Piqûre de rappel pour Jean-Marc Ayrault au Conseil du PS

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JEAN-MARC AYRAULT TENTE DE RASSURER
JEAN-MARC AYRAULT TENTE DE RASSURER

PARIS (Reuters) - Jean-Marc Ayrault s'est efforcé samedi de rassurer des socialistes désarçonnés par l'affaire Cahuzac et dubitatifs sur la politique de l'exécutif en s'en prenant à la droite et en reprenant l'esprit du discours du Bourget de François Hollande.

L'irruption peu après d'une cinquantaine de salariés de PSA Aulnay lors du Conseil national du Parti socialiste, à Paris, a toutefois sonné comme un rappel au réel pour le Premier ministre, dont la ligne est contestée par l'aile gauche du PS.

"Aucune usine ne doit fermer, interdiction des licenciements !", ont scandé les ouvriers juchés sur la scène, pendant de longues minutes, avant de réclamer une médiation dans le dossier de la fermeture de l'usine d'Aulnay.

"J'ai vécu ça comme une piqûre de rappel salutaire", a dit aux journalistes le député Jérôme Guedj, l'un des animateurs de la gauche du PS. "Il y a une violence sociale, le rôle du PS c'est d'être aux côtés des salariés".

Le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll, proche de François Hollande, n'a pas vu dans cette action le signe qu'un fossé se soit creusé entre l'exécutif et sa base électorale.

"Je vois la difficulté, je vois la colère. Mais ce qui m'a frappé, c'est que leur demande est celle de la médiation, du dialogue", a-t-il dit.

Pour le député Jean-Marc Germain, proche de Martine Aubry, la venue des salariés de PSA, qui ont déjoué les services de sécurité, montre qu'ils considèrent le Parti socialiste comme "une bouée de sauvetage".

Le PS n'en traverse pas moins des turbulences, la contestation de la politique d'austérité imposée aux yeux de l'aile gauche par Bruxelles allant grandissant.

Après trois ministres, trente députés réunis au sein d'un nouveau courant, Gauche populaire, ont lancé vendredi un appel "contre l'austérité qui conduit aux populismes", réclamant une confrontation avec la chancelière allemande Angela Merkel.

L'ESPRIT DU BOURGET

Devant les militants, Jean-Marc Ayrault a rejeté comme l'avait fait déjà fait mercredi François Hollande tout changement de cap économique ou budgétaire au nom d'une gauche réaliste qui ne veut pas subir le joug des marchés financiers.

Pour Emmanuel Maurel, l'un des leaders de la gauche du PS, "le Premier ministre a tenté de renouer avec le souffle de l'esprit du Bourget", lorsque le chef de l'Etat, alors en campagne électorale, avait désigné le monde de la finance comme son principal adversaire.

Le Premier ministre a répété que la détention par l'ex-ministre du Budget Jérôme Cahuzac d'un compte occulte en Suisse était la faute d'un seul homme et que lui-même avait cru jusqu'au bout qu'il s'agissait d'une "rumeur sans fondement".

Il a également rejeté les critiques portées en particulier par le président PS de l'Assemblée nationale Claude Bartolone sur la transparence des parlementaires annoncée par l'exécutif pour moraliser la vie publique.

"J'entends dire que la publication des patrimoines aurait pour conséquence la montée du populisme. Je crois tout l'inverse", a-t-il lancé, soulignant que 25 pays sur 27 en Europe avaient déjà créé cette obligation.

"Et c'est en France que le Front national progresse. C'est de l'opacité que se nourrit le populisme parce que l'opacité est la porte ouverte à tous les fantasmes", a-t-il ajouté.

Jean-Marc Ayrault, qui avait dès son arrivée appelé la droite à ne "pas tomber dans la radicalisation" après une manifestation violente vendredi soir contre le mariage homosexuel, a pris pour cible le président de l'UMP Jean-François Copé et à l'ex-Premier ministre François Fillon.

"Il n'y a pas de grande démocratie au monde pour accepter que le président d'un groupe ou d'un parti puisse cumuler cette mission avec celle d'avocat d'affaires", a-t-il dit. "Il n'y a pas de grande démocratie pour tolérer qu'un ancien Premier ministre tout juste redevenu parlementaire offre ses services comme consultant pour des intérêts privés."

Pour le Premier ministre, la droite n'a pas envie de progresser en matière de moralisation de la vie publique et "préfère détourner l'attention."

En réponse aux hebdomadaires mettant en avant la "faiblesse" ou l'impuissance de l'exécutif, le Premier ministre a répondu : "J'entends dire que le Président de la République ou le gouvernement feraient preuve de faiblesse."

"Mais quel est ce pouvoir si faible qui s'affronte au pouvoir de l'argent en imposant (...) le même barème d'impôt pour les revenus du capital et ceux du travail ? Quel est ce pouvoir si faible qui tient tête aux puissants en limitant leurs rémunérations indécentes ?"

Gérard Bon, édité par Marine Pennetier

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