Philippe Waechter (Natixis AM) : « Le plan de sauvetage des banques espagnoles permet de gagner du temps »

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Ce plan de 100 milliards d'euros permet de relâcher la pression à court terme mais la question principale reste celle du retour de la croissance en Espagne et dans le reste de l'Europe rappelle Philippe Waechter, directeur de la recherche économique chez Natixis AM.

Les marchés ont salué lundi sans euphorie le plan de sauvetage de 100 milliards d'euros à destination des banques espagnoles. Partagez-vous leur timide soulagement de la matinée ou estimez-vous à l'instar de l'économiste Joseph Stiglitz que ce nouveau mécano européen ne marchera pas ?

Philippe Waechter : A court terme, le soulagement est justifié. Les pressions étaient très fortes et se trouvent réduites par l'aide qui sera apportée par le FESF/MES. Pour le moment, nous ne connaissons pas précisément les modalités de ce plan : taux appliqué, durée des prêts etc. Le communiqué est très succinct mais un audit doit être réalisé au préalable. En attendant, les Européens gagnent du temps. Cette aide sera efficace si elle permet aux banques espagnoles, sur la durée effective du prêt, de modifier leur stratégie et d'accompagner le retour d'une dynamique de croissance dans le pays qui va connaître cette année une récession violente (-1,7% selon le gouvernement). Alors, elles pourront rembourser sans difficulté ce prêt et sortir la tête de l'eau.

Le mécanisme trouvé ne relève t-il pas de la fuite en avant tant que des avancées majeures sur le plan institutionnel (instauration d'eurobonds, union bancaire etc.) ne sont pas mises en place ?

P.W : La première préoccupation des Européens doit concerner la croissance : comment fait-on de la croissance aujourd'hui en Europe dans un environnement qui a considérablement évolué en l'espace d'une décennie ? Dans tous les pays européens, Allemagne compris, le niveau de l'investissement productif est largement inférieur à celui qui prévalait avant la crise de 2008. C'est pourquoi un plan d'investissement public bien ciblé et destiné à combler cet écart irait dans le bon sens. Mais effectivement, l'instauration de « projects bonds » ne sera efficace que dans un cadre institutionnel réformé. Il faut que les Européens se mettent d'accord pour mettre en place des structures de gouvernance plus pérennes. Dans le cadre actuel, de nature instable, les investisseurs internationaux ne sont pas incités à se tourner vers l'Europe.

La Grèce pourra t-elle rester dans la zone euro, selon vous, après les élections du 17 juin ?

P.W : Fondamentalement, les Grecs ne veulent pas sortir de la zone euro. Il est probable que les élections de dimanche ne donneront pas de majorité claire. Si la Grèce reste dans l'euro, il faudra mettre le prix mais une sortie occasionnerait un coût plus élevé encore en raison des engagements du pays vis-à-vis de la zone euro (environ 300 milliards d'euros !) et surtout du risque de contagion qui ferait penser qu'un pays peut sortir de l'euro s'il ne remplit pas certaines conditions. Dans ce cas, les tensions sur le marché interbancaire pourraient à nouveau se manifester et les primes de risque s'envoler à nouveau.

L'Italie s'est enfoncée dans la récession au premier trimestre avec un recul du PIB de 0,8%. La péninsule reste t-elle un sujet d'inquiétude majeur pour la zone euro ?

P.W: Oui. L'Italie est en récession depuis le troisième trimestre 2011. L'ajustement porte sur le revenu disponible des ménages et sur le tissu de PME qui éprouvent des difficultés à trouver des financements. Les réformes d'offre engagées par Mario Monti tardent à produire leurs effets et s'avèrent assez décevantes. La situation du pays va rester précaire.

Et la France ? Quelles sont vos prévisions de croissance cette année ?

P.W: La croissance va rester très faible, autour de zéro cette année. Le second semestre sera compliqué et offrira peu de marges de manoeuvre au nouveau pouvoir. Les derniers indicateurs conjoncturels sont moroses au niveau mondial : ni la Chine, ni les Etats-Unis ne se trouvent actuellement dans des dynamiques très positives.

Un rebond du Cac 40 est donc difficilement envisageable à court terme ?

P.W : L'incertitude va continuer de peser sur les marchés. La volatilité devrait rester forte au gré des annonces européennes et des indicateurs de conjoncture mais notre scénario central reste effectivement très prudent pour les prochains mois.

Propos recueillis par Julien Gautier

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  • M6486201 le jeudi 14 juin 2012 à 08:29

    Philippe Waechter le grand économiste d'une banque dont le titre a perdu 90 % de sa valeur en bourse! Qu'il aille aux champignons mais qu'il ne la ramène pas!

  • klompi le mercredi 13 juin 2012 à 18:38

    Le Véhicule roule à 300 Km/H.....le mur est à 5 mètres.

  • 1REK1 le mercredi 13 juin 2012 à 16:44

    Et de tout façon le Privé a plus à gagner en faisant tourner la machine économique, plûtot qu'à thésauriser ses réserves financières! C simple, non?

  • 1REK1 le mercredi 13 juin 2012 à 16:40

    Les finances des Etats sont exsangues, c'est donc au privé de relancer l'Economie. Les Etats doivent par des avantages fiscaux à durée limitée inciter le privé à investir dans les super structures rentables (Logements, transports, industries de pointe, énergies verte etc...). Ainsi le chômage diminuera, le PIB augmentera, les recettes de l'Etat aussi permettant la diminution de sa Dette et mécaniquement le ratio Dette/PIB diminuera et la croissance repartira, la confiance et le moral aussi.