Placement plaisir: l'automobile de collection

le
0

Porté par une dynamique mondiale, le prix des voitures de collection continue de flamber.

La question brûle les lèvres: «Le prix des voitures de collection va-t-il continuer à affoler les compteurs?» Alors que le marché de l'art flambe, que l'euphorie gagne les principales places financières de la planète et que les investisseurs du monde entier n'ont jamais disposé d'autant de liquidités, le marché des véhicules de collection ne donne pas le moindre signe de fatigue. Il semble même pris de folie, certains modèles volant de record en record. Il s'est installé à un niveau que l'on n'aurait même pas osé imaginer un seul instant au moment de la faillite de la banque Lehman Brothers et de la crise financière de 2008.

Depuis le début de l'année, dans le monde, le marteau des enchères a adjugé pour plus de 200 millions d'euros de voitures de collection. Sans compter les ventes de gré à gré. Début mai, en l'espace de quelques heures, lors de sa dernière vente organisée dans la principauté de Monaco, en marge du Grand Prix historique, la maison américano-canadienne RM Auctions a ainsi réalisé un chiffre d'affaires de plus de 41 millions d'euros. Selon Hagi Top, qui recense l'évolution du marché, il s'est vendu pour 27,7 milliards de dollars de véhicules l'an dernier. Du jamais-vu! Entre 2008 et 2013, le prix des véhicules a doublé. Et, sur la période 1980-2008, il a été multiplié par 27, effaçant complètement la crise du début des années 90. De là à parler du retour de la bulle spéculative qui avait amené le marché à tutoyer les abysses, il n'y a qu'un pas que les acteurs se refusent de franchir.

L'intérêt pour les voitures de collection ne connaît plus de frontières

Les tenants du verre à moitié plein soulignent que le boom actuel n'a rien à voir avec celui d'hier. Les fondamentaux du marché sont désormais sains. La courbe d'augmentation des prix répond à la loi de l'offre et de la demande. Elle suit surtout celle du nombre de milliardaires, en constante progression. Et l'intérêt pour les voitures de collection ne connaît plus de frontières. Une nouvelle clientèle, en provenance de Russie, du Moyen-Orient et de Chine, est déjà à la tête de jolies collections. Conseillés par des marchands et des experts zélés, ces nouveaux milliardaires revêtent les mêmes critères de sélection que les Européens et les Américains. Leurs inclinations, pas différentes des collectionneurs habituels, alimentent la hausse du marché. Un expert persifle: «L'automobile ancienne est un excellent facteur d'intégration pour ces nouveaux arrivants.» Les pessimistes, eux, remarquent que l'argent trop facile ne dure jamais longtemps et que, dans un environnement économique toujours plombé par les médiocres résultats de certains pays, nous ne sommes pas à l'abri d'un accident de parcours ou d'une correction de trajectoire.

L'automobile de collection serait-elle en train d'acquérir, voire de renouer, avec le statut de valeur refuge? Au regard de leur valorisation sur le long terme, les véhicules anciens, à l'instar de l'immobilier, représentent un excellent placement. C'est pourquoi ils intègrent de plus en plus les stratégies patrimoniales, que ce soit dans le cadre de fonds de placement ou de collectionneurs individuels. Résultat: l'espérance de réaliser une jolie plus-value se substitue à la notion de valeur plaisir.

Des sommes à six ou sept zéros pour les véhicules les plus exceptionnels

Dans ce contexte, certains modèles voient leur prix flamber, s'alignant sur ceux pratiqués par les Arts appliqués. Une prime est ainsi attribuée aux grandes automobiles, aux curiosités, aux raretés, mais aussi à l'authenticité et aux machines pouvant se prévaloir d'un pedigree unique ou d'un palmarès sportif irréfutable. Dans cet univers, les sommes sont à six ou sept zéros. Ferrari et Mercedes occupent les premiers rôles de cette catégorie. Mais aussi les châssis des marques de prestige françaises - Bugatti, Delage, Delahaye, Hispano-Suiza, Talbot-Lago et Voisin - habillés durant l'entre-deux-guerres par les grands noms de la carrosserie que sont, entre autres, Chapron, Figoni & Falaschi, Franay, Gangloff, Pourtout, Saoutchik. Les véhicules de cette période appartiennent à l'âge d'or de la carrosserie française. Marquant l'apogée du bon goût français et taillées pour briller dans les concours d'élégance, ces machines constituent le thème de nombreuses collections, dont celle de l'Américain Peter Mullin.

Pour fixer les idées, c'est une automobile de course, une W196R, la reine des Formule 1 de Mercedes, qui a fixé le record des enchères l'an dernier à 22.701.864 ¤. Tous les ingrédients étaient réunis pour que le prix de cette monoplace s'envole vers les sommets. Ce châssis possède un pedigree en or: il a permis à Fangio d'être sacré champion du monde de F1 en 1954. La vacation Bonhams était sans conteste une opportunité unique d'acquérir ce joyau de la compétition automobile. La deuxième marche du podium était occupée par l'une des dix Ferrari 275 GTB/4 Spider NART, adjugée un peu plus de 20 millions d'euros lors des ventes estivales de Pebble Beach. Le record de ces dernières années est toutefois toujours détenu par une Ferrari 250 GTO. Pour appartenir au club des 36, le nombre d'exemplaires de cette perle des Ferrari de compétition couverte de gloire entre 1962 et 1964, un Américain n'a pas hésité à débourser plus de 30 millions d'euros.

Cerner ses motivations

Le marché de l'automobile de collection fonctionne comme la théorie des dominos. La hausse des prix s'autoalimente. «Les véhicules à plus d'un million d'euros bénéficient d'un préjugé favorable. On considère que leur cote ne peut que continuer à monter», garantit un marchand. Faute de pouvoir suivre le mouvement, de nombreux amateurs se reportent sur d'autres autos. On assiste à la montée en puissance de certaines Lamborghini (la Miura approche le million d'euros), des Aston Martin de la période David Brown et des premières générations des Porsche 356 et 911.

Plus généralement, les voitures de la période 1950-1970 sont celles qui attisent la convoitise actuellement. Le reflet d'un phénomène générationnel. «Les amateurs dans la force de l'âge rêvaient de ces modèles lorsqu'ils étaient enfants», assure Pierre Novikoff, spécialiste du département Motorcars de la maison française Artcurial.

Avant tout achat, il est fondamental de cerner ses motivations. Si la préoccupation majeure est de se faire plaisir, le choix pourra s'orienter vers une automobile facile à conduire et à entretenir. Dans ce cas, l'amateur pourra s'orienter vers un cabriolet anglais ou italien des année 60 ou un véhicule des années 80 appartenant à la génération en vogue des youngtimers . A partir de 15.000 à 20.000 ¤, il est déjà permis de goûter aux sensations d'une noble mécanique et au raffinement d'un habitacle faisant la part belle au cuir et à la ronce de noyer. Quand la dimension passionnelle s'en mêle, l'achat devient forcément subjectif. Un conseil: laissez parler votre c½ur.

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant