Plus de 30% des dettes d'Etat inéligibles aux achats de la BCE

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 (Actualisé avec contexte, réactions analystes) 
    LONDRES, 7 juillet (Reuters) - Près d'un tiers de l'encours 
des dettes souveraines de la zone euro n'est plus éligible au 
programme d'achat de la Banque centrale européenne (BCE), leur 
rendement étant passé en dessous de son taux de dépôt, montrent 
jeudi des données de Tradeweb. 
    Cette situation, liée en partie à la ruée sur le marché 
obligataire qui a suivi le vote britannique en faveur d'une 
sortie de l'Union européenne le 23 juin, pourrait contraindre à 
terme la BCE à modifier la clé de répartition de son programme 
d'assouplissement quantitatif (QE), autrement dit la composition 
de ses rachats de titres pour 80 milliards d'euros par mois. 
    L'encours de titres d'Etat de la zone euro dont le rendement 
est inférieur à -0,4%, le niveau du taux de dépôt de la BCE, 
atteint 2.300 milliards d'euros sur un encours total de 7.400 
milliards, soit 31,4%.  
    L'une des règles que la BCE s'est imposée pour la mise en 
oeuvre de son programme d'assouplissement quantitatif consiste à 
ne pas acheter de titres dont le rendement est inférieur à son 
taux de dépôt.  
    La proportion des titres de dette souveraine non éligibles 
aux achats de la BCE s'établissait à 22% à la mi-juin, avant le 
vote britannique en faveur du Brexit, qui a entraîné une baisse 
généralisée des rendements obligataires en raison de l'aversion 
au risque et des inquiétudes sur la croissance économique 
suscitées par une sortie de la Grande-Bretagne de l'UE.  
    Près de 55% des obligations publiques de la zone euro 
affichent un rendement négatif actuellement contre 43% le mois 
dernier.  
    Sur les 2.800 milliards d'encours d'obligations 
d'entreprises libellées en euros et notées en catégories 
d'investissement négociées sur la plateforme Tradeweb, environ 
22% offrent un rendement négatif contre 16% le mois dernier.   
     
    MARGE DE MANOEUVRE RÉDUITE 
    Certains investisseurs pensent désormais que la BCE devra 
modifier son QE pour mettre l'accent sur les obligations à plus 
haut rendement, comme celles de l'Italie, qui a le plus 
important marché obligataire de la zone euro mais suscite à 
nouveau des inquiétudes en raison de la situation de son secteur 
bancaire.   
    La BCE répartit ses rachats de dette souveraine en fonction 
des poids respectifs des pays de la zone euro dans son capital. 
    Des sources informées de la réflexion au sein de la BCE ont 
déclaré à Reuters que plusieurs autres initiatives seraient 
envisagées avant de décider de modifier cette clé de 
répartition, qui aurait d'importantes conséquences politiques, 
notamment en Allemagne, où le programme de rachats de dette 
souveraine de la BCE suscite de vives réticences.   
    "Cela réduit significativement la marge de manoeuvre de la 
BCE", pense néanmoins Frédéric Ducrozet, économiste spécialisé 
sur l'Europe au sein du gestionnaire suisse de fortune Pictet. 
Il estime que 63% des obligations publiques allemandes affichent 
des rendements inférieurs au taux de dépôt de la BCE. 
    "Cela pourrait au bout du compte contraindre la BCE à 
acheter plus d'obligations à plus haut rendement comme celles de 
l'Espagne et de l'Italie." 
    Dans une note publiée jeudi, Crédit Agricole écrit aussi 
que, sur la base des anticipations actuelles de taux, la BCE ne 
sera pas en mesure de trouver suffisamment de dette souveraine 
allemande à acheter d'ici l'expiration de son QE, pour l'instant 
programmée en mars 2017. 
 
 (Marc Joanny et Bertrand Boucey pour le service français) 
 
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