Pieds nus ou sur pointes, deux films brûlants sur la passion de la danse

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Affiche 'Le concours de danse' All rights reserved
Affiche 'Le concours de danse' All rights reserved

(AFP) - Dans Le souffle de la danse, Anna Halprin, grande dame de la danse américaine, danse pieds nus, comme elle respire, tandis que les jeunes candidats du Concours de danse, autre film en salles mercredi, souffrent sang et eau pour se plier à la discipline classique.

Anna Halprin, pionnière de la danse contemporaine, continue de travailler à 92 ans, avec les malades, avec les personnes âgées ou sur scène, avec son "beau et vieux corps".

Moins connue en France que Martha Graham ou Merce Cunningham, Anna Halprin s'est résolument éloignée après la guerre de la "modern dance" pour creuser son propre sillon.

Ruedi Gerber, le réalisateur suisse du Souffle de la danse, a interrogé ses compagnons de la première heure et intégré de nombreuses images d'archives à son documentaire sur cette figure hors du commun.

Le film restitue la période folle des années 60 et 70 sur la côte ouest des Etats-Unis, où Anna Halprin crée les premières troupes mixtes de danseurs noirs et blancs, ouvre des ateliers d'improvisation (workshops) chez elle et expérimente de nouvelles formes.

Chorégraphes et compositeurs passent par sa plate-forme de bois construite dans les arbres, tels Merce Cunningham et John Cage. Elle a quantité d'élèves devenus célèbres, tels Trisha Brown.

En 1957, elle invente le concept de "task", réalisant sur scène des tâches du quotidien: se laver, manger, se dévêtir. En 1967, elle est nue à New York dans le spectacle "Parades and changes", aussitôt frappé d'interdiction.

La maladie (un cancer), la vieillesse et l'approche de la mort nourrissent l'énergie et la gaieté de cette femme infatigable. En 2004, elle présente au Festival d'automne à Paris le saisissant Soins intensifs, où les danseurs enveloppés dans de grandes chemises d'hôpital - ou linceuls ? - luttent pour la vie.

"A 110 ans, je danserai les choses telles qu'elles sont vraiment", lance-t-elle sur scène au milieu des rires. Et on la croit.

Rêve de parent ?

Comme on croit à fond en ces jeunes du Concours de danse, lancés à la poursuite de leur rêve. L'Américaine Bess Kargman, elle-même danseuse jusqu'à 14 ans, a su faire de son documentaire une fiction, en isolant six personnages si attachants qu'on est émus aux larmes lorsqu'ils sont finalement distingués parmi les milliers de candidats du "Youth America Grand Prix".

Le jeune Joan Sebastian, sur lequel repose l'espoir de toute la famille restée en Colombie, ou Michaela, noire de 14 ans adoptée à 4 ans en pleine guerre civile au Sierra Leone, ne correspondent pas aux clichés de la danse.

"Je voulais contribuer à briser les stéréotypes: toutes les ballerines ne sont pas anorexiques, tous les danseurs ne sont pas homosexuels et leurs mères ne sont pas toutes abusives", déclare la réalisatrice dans la note d'intention.

Pari à moitié réussi : la "maman tigre" japonaise des jeunes Miko et Jules est aussi une coach à plein temps, et la mère de Joan Sebastian avoue avoir rêvé d'avoir une fille qui puisse accomplir son rêve d'enfant: devenir ballerine.

C'est son fils, Joan Sebastian, qui réalisera son rêve, mais à quel prix ? Le film montre sa solitude, à New York, alors qu'il prépare le fameux concours, loin de sa famille.

Et le spectateur de se demander si derrière chacun de ces enfants lancés à toute allure dans une carrière aussi belle que cruelle, il n'y a pas un rêve de parent inassouvi...

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