Podemos devenue une force incontournable en Espagne en deux ans

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    par Angus Berwick 
    MADRID, 21 décembre (Reuters) - Podemos nourrissait deux 
ambitions en participant à ses premières élections législatives 
en Espagne, deux ans après sa création : déloger du pouvoir le 
Parti populaire (PP) conservateur et remplacer le PSOE en tant 
que première force de gauche. 
    S'il a manqué de peu son deuxième objectif, il paraît en 
mesure de remplir le premier après avoir contribué dimanche à 
dynamiter le bipartisme en vigueur depuis l'avènement de la 
démocratie en Espagne dans les années 1970.   
    Troisième du scrutin, l'alliance formée autour de Podemos 
("Nous pouvons") apparaît comme incontournable si les 
socialistes du PSOE veulent à nouveau diriger un gouvernement 
mais Pablo Iglesias, chef de file du mouvement, a fixé ses 
conditions pour reconduire au niveau national une alliance qui 
existe déjà dans certaines régions. 
    "Un nouveau chapitre de compromis historiques s'ouvre dans 
notre pays", a déclaré lundi l'ancien professeur de sciences 
politiques. "Chacun de nous va devoir réfléchir au cours des 
prochaines semaines sur la façon dont ces élections soutiennent 
une transition vers un nouveau système politique." 
    Son mouvement, qui prétend incarner une autre forme de 
représentation politique, réclame une nouvelle Constitution 
comprenant quatre exigences principales : davantage de 
protection sociale, un nouveau code électoral, des mécanismes de 
contrôle du gouvernement et la reconnaissance de l'Espagne en 
tant que pays composé de multiples identités nationales. 
    Pour parvenir à un accord avec le PSOE et accéder au 
pouvoir, Podemos va néanmoins devoir faire certaines 
concessions. 
    Ce mouvement fondé sur la dénonciation de la classe 
politique traditionnelle va en premier lieu devoir intégrer le 
jeu de la démocratie représentative, une voie qu'il semble en 
mesure d'emprunter comme l'illustre sa courte existence. 
     
    PROPOSITIONS ÉDULCORÉES 
    Pablo Iglesias est ainsi un ardent défenseur d'Alexis 
Tsipras, qu'il est venu soutenir en septembre à Athènes lorsque 
le Premier ministre grec menait campagne pour sa réélection 
après avoir conclu un accord avec les créanciers de la Grèce et 
accepté une libéralisation accrue de l'économie et des baisses 
de dépenses contraires à ses précédentes promesses. 
    "A l'origine, (Podemos) pensait que, pour glisser le pied 
dans la porte, il devait être très radical pour se distinguer 
mais, avec le temps, il est devenu plus modéré pour élargir la 
base de ses soutiens", souligne Ivan Llamazares, professeur de 
sciences politiques à l'université de Salamanque. 
    Dans les mois précédant les élections, Podemos a ainsi 
atténué certaines de ses propositions, ce qui semble lui avoir 
permis de contrer l'émergence d'une autre force nouvelle sur la 
scène politique espagnole, les centristes de Ciudadanos, arrivés 
quatrièmes dimanche. 
    Ses propositions concernant la création d'un revenu 
universel de base, la restructuration de la dette de l'Espagne 
ou la nationalisation des secteurs de l'énergie ou de la santé 
ont été édulcorées ou abandonnées, rappelle Ivan Llamazares. 
    Pour améliorer ses chances électorales, le mouvement a 
enrôlé des candidats indépendants tels que les maires de Madrid 
et de Barcelone, des juges ou encore un ancien chef d'état-major 
de l'armée espagnole. 
    Dans un autre parallèle avec la Grèce, où le parti d'Alexis 
Tspiras s'est divisé sur le nouveau plan d'aide accepté par le 
Premier ministre, Podemos a écarté certains de ses membres les 
plus radicaux, dont son cofondateur Juan Carlos Monedero, 
critique à l'égard de l'attitude de Pablo Iglesias, accusé de 
vouloir étouffer la base du mouvement. 
    Irene Montero, que Pablo Iglesias aimerait porter à l'une 
des deux vice-présidences du gouvernement, rejette la thèse 
selon laquelle Podemos tournerait le dos à ses idéaux. 
    "Nous nous voyions comme une force qui voulait donner une 
voix à ceux qui n'en avaient pas", a dit cette déléguée de 
Podemos, âgée de 27 ans, dans une interview téléphonique à 
Reuters. "Et petit à petit, nous avons mûri, ce qui ne signifie 
pas que nous avons renoncé à nos principes." 
 
 (Bertrand Boucey pour le service français, édité par Danielle 
Rouquié) 
 
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