Pierre Hardy, les arts appliqués à la chaussure

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Pierre Hardy posant devant certains de ses modèles AFP PHOTO / PIERRE VERDY
Pierre Hardy posant devant certains de ses modèles AFP PHOTO / PIERRE VERDY

(AFP) - Pierre Hardy a appliqué à la chaussure sa passion pour le graphisme et l'architecture devenant une référence pour les fashionistas du monde entier ou les milieux hip-hop newyorkais, qui s'arrachent ses modèles haut perchés au luxe radical et ses baskets multicolores.

"Nourri aux arts plastiques, à l'architecture", Pierre Hardy est arrivé à la chaussure "par le dessin", qu'il pratique depuis l'enfance et qu'il a perfectionné jusqu'à l'Ecole nationale supérieure des arts plastiques, dont il est agrégé.

Le hasard l'a amené à la mode. "Parce que je dessinais bien et vite, on m'a demandé des illustrations, puis d'imaginer une collection", raconte à l'AFP ce créateur à l'allure décontractée, qui a beaucoup pratiqué la danse.

Pierre Hardy ne se définit pas comme un artiste - "je produis un bien de consommation" -, ni comme un artisan : "je sais comment la chaussure est faite mais je ne sais pas la faire".

Alors que les jeunes créateurs font tout pour ouvrir tout de suite leur propre maison, Pierre Hardy a travaillé toute sa vie pour les autres, et encore aujourd'hui, décidant bien plus tard "par excédent de création" et de modèles qui n'étaient pas retenus par les autres, de lancer sa propre marque en 1999, qu'il qualifie de "miracle" permanent.

Ancien assistant dans les années 80 du chausseur Camille Unglik alors qu'il était étudiant, Pierre Hardy a vraiment débuté chez Dior à la fin de années 1980 avant d'entrer en 1990 dans une autre maison de luxe français, Hermès, dont il est toujours le directeur de création des collections chaussures.

Depuis 2001, il oeuvre aussi chez Balenciaga, aux côtés du directeur artistique de la griffe Nicolas Ghesquière. Il a aussi ponctuellement travaillé pour Gap et d'autres marques plus accessibles.

Fils d'enseignants, il a aussi été professeur, jusqu'à l'an dernier, à l'Ecole supérieure des arts appliqués Duperré.

Pourquoi une telle hyperactivité ? "Si je ne faisais qu'une seule chose, je m'ennuierais vite. J'ai aussi envie toujours de découvrir d'autres territoires, comme chez Balenciaga, pour explorer des zones dans lesquelles je n'irais pas tout seul".

"Rien n'est plus difficile que de travailler sur soi, avec soi, pour soi en permanence, c'est même dangereux d'un point de vue créatif. Il faut jouer avec les influences du monde qui nous entoure et ne pas être isolé dans une tour d'ivoire", estime-t-il.

Sa définition de la chaussure ? "Une machine à marcher aurait dit Le Corbusier !", lance-t-il, et d'ajouter : "c'est un objet réglé comme du papier à musique, un outil hyper ergonomique, sinon c'est la punition immédiate".

"Après, mon boulot c'est de contourner la contrainte pour rendre la chaussure sublime, sexy ou drôle selon les moments", raconte Pierre Hardy.

L'extrême radicalisme des débuts a laissé place à plus de rondeur, de fantaisie, parce que "la mode a changé", dit-il en allusion à "l'escarpin-talon lame très froid et minimal" de la première collection.

Depuis, explique-t-il, "j'essaie de sophistiquer de plus en plus les collections. La marque est un vrai langage qu'il faut enrichir sans cesse" mais toujours sous le signe de la géométrie appliquée à des modèles très architecturés.

Le cube est la figure récurrente de la griffe de luxe, à l'image de sacs couverts de cubes empilés et emboités à l'infini.

Président de sa société, "sans groupe derrière moi", Pierre Hardy emploie 25 personnes et ne fait pas de publicité dans les magazines. Il n'a que trois boutiques en propre (deux à Paris et une à New York), espérant en ouvrir bientôt deux autres au Japon et en Chine.

A 56 ans, Pierre Hardy continue d'élargir le champ de sa création avec les bijoux, les parfums... Avec Peugeot, il a conçu l'an dernier une "concept-shoe" en fibre de carbone.

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