Plusieurs morts lors de la "journée de la colère" en Egypte

le
2
NOUVEAUX AFFRONTEMENTS EN ÉGYPTE
NOUVEAUX AFFRONTEMENTS EN ÉGYPTE

par Yasmine Saleh et Tom Perry

LE CAIRE (Reuters) - De nouvelles violences ont éclaté vendredi en Egypte où des milliers de partisans de l'ancien président Mohamed Morsi ont répondu à l'appel à manifester lancé par les Frères musulmans; en milieu d'après-midi, une quinzaine de morts étaient signalés au Caire et dans le nord du pays.

L'armée égyptienne a déployé des dizaines de véhicules blindés aux points névralgiques de la capitale tandis que le ministère de l'Intérieur a prévenu que les forces de sécurité tireraient à balles réelles contre ceux qui s'en prendraient à elles ou à des bâtiments officiels.

Deux jours après le démantèlement dans le sang de leurs campements au Caire, les islamistes ont de nouveau exigé le rétablissement dans ses fonctions de Mohamed Morsi, destitué par les militaires le 3 juillet, ainsi que la démission du chef de l'état-major de l'armée, le général Abdel Fattah al Sissi.

Les Frères musulmans jugent que le général Sissi, qui cumule aussi les fonctions de ministre de la Défense et vice-Premier ministre, est responsable des violences de mercredi, qui ont fait au moins 578 morts en Egypte, selon un bilan révisé du ministère de la Santé, après l'assaut des forces de sécurité contre les deux campements qu'occupaient les partisans de Mohamed Morsi au Caire.

Vendredi, des témoins ont fait état de quatre tués sur la place Ramsès, dans le centre du Caire, où se sont rassemblés des milliers de manifestants islamistes. Des journalistes de Reuters ont fait état de tirs de grenades lacrymogènes et ont dit avoir entendu des coups de feu.

"Allah akbar!" (Dieu est grand), a scandé la foule des manifestants, parmi lesquels des hommes, des femmes, des jeunes et des plus âgés, qui protégeaient leurs visages de masques chirurgicaux, de masques à gaz et de foulards, face aux gaz lacrymogènes tirés par les forces de sécurité.

L'agence de presse officielle Mena a annoncé la mort d'un policier, tué par balles dans le nord de la capitale.

"DÉTERMINATION" DES FRÈRES

Ailleurs en Egypte, des sources médicales ont déclaré que quatre manifestants avaient été tués à Ismaïlia, dans le nord-est, et huit autres à Damiette, au bord de la mer Méditerranée, au cours d'affrontements avec les forces de sécurité.

Des violences ont aussi éclaté à Alexandrie, la deuxième ville du pays, et à Tanta, dans le delta du Nil.

"Tôt ou tard, je vais mourir", a déclaré Sara Ahmed, l'une des rares manifestantes du Caire à ne pas porter le voile islamique. "Il vaut mieux mourir pour mes droits que dans mon lit. Les fusils ne nous font plus peur (...) Il ne s'agit pas des Frères, il s'agit des droits de l'homme."

Même si elle admet avoir "pris des coups", la confrérie refuse de reculer dans son bras de fer avec Abdel Fattah al Sissi.

Dans un communiqué publié dans la nuit, les Frères disaient vouloir réunir pour ce "vendredi de la colère" des millions de partisans à l'issue de la grande prière hebdomadaire en milieu de journée.

"Malgré la douleur et la peine suscitées par la perte de nos martyrs, le dernier crime commis par les putschistes a renforcé notre détermination à en finir avec eux", prévient la confrérie.

Le "vendredi de la colère" a été le nom donné à la journée la plus violente du soulèvement de janvier-février 2011 ayant abouti à la chute de l'ancien président Hosni Moubarak. Ce jour-là, le 28 janvier 2011, les manifestants avaient pris le dessus sur la police, amenant l'armée à intervenir et à mettre à l'écart le "raïs".

Face à l'initiative de la confrérie islamiste, le Front de salut national (FSN), coalition hétéroclite de partis de gauche et de libéraux, a lui aussi appelé les Egyptiens à manifester ce vendredi contre les "actes évidents de terrorisme" commis par les Frères.

APPEL COMMUN DE HOLLANDE ET MERKEL

Cette aggravation de la situation et la polarisation croissante de la société égyptienne inquiètent la communauté internationale, qu'alerte notamment la proclamation, mercredi, de l'état d'urgence par les autorités égyptiennes.

Réuni d'urgence, le Conseil de sécurité des Nations unies a lancé jeudi soir un appel à la retenue.

Le président français François Hollande et la chancelière allemande Angela Merkel ont demandé vendredi de façon commune la fin immédiate des violences et ont demandé une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne la semaine prochaine.

Le gouvernement allemand a en outre conseillé pour la première fois aux touristes d'éviter les stations balnéaires égyptiennes de la mer Rouge, comme Charm el Cheikh et Hurghada et les tour-opérateurs TUI Allemagne et Thomas Cook Allemagne ont annoncé l'annulation de tous leurs séjours dans le pays jusqu'au 15 septembre.

Le président américain Barack Obama a lui déclaré jeudi que les Etats-Unis ne pouvaient plus coopérer normalement avec l'Egypte et a annoncé l'annulation de manoeuvres militaires conjointes entre les deux pays prévues en septembre.

La présidence égyptienne a répliqué que les propos de Barack Obama ne se basaient pas sur des "faits" et elle l'a accusé d'encourager les groupes violents commettant des "actes terroristes".

Avec Michael Georgy, Tom Finn, Mohamed Abdellah, Omar Fahmy et Ahmed Tolba au Caire, Steve Holland et Jeff Mason à Martha's Vineyard et Natalie Huet et Ingrid Melander à Paris; Bertrand Boucey, Jean-Loup Fiévet et Julien Dury pour le service français

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • ref1929 le vendredi 16 aout 2013 à 18:18

    les barbus voulaient une journée de la colère et bien il vont apprendre ce que colère veut dire lorsque qu'un canon devient tout rouge.

  • ttini le vendredi 16 aout 2013 à 15:04

    la gorge est irritée