Plus d'argent pour préserver la biodiversité

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Les PED bénéficieront de davantage de fonds pour protéger leur précieuse biodiversité.
Les PED bénéficieront de davantage de fonds pour protéger leur précieuse biodiversité.

Très peu médiatisée contrairement à celle de Nagoya (Japon) il y a deux ans, pour ne pas dire qu'elle s'est déroulée dans l'indifférence quasi-générale, la conférence d'Hyderabad (Inde) sur la biodiversité n'en a pas moins débouché sur quelques progrès encourageants.



Menacée pèle-mêle par le réchauffement climatique, la pollution, le braconnage et la surpêche, la biodiversité mondiale traverse, on le sait, une crise d'une ampleur historique. La communauté internationale en a conscience, mais la conjoncture économique dessert les intérêts des écosystèmes, qui sans être totalement délaissés ne sont pas aujourd'hui, il faut bien l'admettre, la priorité des pouvoirs publics. « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs », déplorait l'ancien président de la République Jacques Chirac lors du sommet de Johannesburg (Afrique du Sud) en 2002. Une réalité malheureusement toujours d'actualité une décennie plus tard...


Les études scientifiques à charge et les sombres perspectives ont beau s'accumuler, des pans entiers de la biodiversité sont en train de s'effondrer. Révélatrice de cette tendance qui semble s'inscrire dans la durée est la liste rouge de l'UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature), laquelle continue de s'allonger. Évoquons également les cas des ours polaires et des tigres, deux espèces emblématiques dont la survie à long terme est tout sauf acquise.


C'est dans ce contexte particulièrement difficile que s'est déroulé le sommet d'Hyderabad, qui a réuni la semaine dernière les représentants de cent-quatre-vingt pays, avec en toile de fond un objectif général : à défaut d'un revirement complet hautement illusoire, limiter la casse autant que possible. Comme on pouvait s'y attendre, les négociations ont été âpres. Tendues. Intenses. Elles ont néanmoins abouti à un accord au forceps pour doubler l'aide financière des pays en développement (PED) d'ici 2015 en matière de biodiversité, ce qui était moralement élémentaire au regard de leur patrimoine naturel, mais sera tout sauf une sinécure.


« Ce doublement sera calculé par rapport à la moyenne annuelle des financements en faveur de la nature vers les PED sur la période 2006-2010 », rapportent nos confrères de 20 Minutes sur la base d'un texte final qui a cependant le tort considérable de n'avancer aucun chiffre. Et le site Internet du quotidien d'ajouter : « Ces aides financières visent à permettre d'atteindre une série d'objectifs internationaux pour 2020 adoptés à Nagoya, comme la multiplication des aires protégées sur terre et en mer, la lutte contre la surpêche ou la restauration d'au moins 15% des écosystèmes dégradés. »



« Les pays ne pourront plus brandir l'absence d'informations scientifiques comme excuse pour ne rien faire »



Préconisée par la communauté scientifique et le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE), celui-là même qui, voici plus de deux ans, avait émis l'hypothèse d'océans sans poissons à l'horizon 2050, l'augmentation du nombre d'aires marines protégées est également « dans les tuyaux » puisqu'une cinquantaine de zones considérées comme sensibles « dans le Pacifique, dans les Caraïbes et en Méditerranée » ont été définies. Celles-ci doivent servir de base à la création de « sanctuaires » qui seront pour certains transfrontaliers, ce qui suppose une collaboration étroite entre les États concernés.


« Il s'agit d'une avancée importante pour la protection de la biodiversité marine, qui devra trouver son prolongement dans la négociation d'un protocole d'application du Traité des Nations Unies sur le droit de la mer afin de créer un instrument juridique pour la haute mer », a analysé le ministère français de l'Écologie dans un communiqué diffusé sur son site Internet. « La France et l'Europe ont pris une part très active aux négociations et ont participé à la construction de ce succès », a-t-il par ailleurs souligné, précisant que, « conformément aux orientations de la Conférence environnementale mi-septembre et à l'ambition de faire de la France un pays exemplaire en matière de préservation de la biodiversité, notre pays procèdera à la ratification du Protocole de Nagoya dans la loi cadre sur la biodiversité qui sera présentée en 2013 ».


«C'est un pas très important en vue de la création d'un régime mondial pour les océans. Les pays ne pourront plus brandir l'absence d'informations scientifiques comme excuse pour ne rien faire », a pour sa part commenté Veronica Franck, membre de Greenpeace International citée par 20 Minutes.


Les PED se sont de leur côté engagés à apporter des garanties quant à l'utilisation des fonds qui leur seront alloués et à parallèlement mettre en oeuvre des stratégies nationales de sauvegarde de leurs écosystèmes. Un autre progrès essentiel qui devra néanmoins être consolidé « en urgence avec des financements adéquats de toutes les sources possibles », a estimé la ministre de l'Écologie Delphine Batho.


En milieu de semaine dernière, Romain Pirard, économiste de l'IDDRI (Institut du Développement Durable et des Relations Internationales) interrogé par Libération, regrettait que les « Etats n'(aient) pas fait leur travail : les pays du Nord devaient mettre en place un système d'évaluation de ces flux financiers et les PED devaient arriver avec un chiffrage de leurs besoins pour protéger leur biodiversité ». Les deux « partis » ont finalement réussi à s'entendre, mais il ne faudrait pas s'y tromper : le texte paraphé à Hyderabad ne saurait être considéré comme une fin en soi et, réitérons, pâtit d'une absence de données chiffrées.


Dieu sait pourtant si les écosystèmes ont grandement besoin de concret...


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