Philippe, nouveau roi des Belges dans un pays divisé

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PHILIPPE, SEPTIÈME ROI DES BELGES
PHILIPPE, SEPTIÈME ROI DES BELGES

par Robert-Jan Bartunek et Philip Blenkinsop

BRUXELLES (Reuters) - Philippe a prêté serment dimanche pour devenir le septième roi des Belges, rendant un hommage appuyé à son père Albert II, qui a abdiqué auparavant à 79 ans, après vingt ans de règne.

"Je succède aujourd'hui à six autres rois dont mon père le roi Albert", a déclaré Philippe, âgé de 53 ans, qui a prêté serment au Palais de la nation dans les trois langues officielles du royaume - néerlandais, français et allemand - devant les deux chambres du parlement.

Vêtu de son costume de lieutenant général de la Force aérienne, Philippe a rendu hommage à son père, un homme qu'il a décrit comme "chaleureux et profondément humain, attentif et engagé dans l'exercice de (sa) responsabilité de chef de l'Etat".

"Avec sérénité, dignité et dévouement, vous avez accompagné le peuple belge en des temps parfois difficiles comme à des moments heureux et à une époque marquée par des changements profonds dans le monde. Nous vous en sommes reconnaissants."

Le souverain a assuré entamer son règne "avec la volonté de mettre au service de tous les Belges". "Je travaillerai pour cela en parfaite entente avec le gouvernement et dans le respect de la Constitution".

Dans son allocution, Philippe a également repris les thèmes traditionnellement évoqués par son père tout en évoquant la réforme de l'Etat, qui prévoit un transfert de compétences important aux entités fédérées.

"La richesse de notre pays et de notre système institutionnel réside notamment dans le fait que nous faisons de notre diversité une force (...) La force de la Belgique réside également dans ses entités fédérées. J'entends entretenir des contacts constructifs avec leurs responsables."

Les divergences politiques entre la Wallonie francophone au sud et la Flandre néerlandophone au nord, qui souhaite plus d'indépendance, se sont répercutées dans le débat sur le futur roi avant même que le populaire Albert II n'annonce sa décision d'abdiquer le 3 juillet, après vingt ans de règne.

Avant de signer le texte législatif officialisant son abdication, Albert II a rendu hommage à son épouse, la reine Paola, qui a éclaté en sanglots, et a encouragé vivement son fils.

"Philippe, tu as toutes les qualités de coeur et d'intelligence pour servir notre pays. Nous avons pleine confiance en toi et en ta chère Mathilde."

Avant d'ajouter en s'adressant aux hommes politiques présents : "Ma dernière recommandation : travaillez sans relâche à la cohésion de la Belgique".

"UN ROI, DEUX NATIONS"

Devant le Palais royal, une foule en joie s'est rassemblée sous une chaleur écrasante en attendant l'arrivée du nouveau roi et de la reine Mathilde, qui doivent venir saluer la foule sur le balcon, comme le veut la tradition. Beaucoup agitaient des drapeaux belges, certains à l'effigie de Philippe.

"Le nouveau roi est une part d'histoire. Cela n'arrive pas si souvent, donc nous voulions être là", a déclaré Xavier De Graef, originaire de Liège, coiffé d'une perruque noire, jaune et rouge, couleurs du drapeau national. Peu de voix discordantes se sont faites entendre.

Selon un sondage mené par les chaînes de télévision privées VTM et RTL, un peu moins de la moitié des Flamands interrogés estiment que Philippe fera un bon roi, alors que les Wallons sont deux tiers à le croire.

De même, alors que le quotidien francophone L'Echo a pu titrer "un roi, deux nations", le quotidien néerlandophone De Standaard a relégué l'investiture royale loin dans les pages de son numéro du week-end.

Les chefs d'entreprise sont partagés de la même manière, les francophones se satisfaisant du statu quo, tandis que les néerlandophones soulignent que le monarque n'a plus de rôle politique.

En Belgique, les rois - Philippe est le septième - ont un rôle largement honorifique, mais les lois doivent porter leur signature pour entrer en vigueur. Le roi est également chargé de nommer le Premier ministre et peut désigner des médiateurs pour aider à la formation de gouvernements de coalition.

Après le scrutin législatif de 2010, qui n'avait pas permis de dégager de majorité claire, Albert II a tenu d'innombrables réunions avec les politiques belges pendant les 541 jours où la Belgique est restée sans gouvernement, un record.

GAGNER LE COEUR DES BELGES

Les séparatistes flamands du N-VA (Nieuw-Vlaamse Alliantie), principal parti au parlement, mais qui a renoncé à participer au gouvernement, se sont particulièrement fait entendre sur la limitation des pouvoirs royaux, tandis que les partis francophones, y compris les socialistes du Premier ministre Elio Di Rupo, y sont opposés.

Le N-VA était néanmoins représenté à la cérémonie de passation de pouvoirs, mais pas par son président Bart De Wever, le bourgmestre d'Anvers. Les séparatistes flamands d'extrême-droite du Vlaams Belang n'y participaient pas.

"L'idée que nous avons besoin d'une institution fondamentalement non démocratique comme le monarque pour assurer la stabilité politique dans ce pays, ce dont je doute, vous en dit plus sur ce pays que sur la monarchie", écrivait Bart De Wever dans une lettre ouverte au prince en mai.

"Cela me laisse de marbre, a déclaré Jan Jambon, président du groupe N-VA à la chambre basse. Ca ne me fait pas frissonner. Ca fait partie de mon travail de député."

La cérémonie d'investiture a été prévue le 21 juillet pour coïncider avec la fête nationale belge et avec les vingt ans de règne d'Albert II.

Samedi, dans son dernier discours à la nation prononcé devant un portrait de Léopold 1er, premier roi des Belges, Albert II a souhaité que la Belgique reste unie et a demandé aux Belges de soutenir son fils.

Les Flamands reprochent notamment à Philippe, qui est âgé de 53 ans, d'être moins à l'aise en néerlandais qu'en français bien qu'il ait fait ses études dans le secondaire en néerlandais après avoir suivi sa scolarité primaire en français.

Pour gagner le coeur des Belges, comme a su le faire le nouveau souverain des Pays-Bas, Willem-Alexander, devenu roi en avril après l'abdication de la reine Beatrix, Philippe devra aussi se départir de son image réservée. Sa femme Mathilde, qui apparaît souvent en public auprès d'enfants et semble plus extravertie que son époux, se révèle populaire dans le sondage d'opinion de VTM et RTL.

Le prince, qui a fait ses études à Oxford et Stanford et a aussi une formation de pilote de l'armée de l'air, savait dès son plus jeune âge qu'il deviendrait roi.

Toutefois, à la mort de son oncle Baudouin, décédé sans enfants en 1993, Philippe, qui avait alors 33 ans, a été considéré comme trop jeune et c'est son père qui avait été intronisé.

Danielle Rouquié, Jean-Stéphane Brosse et Hélène Duvigneau pour le service français, édité par Pascal Liétout

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