Photo transmise par l'agence syrienne Sana du site du double attentat qui a fait 55 morts le 10 mai 2012

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L'explosion de deux voitures piégées a dévasté jeudi un quartier de Damas, faisant 55 morts et 372 blessés, l'attentat le plus meurtrier en près de 14 mois de révolte en Syrie.Le régime et la rébellion se sont mutuellement rejeté la responsabilité de l'attaque qui renforce les craintes d'une guerre civile dans le pays, où le cessez-le-feu est constamment violé depuis son entrée en vigueur le 12 avril.Perpétrée le matin à une heure de pointe, la double attaque a semé le chaos et la désolation dans le quartier de Qazzaz, dans le sud de la capitale, suscitant une vague de réprobation internationale."On n'a jamais connu ça de notre vie" s'est exclamé un habitant. "C'est ça la liberté que vous voulez'", a lancé un autre, en allusion à la révolte qui s'est militarisée au fil des mois face à la répression menée par le régime de Bachar al-Assad.Un photographe de l'AFP a vu des voitures à la carrosserie fondue, des bus éventrés. Les secouristes ont rempli quinze sacs avec des restes humains éparpillés et des Syriens erraient, hébétés, au milieu des cadavres carbonisés.Les voitures piégées contenaient "plus d'une tonne d'explosifs", selon le ministère de l'Intérieur qui a évoqué des "attentats suicide" commis à une minute d'intervalle.D'après la télévision syrienne, la double attaque eu lieu "au moment où les gens se rendaient à leur travail et les élèves à l'école".La plupart des victimes sont "des agents de sécurité", a affirmé de son côté l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).Le chef des observateurs de l'ONU, le Norvégien Robert Mood, s'est aussitôt rendu sur les lieux du double attentat pour exhorter "tout le monde en Syrie et à l'extérieur à aider à stopper (les) violences" qui font rage depuis mars 2011.Pour Damas, qui assimile les rebelles à des "terroristes", ces attentats sont la preuve que la Syrie est visée par un "complot terroriste" financé par l'étranger, selon une lettre adressée aux Nations unies. Le régime y fait notamment allusion à l'Arabie saoudite et au Qatar, les pays arabes les plus virulents à l'égard du régime.Mais l'Armée syrienne libre (ASL), formée de déserteurs, a nié toute implication dans l'attentat, affirmant que "ses membres ont déserté l'armée pour protéger les civils, pas pour les tuer".Le Conseil national syrien (CNS), principale composante de l'opposition, a accusé le régime d'avoir mis en scène les attentats en plaçant des corps de victimes de la répression sur les lieux des attaques."Le régime vole ainsi les dépouilles de martyrs et les placent sur les lieux des attaques", a assuré le CNS.Un de ses responsables, Samir Nachar, a par ailleurs déploré "la lenteur de la communauté internationale" qui donne plus "de temps au régime pour commettre ces actes".De leur côté, les militants anti-régime ont appelé les Damascènes à manifester vendredi pour "se révolter" contre le régime "assassin". "(Le régime) n'hésitera pas à tuer tout le peuple pour atteindre son objectif (...). Qu'attendez-vous'", lit-on sur Facebook.Washington a condamné "avec la plus grande fermeté" le double attentat, appelant à la mise en oeuvre du plan de l'émissaire international Kofi Annan, tandis que Paris imputait au régime "toute la responsabilité" des violences.M. Annan a jugé les attaques "contre-productives pour les intérêts de toutes les parties".Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a demandé au pouvoir comme à l'opposition de "prendre leurs distances" vis-à-vis du terrorisme.Dans une déclaration rendue publique jeudi, le Conseil de sécurité a "condamné dans les termes les plus fermes" les attentats de Damas et a demandé "à toutes les parties d'appliquer immédiatement tous les éléments" du plan de paix de Kofi Annan, notamment "la cessation de toute forme de violence armée".Les 15 pays membres ont également réaffirmé "leur soutien total" à la Mission de supervision de l'ONU en Syrie (MISNUS) et à Kofi Annan.Jeudi, les violences ont également fauché la vie d'au moins 14 personnes dans le reste du pays, dont cinq civils tués à Homs (centre), cinq agents de renseignement dans une explosion à Alep (nord), et un enfant à Idleb dans des bombardements de l'armée ayant détruit plusieurs maisons (nord-ouest).La veille, un convoi de l'ONU avait été attaqué à Deraa (sud), blessant 10 soldats de l'escorte syrienne et faisant craindre une remise en question de la mission.Plusieurs attentats meurtriers ont frappé Damas depuis décembre 2011.Les violences ont fait plus de 12.000 morts depuis mars 2011, en grande majorité des civils tués dans la répression, et plus de 900 depuis le 12 avril, selon l'OSDH.

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