Philippines-Duterte, donné président, veut changer la Constitution

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 (Actualisé avec précisions) 
    par Neil Jerome Morales 
    DAVAO, Philippines, 10 mai (Reuters) - Le populiste 
philippin Rodrigo Duterte, en passe d'être élu président, a 
annoncé mardi son intention de revoir en profondeur 
l'organisation du pays avec transformation du régime en système 
parlementaire au sein d'un Etat fédéral décentralisé. 
    Mardi, le dépouillement de 90% des bulletins de vote, 
contrôlé par un organisme agréé par la commission électorale, 
donnait largement gagnant celui que l'on présente comme le 
"Trump philippin", avec 39% des suffrages et plus de six 
millions de voix d'avance sur son rival le plus proche. 
    "Cela requerra un large consensus national, qui débutera par 
un appel au Congrès pour former une assemblée constituante", a 
déclaré son porte-parole Peter Lavina lors d'une conférence de 
presse. "Une réécriture importante de notre Constitution va 
avoir lieu", a-t-il ajouté. 
    Le projet de refonte constitutionnelle prévoit de remplacer 
le régime présidentiel actuel à l'américaine par un régime 
parlementaire avec un Etat qui ne sera plus unitaire mais 
fédéral, ce qui permettra de donner davantage de pouvoir aux 
provinces. 
    En privant Manille d'une partie de ses pouvoirs au profit 
des régions, Rodrigo Duterte, 71 ans, confirme son statut 
d'outsider de la classe politique, qu'il considère intéressée et 
corrompue.     
    Son porte-parole a également annoncé qu'il instaurerait des 
négociations de paix avec les rebelles du sud de l'archipel, où 
le gouvernement sortant a fait usage de la force pour réprimer 
les militants. 
    L'échec des politiques de réduction de la pauvreté et des 
inégalités, malgré une croissance robuste, ont entraîné des 
frustrations au sein de la population à l'égard de la classe 
politique et favorisé l'ascension de celui que l'on compare à 
Donald Trump, pour sa défiance envers l'establishment et son 
style truculent. 
     
    DISCUSSIONS EN MER DE CHINE DU SUD    
    Les discours enflammés de Rodrigo Duterte et sa défense 
d'une justice expéditive pour mettre fin au crime organisé et au 
trafic de drogue relancent toutefois des inquiétudes liées au 
souvenir du passé autoritaire des Philippines.  
    L'ancien maire de la ville de Davao a déclaré que les 
responsables corrompus devraient "prendre leur retraite ou 
mourir" et a répété son soutien à l'usage de la force, même 
létale, par les forces de police contre les criminels. 
    "S'il vous résistent et refusent de se rendre, et si vous 
avez le sentiment que votre vie est en danger, tirez. Vous avez 
ma permission", a-t-il dit à des journalistes à Davao, alors que 
les votes continuaient d'être comptés. 
    Autre aspect de sa stratégie iconoclaste, Duterte entend 
poursuivre des négociations multilatérales pour résoudre les 
disputes territoriales en mer de Chine du Sud. 
    Le gouvernement sortant de Benigno Aquino avait lui cherché 
à faire valoir auprès de la Cour internationale de justice de La 
Haye son droit d'exploiter les eaux de mer de Chine du Sud, 
contre la mainmise chinoise. 
    Pour Duterte, les négociations doivent inclure le Japon, 
l'Australie et les Etats-Unis, acteur-clé de la région. 
    Du côté de son programme économique, les discours 
divertissants de celui qui est pressenti président laissent 
entrevoir peu de mesures précises pour stimuler et distribuer 
une croissance de l'ordre de 6%. 
    Dans un rapport publié lundi, l'agence de notation S&P 
Global estime que son mandat créera de l'incertitude, surtout 
s'il entretient des désaccords avec l'élite politique.  
 
 (Julie Carriat pour le service français, édité par Danielle 
Rouquié) 
 
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