Pillage et désespoir aux Philippines après le typhon

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DÉSESPOIR AUX PHILIPPINES
DÉSESPOIR AUX PHILIPPINES

par Andrew R.C. Marshall et Stuart Grudgings et Caitlin Tremblay

TACLOBAN, Philippines (Reuters) - Le désespoir s'est emparé mercredi des îles des Philippines dévastées par le typhon Haiyan, et le pillage se généralise dans des zones qui n'ont toujours pas reçu la moindre aide.

Le président philippin, Benigno Aquino, a revu nettement à la baisse le bilan de la catastrophe de vendredi, qui serait plus proche des 2.000 à 2.500 morts que des 10.000 évoqués jusque-là, des commentaires accueillis avec scepticisme par certains responsables d'organisations humanitaires.

Le chef de l'Etat, sur la défensive depuis la catastrophe dont l'ampleur a pris de court les autorités, a précisé que le gouvernement continuait de récolter des informations et n'a pas exclu que le nombre de victimes s'alourdisse.

"Dix mille, je pense que c'est trop", a-t-il dit cependant sur CNN, ajoutant que cette estimation, avancée pour la seule ville de Tacloban, capitale côtière de la province de Leyte particulièrement touchée, s'expliquait peut-être par l'émotion suscitée par la catastrophe.

Cinq jours après le passage du typhon, l'un des plus puissants jamais enregistrés avec des rafales atteignant 380 km/h et des vagues jusqu'à six mètres de hauteur, des localités n'ont toujours pas pu être contactées.

Mercredi, les autorités philippines ont fait état d'un bilan provisoire de 2.275 décès confirmés et 84 disparus. Benigno Aquino a précisé que le gouvernement n'avait toujours pas pu établir le contact avec une trentaine de municipalités.

DIVERGENCES SUR LE NOMBRE DE DISPARUS

Le nombre provisoire de disparus selon la Croix-Rouge philippine est de 22.000. Le chiffre est toutefois à prendre avec précaution car les particuliers, s'ils signalent les disparitions, omettent souvent de recontacter les autorités quand ils retrouvent leurs proches, dit Gwendolyn Pang, secrétaire générale de la Croix-Rouge locale.

Google, qui a créé des sites internet dédiés à la recherche des disparus, avance de son côté le chiffre de 65.500, mais rappelle également qu'une opération similaire lors du tsunami au Japon en 2011 faisait au départ état de 600.000 noms, bien au-delà du bilan définitif de près de 20.000 morts.

Selon les Nations unies, le typhon a fait plus de 670.000 déplacés, dont beaucoup n'ont pas accès à la nourriture, l'eau ou les médicaments.

Natasha Reyes, coordinatrice d'urgence pour Médecins sans frontières, juge le niveau de dévastation sans précédent pour l'archipel philippin, pourtant balayé régulièrement par les typhons. "Il y a des centaines de villes et villages s'étendant sur des milliers de kilomètres qui étaient sur le passage du typhon, avec lesquels toutes les communications sont coupées", dit-elle.

ENTREPÔTS VIDES, MAISONS PILLÉES

Benigno Aquino a déclaré un état de catastrophe nationale et déployé des centaines de soldats pour empêcher les pillages à Tacloban, ville de 220.000 habitants réduite à un champ de ruines.

Huit personnes ont été tuées lorsque des pillards ont pénétré de force dans un entrepôt de riz à Alangalang, provoquant l'effondrement partiel du bâtiment. D'autres pillards ont mis la main sur 33.000 sacs de riz pesant chacun 50 kg.

Les entrepôts étant désormais vides, les maisons de particuliers sont la cible des pillards dans certaines zones proches d'une situation anarchique.

Des informations ont fait état d'une fusillade entre forces de l'ordre et des hommes armés près d'une fosse commune à Tacloban, mais elles ont été démenties par l'administrateur de la ville, Tecson John Lim.

"Les pillages, ce n'est pas de la criminalité, mais de l'instinct de conservation", a précisé Tecson John Lim.

Des rumeurs faisaient état d'évasions de détenus de la prison de la ville mais Lim a précisé que moins de dix détenues avaient réussi à s'enfuir.

En quête désespérée d'eau, certains survivants de Tacloban ont creusé la terre pour trouver les canalisations d'eau, qu'ils ont fait exploser.

"On ne sait pas si l'eau est saine. On devra la faire bouillir. Mais au moins on a quelque chose. Ici, beaucoup de gens sont morts", a déclaré Christopher Dorano, 38 ans.

La ration de trois kilos de riz et un litre d'eau par foyer et par jour n'est pas suffisante, a estimé Rachel Garduce, habitante d'un quartier dévasté de Tacloban.

Le gouvernement local est paralysé depuis la tempête, selon le ministre de l'Intérieur Manuel Roxas. Les responsables sont morts, portés disparus, ou trop choqués pour pouvoir travailler.

La ville est le théâtre d'un exode mais l'aéroport ne permet pas d'effectuer suffisamment de rotations aériennes pour évacuer les candidats au départ. Les forces spéciales philippines tentaient de contenir la foule des sinistrés dont certains sont arrivés après plusieurs heures de marche.

Selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), des équipes en provenance de Belgique, du Japon, d'Israël et de Norvège sont arrivées sur place pour installer des hôpitaux de campagne. D'autres pays doivent fournir des équipes médicales.

Plus de 250 militaires américains sont à pied d'oeuvre et leur nombre devrait augmenter régulièrement, dit le Pentagone.

L'arrivée dans les prochains jours du porte-avions "George Washington", qui transporte 5.000 marins et plus de 80 appareils, devrait permettre d'accélérer la distribution de l'aide et l'évacuation des blessés vers les hôpitaux des régions épargnées par le cyclone.

Jean-Stéphane Brosse et Pascal Liétout pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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