Plassat déroule son plan pour Carrefour, sans objectif chiffré

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LES MAGASINS CARREFOUR DANS LE MONDE
LES MAGASINS CARREFOUR DANS LE MONDE

par Pascale Denis

PARIS (Reuters) - Georges Plassat, le nouveau PDG de Carrefour, a longuement détaillé jeudi les voies d'un retour aux pragmatiques règles du commerce pour remettre le distributeur sur les rails, en se gardant de tout objectif chiffré.

Prudent et peu porté sur la communication -il a déjà nettement réduit les données transmises aux analystes financiers- Georges Plassat n'entend pas commettre les erreurs de son prédécesseur Lars Olofsson en s'engageant sur des chiffres précis.

"Cette société doit travailler dans le silence", a-t-il lancé à son auditoire, à l'occasion d'une conférence consacrée aux résultats semestriels du groupe.

Le PDG, qui s'est donné trois ans pour redresser Carrefour, n'entend pas être jugé avant ce terme, mais a précisé à l'adresse des investisseurs qu'ils seraient "bien sûr accompagnés".

Le groupe, échaudé après une série de "profit warnings" chèrement payés en Bourse depuis 2010, ne donnera donc plus d'objectifs et se contentera d'aviser les analystes si leurs prévisions devaient trop s'éloigner de la réalité.

Georges Plassat, très en verve, est revenu sur les grandes lignes d'une stratégie déjà évoquée devant les actionnaires en juin. A savoir la nécessité pour Carrefour de trouver des ressources supplémentaires pour pouvoir investir, via le désendettement, de laisser plus de marges de manoeuvre aux responsables des magasins, de réduire les frais généraux et, d'une façon plus générale, de retrouver le sens du client.

LA PATIENCE DES ACTIONNAIRES À L'ÉPREUVE

Ayant écarté, pour le moment du moins, la possibilité d'une augmentation de capital, ces ressources supplémentaires pourraient être trouvées via des cessions d'actifs.

Georges Plassat a évoqué de possibles "ajustements" en Pologne et une réflexion en cours sur les actifs de Turquie et d'Indonésie, tout en réaffirmant l'importance pour Carrefour des marchés brésiliens et chinois.

A la Bourse de Paris, le titre Carrefour s'offrait un vif rebond et s'adjugeait 8,5% à 17,075 euros à 16h35, après avoir grimpé jusqu'à 17,665 euros. La valeur, dopée par des rachats de positions à découvert à la faveur de résultats semestriels moins mauvais qu'attendu, signait de loin la meilleure performance de l'indice CAC 40, qui reculait de 0,75%.

Si le marché accorde aujourd'hui du crédit à un discours de bon sens jugé volontariste, il lui faudra cependant des progrès tangibles d'ici quelques mois.

"Plassat bénéficie d'une prime de leadership qui devra se confirmer dans les résultats dans les 12 mois", relève Pierre-Edouard Boudot, analyste de Natixis.

Un autre estime "qu'avec ce genre de discours plus qualitatif que quantitatif, ça marche la première fois (...) mais les investisseurs risquent de s'impatienter si cela ne se traduit pas dans les chiffres annuels".

Alors que certains s'interrogent sur le degré de patience des grands actionnaires de Carrefour (Groupe Arnault, la holding familiale du PDG de LVMH Bernard Arnault, et le fonds Colony Capital), Georges Plassat a assuré que la relation était "bonne (...), pas molle" et que "tout le monde semble avoir compris qu'on s'oriente vers une politique à moyen-long terme".

En matière de coûts, Georges Plassat a jugé impératif de faire la chasse au gaspillage, et assuré qu'aucun autre plan de départs volontaires n'était prévu en plus de celui qui a été présenté mercredi aux syndicats portant sur 500 à 600 postes dans les sièges et les fonctions support.

UNE SORTIE DU NON-ALIMENTAIRE EST EXCLUE

Dans l'alimentaire, Carrefour ambitionne d'être "à nouveau le meilleur" dans le frais. Il rationalisera son offre d'épicerie en se concentrant sur des produits "repères" de marques nationales. Concernant sa marque propre, il faudra elle aussi la recentrer et abandonner l'objectif de 40% des ventes que s'était fixé son prédécesseur.

Georges Plassat a également plaidé pour la réintégration de produits locaux dans les hypermarchés et a exclu une sortie même partielle du non-alimentaire très durement concurrencé par les enseignes spécialisées et les sites internet.

La fonction de l'hyper étant d'être généraliste, il faut y conserver les produits non alimentaires pour éviter une baisse de la fréquentation et retrouver une offre efficace, adaptée et inventive en gérant au mieux les stocks, a-t-il expliqué.

"On ne verra plus, comme par le passé, des robes longues dans allées des supermarchés de Garges-lès-Gonesse. On n'est pas des modeux!", a-t-il lancé.

Carrefour devra aussi combler son retard sur le Drive, jugé "incontournable", dans sa forme adossée aux hypers.

UNE BONNE SURPRISE EN FRANCE

Carrefour a vu son résultat opérationnel courant baisser de 8% au premier semestre et a une nouvelle fois conforté les prévisions des analystes pour l'ensemble de l'exercice.

Le directeur financier Pierre-Jean Sivignon a indiqué lors d'une conférence téléphonique que le groupe restait "à l'aise" avec le consensus des analystes concernant le résultat opérationnel courant 2012, "dont la médiane se situe autour de 2,05 milliards d'euros".

Il a également déclaré que la croissance se poursuivait dans les pays émergents et que la situation demeurait difficile en Europe du Sud, en particulier en Espagne.

Le résultat opérationnel semestriel est ressorti à 769 millions d'euros, légèrement supérieur aux 709 millions attendus en moyenne par les analystes interrogés par Reuters.

Mais c'est surtout la baisse limitée à 7% en France qui a agréablement surpris les analystes, ceux d'UBS y voyant "un chiffre solide au regard de la baisse sous-jacente de 5% des ventes des hypermarchés".

Edité par Dominique Rodriguez

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