Polémique aux USA sur la gestion des premiers cas d'Ebola

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* Obama exclut une suspension des vols en provenance d'Afrique de l'Ouest * Des élus dénoncent les lenteurs de la réaction initiale aux premiers cas à Dallas par Steve Holland et Jeff Mason WASHINGTON, 17 octobre (Reuters) - La polémique sur la réaction de l'administration fédérale aux premiers cas de fièvre Ebola apparus au Texas s'est accentuée jeudi aux Etats-Unis, où Barack Obama a autorisé la mobilisation de réservistes de l'armée pour contribuer à la lutte contre l'épidémie à sa source, en Afrique de l'Ouest. Le président américain, qui s'efforce de ne pas attiser de psychose tout en présentant le dossier Ebola comme une priorité nationale, a également indiqué qu'il envisageait de nommer un coordinateur fédéral unique chargé de superviser la lutte contre la maladie mais a exclu d'interdire les vols en provenance du Liberia, de la Sierra Leone et de la Guinée, les trois pays les plus touchés par l'épidémie. Quelques heures plus tôt, au Congrès, une audition consacrée à la prise en charge des premiers cas avait donné lieu à de vives critiques de l'action des pouvoirs publics tandis que des voix s'élevaient pour réclamer la suspension des vols commerciaux en provenance de l'Afrique de l'Ouest. Des élus se sont notamment indignés de l'aide insuffisante apportée à l'hôpital de Dallas où deux infirmières ont été contaminées en s'occupant d'un malade libérien admis fin septembre et mort début octobre. "L'administration n'a pas agi suffisamment vite dans sa réponse au Texas", a dénoncé Bruce Braley, élu démocrate de l'Iowa. "C'est peu de dire que le premier cas de fièvre Ebola aux Etats-Unis a été mal géré, ce qui met en péril un grand nombre de personnes", a renchéri Diana DeGette, élue démocrate du Colorado. Fred Upton, le président républicain de la commission de l'Energie et du Commerce de la Chambre des représentants où se tenait cette audition, a déploré pour sa part que "les Etats-Unis et la communauté internationale, alors même qu'Ebola est sur les écrans radar du monde entier depuis mars, se débattent toujours pour trouver le moyen de contrôler et de stopper cette épidémie". "Les enjeux ne peuvent pas être plus élevés et nous ne pouvons accepter que, plus tard, lorsque nous nous pencherons sur cette période, nous puissions dire que nous aurions pu en faire davantage", a-t-il ajouté. Le Dr Daniel Varga, vice-président des Ressources sanitaires du Texas, qui était entendu par cette commission, a reconnu que des erreurs avaient été commises après l'admission au Texas Health Presbyterian Hospital du patient libérien qui a succombé le 8 octobre à la maladie et s'est dit "profondément désolé". Il a en outre indiqué que le personnel soignant n'avait reçu aucune formation spécifique pour faire face à la maladie avant l'apparition de ce premier cas. "L'ANXIÉTÉ PLUS GRANDE QUE LA PROBABILITÉ" Egalement mis sur le grill, le Dr Thomas Frieden, directeur du Centre de contrôle et de prévention des maladies (CDC), chargé à ce titre de coordonner la réaction des pouvoirs publics face à la maladie et dont certains réclament la démission, est revenu sur les propos rassurants qu'il tenait jusqu'alors quant aux capacités du système sanitaire à faire face à la maladie. La contamination des deux infirmières de Dallas pose la question de la formation du personnel soignant et du respect des protocoles de protection et de prévention des contaminations. Le fait que l'une d'elles ait été autorisée à prendre un vol intérieur alors qu'elle était une température légèrement élevée est venu s'ajouter à la polémique. Obama, qui s'est de nouveau entretenu jeudi de la situation avec le Dr Frieden, a suggéré qu'il pourrait nommer dans les prochains jours un "Monsieur Ebola" chargé de coordonner la réponse fédérale à la maladie. Il a exclu en revanche d'ordonner la suspension des vols en provenance des pays touchés par l'épidémie. "Je n'ai pas nécessairement d'objection philosophique à une interdiction des vols en provenance d'Afrique de l'Ouest", a-t-il dit, mais, s'appuyant sur des experts, il a ajouté qu'"une interdiction générale des vols n'était pas la bonne solution". La Maison blanche souligne que les contrôles dans les aéroports sont plus efficaces qu'une suspension des vols: des passagers en provenance de ces pays pourraient arriver indirectement sur le sol américain et échapper par conséquent aux procédures de contrôle sanitaire. En outre, explique encore la présidence, les liaisons aériennes doivent être maintenues afin de permettre l'acheminement de l'aide nécessaire pour enrayer l'épidémie sur place. Barack Obama a par ailleurs réaffirmé que les risques de contamination étaient faibles et qu'il ne fallait pas céder à la psychose. Le virus ne se transmet que par les fluides corporels. "Cela reste une maladie très difficile à attraper et si nous continuons à prendre les mesures nécessaires, nous l'endiguerons", a-t-il dit. Dans l'Etat de New York, le gouverneur Andrew Cuomo a annoncé la mise en place de formations pour le personnel soignant. Il a en outre indiqué que huit hôpitaux avaient été désignés pour recevoir d'éventuels malades. Mais lui aussi s'est voulu rassurant: "L'anxiété est plus grande que la probabilité", a-t-il dit. (avec Susan Heavey; Jean-Philippe Lefief et Henri-Pierre André pour le service français)

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