Plus de 1.000 détenus font condamner le Royaume-Uni à Strasbourg

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STRASBOURG, 10 février (Reuters) - La Cour européenne des droits de l'homme a condamné mardi le Royaume-Uni pour la privation de leur droit de vote infligée à 1.015 détenus, poursuivant ainsi avec Londres un bras de fer qui dure depuis 10 ans. La juridiction du Conseil de l'Europe avait établi sa jurisprudence sur le sujet dans un arrêt du 6 octobre 2005 en estimant que la privation systématique du droit de vote dont sont assorties de multiples condamnations au Royaume-Uni était contraire au "droit à des élections libres". Cette mesure concerne plus de la moitié de la population pénale britannique. D'autres condamnations ont suivi, provoquant une crispation des milieux politiques au Royaume-Uni. En février 2011, le Parlement britannique votait à une écrasante majorité contre une levée de l'interdiction du droit de vote imposée aux détenus. Le 25 janvier 2012, le Premier ministre conservateur, David Cameron, s'était insurgé, dans un discours prononcé au sein du Conseil de l'Europe à Strasbourg, contre les pouvoirs excessifs que s'arroge, selon lui, la Cour des droits de l'homme. "On ne prend pas suffisamment en compte les décisions démocratiques des parlements nationaux", avait-il affirmé. En 2010, la Cour de Strasbourg avait donné six mois au Royaume-Uni pour changer sa législation puis accepté de prolonger le délai jusqu'à un arrêt du 22 mai 2012 concernant une question similaire en Italie. En acceptant la législation italienne, qui assortit certaines condamnations d'une privation automatique du droit de vote, mais en fonction de critères précis et avec une possibilité de modulation par le juge, la Cour montrait à Londres la voie d'un compromis. Ce fut, semble-t-il, peine perdue. En campagne pour les élections générales de mai 2015 et face à la montée en puissance du Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (Ukip), le Parti conservateur a prévu dans son programme de dénoncer la Convention européenne des droits de l'homme si la Cour refuse de reconnaître la primauté des lois britanniques sur ses arrêts. (Gilbert Reilhac, édité par Yves Clarisse)

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