Plus de 200 morts dans des bombardements à Homs, en Syrie

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PLUS DE 200 MORTS DANS DES BOMBARDEMENTS À HOMS, EN SYRIE
PLUS DE 200 MORTS DANS DES BOMBARDEMENTS À HOMS, EN SYRIE

par Mariam Karouny

BEYROUTH (Reuters) - Plus de 200 personnes ont péri dans des bombardements contre la ville de Homs déclenchés vendredi soir par les forces armées syriennes, affirment des organisations de l'opposition, alors que le Conseil de sécurité des Nations unies s'apprête à voter sur un projet de résolution.

Jamais depuis le début du mouvement, en mars de l'année dernière, un bilan aussi lourd n'a été rapporté par les activistes.

L'Observatoire syrien pour les droits de l'homme (OSDH), basé à Londres, parle d'au moins 217 morts. Les Comités locaux de coordination, autre émanation de la contestation, ont avancé un bilan similaire.

Le Conseil national syrien (CNS) affirme lui que 260 civils sont morts sous les obus et dénonce "l'un des massacres les plus horribles depuis le début du soulèvement en Syrie".

Contactés par Reuters, des habitants de Homs ont déclaré que les tirs d'artillerie et de mortier avaient débuté vendredi vers 20h00 (18h00 GMT) contre le quartier de Khalidya.

Une quarantaine d'habitations se sont effondrées sur leurs occupants. Et les rescapés, démunis de tout moyen pour évacuer les blessés et déblayer les décombres, redoutent que de nombreux habitants aient péri.

"Nous ne recevons aucune aide, il n'y a pas d'ambulances, rien. Nous retirons les corps à mains nues", a dit un activiste joint en pleine nuit. "Nous avons extrait au moins 100 corps jusqu'à présent, ils reposent à l'intérieur de deux mosquées."

Les deux seuls hôpitaux de campagne accessibles aux blessés, a-t-il ajouté, ne peuvent recevoir chacun que trente patients, alors qu'il y aurait un demi-millier de blessés.

Selon l'OSDH, les forces armées syriennes ont tiré au mortier contre ce haut lieu de la contestation contre le régime de Bachar al Assad. Le quartier de Khalidya est particulièrement visé par les bombardements.

"Le bilan est désormais d'au moins 217 personnes tuées à Homs, dont 138 dans le quartier de Khalidya", a déclaré à Reuters Rami Abdulrahman, qui dirige l'Observatoire.

Aucune confirmation indépendante n'est possible, le pouvoir syrien ayant restreint l'activité des médias en Syrie

"Les forces syriennes bombardent ce quartier au mortier depuis plusieurs endroits. Des bâtiments sont en flamme, d'autres ont été détruits", a ajouté le directeur de l'OSDH.

De sources proches de la contestation, on explique que le bombardement de Homs a été décidé en représailles à une nouvelle série de défections dans les rangs des forces armées.

VOTE AU CONSEIL DE SÉCURITÉ

Ce nouveau développement dans la répression menée par le régime intervient aussi alors que le Conseil de sécurité des Nations unies s'apprête à se réunir ce samedi pour tenter d'adopter un projet de résolution soutenant le plan de sortie de crise de la Ligue arabe, qui appelle Bachar al Assad à se démettre de ses fonctions.

La réunion devrait débuter dès 10h00 heure de New York (15h00 GMT), selon les dernières informations communiquées par l'Onu.

Des diplomates reconnaissent qu'ils ignorent si la Russie votera le texte, s'abstiendra ou opposera son veto, comme elle l'a fait début octobre avec la Chine sur un précédent projet de résolution qui aurait condamné la répression en cours en Syrie depuis mars de l'année dernière.

Sur son compte Twitter (@franceonu), la délégation française à l'Onu a dit espérer que tous les membres du Conseil de sécurité voteraient en faveur de la résolution et apporteraient leur soutien à l'initiative de paix de la Ligue arabe.

Et des diplomates ont estimé qu'en raison des événements de Homs, les Russes auraient du mal à justifier un veto. "Comment oseraient-ils avec ce qui se passe à Homs ?", interroge un diplomate.

Avant le bombardement à Homs, les activistes syriens avaient fait état d'au moins 18 morts en Syrie dans la journée de vendredi, notamment à Hama où un homme a été tué lorsque les forces de sécurité ont dispersé une manifestation commémorant le massacre commis il y a trente ans dans cette ville du centre-ouest.

En février 1982, les forces du président Hafez al Assad, père de l'actuel chef de l'Etat, avaient écrasé dans le sang un soulèvement islamiste.

Dans la province de Deraa (sud), d'où est partie la contestation, huit soldats auraient été tuées lors d'affrontements avec des déserteurs de l'armée. Dans la région de Damas, la capitale, où les forces armées ont repoussé les rebelles qui avaient pris le week-end dernier le contrôle de plusieurs localités, on a recensé sept morts.

Mais l'ampleur atteinte à Homs a horrifié les opposants au régime d'Assad.

A Hama, à Idlib, des centaines de Syriens seraient descendus dans les rues alors que se propageaient des vidéos tournées dans Homs, rapportent des activistes. "Homs est bombardé, et vous, vous dormez ?", ont scandé les manifestants à Idlib, non loin de la frontière turque.

A Zabadani, près de la frontière libanaise, à l'est de Damas, des habitants ont fait état de bombardements et d'affrontements.

A l'étranger, des ambassades syriennes ont été prises pour cibles. Au Caire, des Syriens ont fait irruption dans la nuit de vendredi à samedi dans l'ambassade de Syrie.

Samedi à l'aube, le calme était revenu autour de l'enceinte, protégée par un cordon de policiers égyptiens mais une partie de l'ambassade a été incendiée et des meubles et équipements divers ont été détruits.

Des rassemblements ont également été signalés devant les ambassades syriennes à Londres, Berlin et Washington.

Henri-Pierre André pour le service français

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