Pierre-Alexis Dumont (OFI AM) : « Les facteurs sont réunis pour une nouvelle vague d'opérations financières »

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Certaines entreprises vont devoir reprendre le chemin de la croissance externe pour rester compétitives nous explique Pierre-Alexis Dumont, gérant du fonds OFI Cible chez OFI AM à l'occasion de la conférence annuelle d'OFI Asset Management.

2010 pourrait marquer selon vous le retour des opérations financières. Pour le moment, les entreprises cherchent surtout à reconstituer leurs bilans et peu de M&A ont été signalées en Europe. Quelle est votre analyse ?

Pierre-Alexis Dumont : Deux facteurs sont réunis pour assister à une nouvelle vague de M&A. D'abord, il y a l'argument financier : les taux sont bas, les liquidités abondantes et la conjoncture se redresse. Mais ces conditions ne peuvent suffire comme le prouve l'exemple japonais. Deuxième argument plus convaincant, nous sortons d'une crise et il y a des opportunités à saisir. Kraft montre l'exemple avec son OPA sur Cadbury. Cette fenêtre d'opportunités peut en revanche se refermer assez vite si la hausse des marchés actions rend les valorisations moins attractives et si les conditions de crédit se durcissent. La situation est donc actuellement favorable au regard des vagues passées. Les entreprises peuvent être fortement incitées à faire de la croissance externe pour doper leur croissance, protéger leurs marges menacées par la pression concurrentielle ou réglementaire et s'adapter aux nouvelles conditions de marché pour rester compétitives. Beaucoup de sociétés actuelles sont confrontées à ces contraintes...

Vous cherchez justement à identifier les cibles potentielles. Où se trouvent-elles actuellement ?

P-A.D : Les grandes entreprises des pays développés sont contraintes d'aller chercher la croissance dans les pays émergents. Les opérations transfrontalières vont se développer dans les deux sens : les pays développés chez les pays émergents pour faire de la croissance, les émergents chez les développpés pour profiter de leur position de force actuelle.

Combien de lignes avez-vous en portefeuille ?

P-A.D : OFI Cible compte environ 55 valeurs. Nous identifions deux types de situations : une quarantaine de lignes sur les valeurs opéables et une quinzaine sur les restructurations éventuelles.

Quels secteurs vous intéressent en priorité?

P-A.D : Nous sommes positionnés sur la pharmacie et nous sélectionnons en priorité des valeurs ayant déjà signé des partenariats ou des prises de participation avec des grands labos. Des cibles potentielles ? Le laboratoire néerlandais Crucell spécialisé dans les vaccins détenu à 16% par Johnson&Johnson ou la biotech norvégienne Pronova, leader mondial de l'oméga 3, liée à GlaxoSmithKline. Autres secteur clés, les valeurs énergétiques et les technologiques pourraient connaître des rapprochements importants. Nous avons par exemple Cap Gemini en portefeuille.

Cap Gemini comme cible d'une éventuelle OPA ?

P-A.D : Des grands acteurs comme IBM, HP ou Dell veulent développer une offre intégrée. L'indien Infosys veut remonter dans la chaîne de valeurs en ciblant trois marchés : les Etats-Unis, la France ou l'Allemagne, trois marchés où Cap Gemini est bien implanté. La valorisation de tous ces acteurs est largement supérieure à celle du groupe français.

Et dans des secteurs plus défensifs ?

P-A.D : Nous sommes présents dans les télécoms. La plupart des grands opérateurs comptent de nombreuses filiales avec des minoritaires. Elles ont besoin de simplifier leur structure pour mieux faire remonter le cash. L'inaction peut être pénalisante à ce niveau. Nous avons ainsi Mobistar en portefeuille. Dans le secteur des utilities (services aux collectivités), nous détenons Endesa dont Enel possède 92% du capital ; cette dernière pourrait être tentée de racheter ses parts minoritaires.

Prenez-vous en compte le fait que certaines opérations financières de grande envergure pourraient rencontrer une opposition forte, voire une intervention des gouvernements ? On se souvient de « l'affaire Danone » en 2005 suite aux rumeurs d'une possible OPA de PepsiCo...

P-A.D : C'est en effet un élément important. Des fusions entre majors qui auraient du sens économiquement n'auront pas lieu à cause des résistances politiques. Pour cette raison, nous n'avons pas de constructeurs automobiles dans OFI Cible alors même que des rapprochements semblent indispensables en Europe.

Propos recueillis par Julien Gautier


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