Pierre-Yves Gauthier (AlphaValue) : « Les entreprises ont mal anticipé la crise »

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Mal anticipée par les entreprises, la récession provoquée par la crise du crédit pourrait être la plus violente depuis cinquante ans selon Pierre-Yves Gauthier, directeur de la stratégie du bureau de recherche AlphaValue.

Cette crise économique est-elle plus grave que prévu selon vous ?

Pierre-Yves Gauthier : Oui, elle était annoncée depuis un an et demi mais les entreprises l’ont mal anticipée. Surprises par le décrochage de leur activité au quatrième trimestre, elles prennent des mesures particulièrement brutales qui au bout du compte créent un potentiel de récession d’une ampleur jamais atteinte depuis cinquante ans et qui va bien au-delà de la sphère financière. Les entreprises n’ont pas voulu admettre que leur richesse créée ces cinq dernières années était aussi fonction du crédit disponible à l’échelle planétaire. Elles se trouvent donc prises au dépourvu quand ce crédit disparaît. L’idée d’une croissance sans fin de l’économie chinoise était aussi lié à la disponibilité de ce crédit à grande échelle.

Votre scénario macroéconomique pour 2009 semble bien pessimiste...

P-Y.G : Nous prévoyons un plongeon assez fort au premier semestre et un début de rebond dans la deuxième partie de l’année. Mais sur l’ensemble de l’exercice 2009, il faut s’attendre bien entendu à une récession en zone euro.

AlphaValue est un bureau de recherche indépendante en analyse financière présent sur internet. Quelles sont vos méthodes de travail ?

P-Y.G : Nos méthodes de valorisation sont les plus transparentes possibles pour pouvoir assurer des comparaisons fiables. Nous utilisons les méthodes classiques de l’analyse fondamentale, de l’actualisation des cash-flow aux comparables en passant par l’actif net réévalué. Cette dernière méthode, à laquelle les analystes ont moins recours, donne parfois un éclairage très différent sur la valeur des entreprises..

Combien de valeurs suivez-vous actuellement à l’échelle européenne et quel est votre objectif à ce niveau ?

P-Y.G : Nous suivons actuellement 350 sociétés et nous devrions arriver à 500 dès le mois de février. Nous avons une équipe de 22 analystes, entre Paris et Francfort, totalement dédiés à l’analyse financière.

Quelles sont les secteurs qui vous paraissent aujourd’hui à éviter en Bourse ?

P-Y.G : Nous émettons quelques réserves sur les compagnies d’assurances. L’impact de la crise à partir du deuxième semestre 2008 n’est pas encore complètement identifié dans les comptes des assureurs. Malgré la qualité du management de ces entreprises qui s’est améliorée au cours de ces dernières années, nous ne sommes pas encore à l’abri de mauvaises surprises. L’automobile reste aussi une préoccupation évidente. Il est difficile de mesurer les conséquences dans les bilans du nécessaire ralentissement de la production et des problèmes de stockage. Enfin, nous nous interrogeons sur la capacité des « utilities » (services aux collectivités etc.) à gérer leur endettement et à maintenir des bilans solides dans la mesure où les bonnes performances des derniers exercices résultaient en grande partie d’un cycle favorable sur les prix de l’énergie.

Et du côté des secteurs qui pourraient tirer leur épingle du jeu ?

P-Y.G : Nous avons pris une position tranchée, au regard de l’actualité récente, sur les banques. En effet, nous considérons que l’essentiel du travail de mise à plat des comptes a été fait en 2008 en terme de recapitalisation. Le ralentissement de leurs résultats en 2009 sera cette fois directement lié au cycle économique, le scénario devient donc plus simple. Nous sommes également positifs sur les compagnies pétrolières en dépit de la baisse des prix de l’énergie mais dans le cadre d’une approche défensive avec la garantie offerte par le secteur en terme de dividendes.

Quelles valeurs recommanderiez-vous actuellement ?

P-Y.G : Dans l’univers des valeurs françaises, nous sommes plutôt confiants sur BNP-Paribas et Société Générale. Dans le secteur pétrolier, Total reste incontournable mais on peut aussi s’intéresser à d’autres acteurs européens comme l’italien ENI qui distribue traditionnellement des dividendes élevés. Je pourrais aussi citer une valeur qui a été très malmenée comme Alcatel-Lucent. Le changement de management, la réorganisation longue et une reprise éventuelle de l’investissement en infrastructures pourraient la favoriser.

Propos recueillis par Julien Gautier


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