Philippe Lecoq (Edmond de Rothschild AM) : « L'opération de Kraft sur Cadbury annonce le retour des fusions-acquisitions »

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Regain des fusions-acquisitions, valeurs décotées et défensives sont autant d'opportunités pour 2010 selon Philippe Lecoq, directeur adjoint et responsable de la gestion Europe Large Caps chez Edmond de Rothschild Asset Management.

Les inquiétudes liées à la situation de la Grèce et plus largement à l'endettement massif des Etats paralysent la conjoncture boursière. Doit-on pour autant rester optimiste ?

Philippe Lecoq : L'environnement reste en effet compliqué et les marchés sont livrés à eux-mêmes. Les stimuli budgétaires introduits l'an dernier pour soutenir l'économie ne sont pas pérennes et ont touché leurs limites. La dégradation de la situation des finances publiques pourrait conduire à l'adoption de plans d'austérité, notamment en Grèce et en Espagne. Dans le même temps, les mesures de soutiens et les plans de restructuration ont permis aux entreprises de redresser leurs marges. Dans l'ensemble, elles abordent 2010 avec des fondamentaux solides qui devraient les inciter à adopter des stratégies plus offensives.

2010, année du retour des fusions/acquisitions ?

P.L : Absolument. Face à une conjoncture passablement déprimée dans les pays développés, la croissance externe apparaît comme une alternative pour des entreprises qui bénéficient de conditions de crédit plus avantageuses, en particulier pour aller se renforcer dans les zones géographiques émergentes. L'opération de Kraft sur Cadbury illustre à notre avis ce qui va se passer. Cadbury, entreprises britannique, a notamment l'avantage d'être bien implantée en Inde, ce qui n'est pas le cas du groupe américain. Les rachats du brésilien GVT par Vivendi ou du brasseur mexicain Femsa par Heineken s'inscrivent dans cette stratégie.

Quelles cibles potentielles peut-on regarder en ce moment ?

P.L : Nous préférons les valeurs britanniques. L'environnement politique et réglementaire y est plus propice au lancement d'OPA. Le recul de 25% de la livre face à l'euro depuis trois ans rend également leur valorisation plus attractives. Parmi les dossiers à regarder, Burberry, BG Group, Invensys ou encore International Power.

Mis à part les situations spéciales, quels types de valeurs devraient tirer leur épingle du jeu selon vous ?

P.L : 2009 a été l'année des cycliques qui ont bénéficié du rattrapage alors que de nombreuses sociétés avaient atteint en début d'année des niveaux de valorisation excessivement bas. Du coup, certaines sociétés moins cycliques ont été délaissées par les investisseurs. Les opportunités sont nombreuses principalement parmi les valeurs dites de « croissance visible », celles qui peuvent croître indépendamment des cycles économiques, qui sont capables de maintenir leurs prix de vente (pricing power) et réaliser des acquisitions dans de bonnes conditions. Nous privilégions tout particulièrement les valeurs offrant visibilité et décote dans l'agroalimentaire, la santé et les éditeurs de logiciels. Parmi nos convictions principales, je citerais Nestlé, Heineken, SAP ou Novartis. Nous regardons aussi les valeurs de restructuration, celles qui sont contraintes d'engager des chantiers de réorganisation importants et qui gardent un potentiel de hausse de leurs marges. A ce titre, une valeur comme Thales, qui a simplifié son organisation et ajusté son périmètre, devrait améliorer ses marges qui sont parmi les plus basses de son secteur.

Le rendement est aussi une thématique prisée chez Edmond de Rothschild AM (fonds Tricolore Rendement et Europe Rendement). Ce type de valeurs défensives se traîne en Bourse. Peuvent-elles rebondir ?

P.L : Les valeurs de rendement n'ont jamais été aussi attrayantes par rapport aux obligations d'entreprise. A ce titre, le rendement du dividende de 8,5% offert par France Télécom est indéniablement une opportunité d'autant que la valorisation n'est pas excessive (PER de 9) au regard des free cash flows assurés de 7 milliards d'euros sur les trois prochaines années. Idem pour Vivendi qui offre un dividende de 7% (3% pour l'obligation) et dont la valorisation a atteint des niveaux historiquement bas malgré une excellente visibilité (70% des revenus basés sur l'abonnement).

Propos recueillis par Julien Gautier

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