revenu dans la soirée.

"Ce gouvernement a un problème avec l'autorité", a déclaré mercredi l'ancien Premier ministre François Fillon sur Europe 1.

Selon l'opposition, la responsabilité en revient au gouvernement, qui n'avait pas su se montrer suffisamment ferme au mois d'août, lorsque des membres de la communauté des gens du voyage avaient bloqué l'autoroute A1 dans les deux sens.

Les protestataires réclamaient alors, comme à Moirans, une permission de sortie pour l'un des leurs afin qu'il puisse se rendre aux obsèques de son père, tué lors d'une fusillade qui avait fait quatre morts.

"ON PAIE LA FACTURE"

"(Le gouvernement) n'a pas réagi la dernière fois, ce qui a sans doute rendu possible les violences d'aujourd'hui", a estimé François Fillon, qui a également établi un parallèle avec la situation à Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) où des écologistes manifestent contre le projet d'aéroport.

"Ça veut dire que quand l'Etat ne fait pas respecter la loi, et que des hors-la-loi filtrent la circulation sur une route publique (...), c'est normal que personne ne respecte plus l'autorité de l'Etat", a-t-il ajouté.

Le centriste Hervé Morin, ministre de la Défense sous Nicolas Sarkozy, a quant à lui déploré sur iTELE la "passivité" et "les faiblesses permanentes et récurrentes de l'Etat".

"Grosso modo, on paie l'autoroute A1 de la fin du mois d'août: l'Etat qui revient sur une décision, l'Etat qui permet à des gens du voyage de saccager l'autoroute A1 qui est bloquée et qui ne réagit pas. Quelques mois plus tard, on paie la facture."

Dans l'opposition, on dit également voir dans ces incidents le révélateur d'un mal profond, "une ambiance de décomposition en France", a dit François Bayrou sur France Inter.

Bernard Cazeneuve a répondu à ces accusations en affirmant que l'autorité de l'Etat avait été malmenée durant le quinquennat précédent marqué, selon lui, par une baisse des moyens alloués à la police et à la justice.

Les incidents de Moirans trouvent leur origine dans la mort de trois membres de la communauté du voyage dans la nuit de vendredi à samedi à bord d’une voiture volée.

Le frère de l'une des victimes - comme un cousin, également incarcéré - a demandé à pouvoir assister aux obsèques, initialement prévues ce mercredi.

Sa demande a été rejetée, en particulier parce qu'il a commis des violences sur un co-détenu durant son incarcération, a déclaré le procureur Jean-Pascal Violet.

(Marine Pennetier et Simon Carraud, avec Jean-Baptiste Vey, édité par Yves Clarisse)

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