Polémique en Allemagne après le limogeage du procureur fédéral

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par Paul Carrel BERLIN, 5 août (Reuters) - La révocation du procureur fédéral d'Allemagne par son ministre de tutelle, sur fond de polémique au sujet d'une enquête visant un site internet, a déclenché un débat houleux dans ce pays où la question de la surveillance par le pouvoir demeure sensible. Mardi, le ministre de la Justice, Heiko Maas, a limogé le premier magistrat du parquet d'Allemagne, Harald Range, car la confiance entre les deux hommes était selon lui rompue. La controverse est née de l'ouverture d'une enquête préliminaire par le parquet contre le site Netzpolitik.org, soupçonné d'avoir révélé des secrets d'Etat. ID:nL5N10F4AT La semaine dernière, Heiko Maas a publiquement émis des doutes sur l'opportunité de mener une telle enquête et souligné l'importance de défendre la liberté de la presse. Le procureur s'en est ému, allant jusqu'à parler mardi d'ingérence politique "insupportable", ce qui a conduit son ministre à le destituer. Des responsables politiques de droite comme de gauche ont contesté cette décision, à tel point qu'une porte-parole du gouvernement a dû affirmer que Heiko Maas pouvait compter sur le "soutien total" de la chancelière, Angela Merkel, dans cette affaire. Le ministre appartient au Parti social-démocrate (SPD), allié à la CDU d'Angela Merkel au sein d'une grande coalition. Le limogeage du procureur relève d'un "comportement étrange", a notamment jugé Hans-Peter Uhl, membre de l'Union chrétienne-sociale (CSU) -- un parti frère de la CDU. "Je considère que c'est excessif, et donc qu'il s'agit d'une mauvaise décision", a-t-il ajouté au cours d'un entretien avec le quotidien économique Handelsblatt. Wolfgang Kubicki, des libéraux-démocrates du FDP, a quant à lui estimé que le renvoi de Harald Range n'était qu'une manoeuvre destinée à détourner l'attention des "échecs patents" du ministre. Selon la chef du groupe parlementaire des Verts, Katrin Göring-Eckhardt, Heiko Maas et le ministre de l'Intérieur, Thomas de Maizière, doivent s'expliquer devant une commission parlementaire. "Ils doivent immédiatement expliquer qui a joué quel rôle dans l'atteinte portée à la liberté de la presse", a-t-elle déclaré au journal Passauer Neue Presse. Les questions liées à la vie privée et à la liberté de la presse restent délicates en Allemagne, où les pratiques du régime nazi puis celles des autorités est-allemandes ont laissé des traces tenaces dans la mémoire collective. (Simon Carraud pour le service français, édité par Marc Angrand)

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  • guerber3 le mercredi 5 aout 2015 à 14:24

    Ceux qui croient que la démocratie existe vont être déçus...!